Images de page
PDF
ePub

par la Charte. Celle-ci, en promettant une égale liberté et une égale protection à lous les cultes, n'en excepte pas apparemment les catholiques. Elle ne peut les priver du droit de pratiquer leur religion. Il est aisé aux chefs de la garde nationale de choisir pour Jeurs exercices des heures qui ne contrarient pas d'autres devoirs : ils outrepassent leurs pouvoirs quand ils empêchent leurs concitoyens de remplir leurs obligations comme chrétiens, et les conseils de discipline qui sanctionneroient par quelque peine cet abus d'autorité, iroient contre l'esprit et contre la lettre de la Charte. Une semblable vexation fut tentée l'hiver dernier; on voulut, dans plusicurs localités, faire les exercices de la garde nationale dans l'église. De justes réclamations s'élevèrent de tous côtés à ce sujet, et nous essayâmes de faire voir, no 1899, combien cette prétention étoit insoutenable. Depuis, nous avons cité une lettre du ministre des cultes qui la blâme formellement et qui ordonnoit de s'en désister. Les catholiques, en réclamant avec persévérance, obtiendront de même qu'on n'entrave pas l'exercice de leur religion sur un point essentiel.

Saint-Germain, 7 novembre 1832. Monsieur , au moment où le conseil de préfecture du département de l'Aube vient de prononcer un arrêté, suspendant pour deux mois de ses fonctions le sieur Richard, chef de bataillon de la garde nationale du canton de RadonvilJiers, pour s'être obstiné, contrairement à la liberté des cultes, à tenir les séances de son conseil de discipline pendant le temps de l'office , il est vraiment curieux de voir M. le préfet du département de Seine-et-Oise choisir précisément le jour de la Toussaint pour passer, pendant les offices, la revue de la garde nationale des cantons de Marly, de Saint-Germain et de Meulan. Qui pourra nous expliquer celte élrange contradiction entre les lois et les lois, entre les hommes du pouvoir et les hommes du pouvoir, entre l'administration et l'administratiou ? La Charte de 1830 ne seroit-elle décidément qu'un mot, ou bien M. Aubernon auroit-il le privilege de la transgresser selon son bon plaisir ? Nous l'ignorons ; mais, ce que nous n'ignorons pas, c'est que bon nombre de citoyeus, chrétiens avant que d'être soldats, se condamnoient à être privés de l'agrément d'être passés en revue par M. le préfet, lorsqu'une pluie battante et continue força l'aulorité à révoquer son ordonnance, et lui fit ajourner son inspection.

Cependant, comme il n'arrive que trop souvent que MM. les maires, chefs de bataillon, capitaines, etc., elc., se permettent, de leur autorité privée, de fixer dans les communes les revues ou exercices de la garde nationale les jours de dimanches et de fêles, pendant le temps des offices , permettez-moi, M. le rédacleur, de vous demander dans les colonnes de votre excellent journal une explication précise sur cette conduite de nos magistrats. Au terme de la Charte, ces messieurs ont-ils le droit de contraindre les citoyens à manquer à l'observance de Leur culte, pour se rendre à la parade ou aux évolutions militaires ? et les conseils de discipline peuvent-ils réelicment prononcer condamnation contre le garde na

[ocr errors]
[ocr errors]

tional qui n'a manqué à se rendre à l'exercice ou à la revue que parce que celle revue ou cet exercice ont eu lieu pendant le temps de l'office ?

La solution de cette importante question doit servir à éclairer les esprits : elle apprendra à chaque citoyen ce que la loi lui accorde de liberté, et, je l'espère, le mettra désormais à l'abri des vexations arbitraires des représentans du pouvoir.

Recevez, M. le rédacteur, l'assurance de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'étre votre très-humble serviteur,

LEROY. La demoiselle Leboulanger, qui a été connue il y a quelques années, sous le nom de sour Sainte-Agathe, et qui avoit formé à Paris une maison d'Ursulines dont elle s'étoit établie supérieure, n'a

pas réussi dans son entreprise, a fait des dettes et s'enfuit un beau jour avec deux pensionnaires. Les créanciers saisirent le mobilier de la maison, et lesgreligieuses ne purent sauver que leurs vêtemens. La sour Sainte-Agathe, de retour, a élevé différentes prétentions; elle a publié à ce sujet un mémoire rempli de plaintes et de récriminations. Elle réclame entr'autres la propriété d'une maison à Auxerre, où plusieurs Ursulines de sa communauté s'étoient retirées après la révolution de juillet. L'affaire fut portée en justice, et le tribunal d'Auxerre rendit un jugement portant que

l'acte sur lequel la fille Leboulanger fondoit sa demande ne lui confère aucune propriété personnelle; que l'efficacité actuelle de sa qualité de supérieure lui est contestée, et qu'une contestation de cette nature n'est pas de la compétence des tribunaux. En conséquence, la sour Sainte-Agathe étoit déclarée non-recevable en sa demande et condamnée aux dépens. Elle a appelé du jugement, qui vient d'être confirıné à l'audience de la cour royale de Paris du 10 novembre. Ainsi, la sæur Saint-Louis de Gonzague, supérieure actuelle des Ursulines retirées à Auxerre conservera sa maison. Son avocat n'a pas

fait un portrait bien flatteur de la sour Sainte-Agathe, qu'il accuse d'avoir frustré la communauté de toutes les dous apportées.

- M. Benoin, chanoine honoraire de Tours, qui avoit été arrêté le 29 septembre sur la route de Tours à Blois, sur la dénonciation d'un voyageur, a été retenu huit jours en prison. On n'a point voulu lui permettre de continuer sa route jusqu'à Blois, où il se rendoit pour ses affaires. On l'a fait reconduire à Tours par un gendarme, et là on l'a mis en prison : il est resté 48 heures au secret. Lorsqu'enfin on l'a interrogé, on a pu reconnoître la frivolité de l'accusation. Il n'y avoit contre lui, comme nous l'avons raconté, no 2013, que la dénonciation d'un commis voyageur, probablement espion, dont il n'avoit pas partagé l'exaltation. On reprochoit à M. Benoin d'avoir cherché à influencer les dépositions des témoins dans l'affaire des chouans, et ceux-ci ont, au contraire, déclaré à Blois qu'il ne leur avoit rien dit de semblable. Cette affaire excita quelque bruit à la cour d'assises quand il en fut question. M. Janvier se récria vivement sur l'inquisition que

l'on exerçoit envers les citoyens; il dit en pleine audience que ces rigueurs étoient un mauvais moyen de faire aimer la révolution de juillet. Le résultat des débats ayant montré qu'il n'y avoit aucune charge contre M. Benoin, le tribunal de Tours a déclaré qu'il n'y avoit lieu à suivre contre lui. Il paroît qu'on a été un peu honteux de la frivolité des motifs sur lesquels son arrestation s'étoit opérée. Arrêter un homme parce qu'il est prêtre, parce qu'il n'avoit pas fait viser son passeport à Tours, et parce que son voyage coïncidoit avec l'affaire des chouans à Blois, c'est une grande légèreté; aussi cette mesure avoit été généralement blâmée à Tours; et le clergé, comme tous les habitans honnêtes, ont pris une grande part à l'avanie faite à M. Benoin. Quant à lui, il a supporté son malheur avec calme ; quand on vint lui annoncer, le samedi 6 octobre, qu'il étoit libre, il demanda à rester en prison jusqu'au lendemain dimanche, afin de dire la messe aux prisonniers, et de leur faire une instruction. Ce peu d'empressement à profiter de sa liberté n'est pas d'un conspirateur bien dangereux. Ñ. Benoin ne sortit en effet que le dimanche, après avoir dit la messe. Le soir, il prêcha à la cathédrale, où on célébroit la fête du Rosaire. Son apparition en chaire excita une vive joie parmi les fidèles.

La chambre des mises en accusation de la cour royale d’Amiens vient, par un arrêt du 2 de ce mois, de renvoyer de la plainte portée contre lui, M. Deforest, curé de Nonampteuil, arrondissement de Laon, diocèse de Soissons. Le principe de cette plainte étoit assez ridicule. Le maire de Nonampteuil vouloit faire assister aux grand’messes la garde nationale de la commune avec la présence de quatre tambours dont le bruit troubloit la cérémonie, couvroit le chant de l'église et désoloit la piété des fidèles. M. le curé refusoit d'adınettre tout ce vacarme dans son église. Le maire en fut fort mécontent. On chercha à mortifier le pasteur, et bienlôt, sur la plainte des sieurs Brisset, instituteur, et Lacour, percepteur, M. le curé fut traduit devant les tribunaux comme prévenu d'avoir en chaire excité ses paroissiens au mépris du Roi et à la haine de son gouvernement C'est là-dessus qu'est intervenu l'arrêt dont nous venons de parler.

M. Dumas, curé de Moncrabeau, diocèse d'Agen, vient d'être victime d'un crime horrible. Cet ecclésiastique desservoit la paroisse depuis environ quatorze mois, et s'y étoit fait remarquer par la douceur de son caractère. Il s'étoit lié avec le jeune Antoine N., neveu du maire. Le dimanche 28 octobre, M. le curé se rendit le soir chez le maire, qui l'engagea à faire une partie de piquet avec lui. Ils prenoient paisiblement ce passe-temps, quand le neveu, qui demeuroit dans la maison, arriva dans la pièce où on étoit réuni. Il étoit armé de quatre pistolets. Il en décharge un á bout portant sur la tête du malheureux caré, qui tombe baigné dans son sang. Il en tire un second sur son oncle, l'amorce ne prend pas; il met aussitôt le canon du troisième dans sa bouche pour se faire sauter la cervelle; mais un de ceux qui se trouvoient là lui saisit le bras avant que le coup fût parti. Le misérable assassin étoit tellement acharné, qu'il a fallu lui casser les dents pour

lui arracher le pistolet. Il est maintenant entre les mains de la justice. M. Dumas n'a pas survécu à cet attentat; il est mort le mardi matin 30 ootobre, sans qu'on ait pu prévenir ce moment fatal. Le Mémorial agénois, qui rapporte ce fait, dit que le coupable a déclaré que, depuis plusieurs mois, il s'étoit persuadé que le curé, à l'instigation de son oncle, lui avoit fait avaler du poison, el que. c'est pour cela qu'il épioit l'occasion de les trouver réunis pour les faire périr tous deux ensemble. Le malheureux jeune homme étoit peut-être en démence. Au surplus, l'instruction de la justice révèlera sans doute les motifs qui l'ont porté à ce crime.

NOUVELLES POLITIQUES. PARIS. Depuis son arrivée à Nantes, le nouveau préfet, M. Maurice Duval, faisoit procéder aux recherches les plus minutieuses pour découvrir le lieu de la retraite de madame la duchesse de Berri. C'est après 18 jours et 18 nuits d'investigations extraordinaires queʻl'on y est parvenu : on avoit su que la princesse devoit revenir babiter la maison de mademoiselle Daguigny, rue du Château. Cette maison fut dès-lors surveillée d'une manière particulière. Le 6, à six heures du soir, le quartier fut cerné par 1,200 hommes d'infanterie, appuyés de tous les volontaires de la garde nationale. On envahit de suite l'habitation, et l'on procéda aux perquisitions. On remarqua une table dressée où il manquoit deux convives. Dans les greniers, on trouva une chambre à feu où du papier avoit été brúlé, et où il restoit encore une lettre de Paris écrite à la princesse en encre sympathique :c'est là que l'on s'aperçut que la cheminée, tournant sur elle-même, donnoit entrée dans une pièce inconnue et fort petite. Ou ne reconnut cependant cette cachelte qu'en entendant les mouvemens et les paroles des personnes qu'elle renfermoit. Madame la duchesse de Perri, qui y étoit depuis 15 heures et sans siéges avec M. de Ménars, M. Guibourg et madenioiselle Stylie de Kersabiec, se trouvoit fort incommodée par le feu très - vif que les gendarmes avoient allumé dans la cheminée. Ils ne pouvoient y tenir plus long-temps, et les coups que l'on frappoit dans le mur par le sonder augmentoit leur souffrance. La princesse sortit après mademoiselle de Kersabiec, et se nomma aussitôt. Les autorités vinrent remplir les formalités. S. A. K. se rendit à pied au château qui se trouve à peu de distance. Le plus grand silence a été observé sur son passage. MM. de Ménars et Guibourg, arrêtés avec elle, out été conduits également en prison. L'expédition a été conduite sous la direction de M. Thiers et de M. Maurice Duval, par M. Lenormant, nouveau commissaire central de police à Nantes, el par MM. Joly; Prévost et Dubois, commissaires de police de Paris. Aussitôt l'arrestation, le maire a annoncé en peu de mots cette mesure par une proclamation, que M. Maurice Duval et le général Drouet d'Erlon ont signée avec lui. Les troupes et la garde nationale sont restées toute la journée sous les armes. La tranquillité n'a pas été troublée.

- L'organe principal du ministère, le Journal des Débars, développe avec une rare candeur les raisons qui ont empêché le gouvernement de laisser le procès de madame la duchesse de Berri suivre le cours ordinaire des lois. Il donne ouvertement à entendre qu'on ne s'est décidé à sortir des voies régulières que par la crainte de ne pas rencontrer un jury disposé à faire les choses comme il faut. » Il y a des différences de rang, de famille, de fortune, qui font, dit-il, que le jury juge différemment. Quand le jury voit sur les bancs une personne qui a un rang dans le monde, il est plus facile à l'absoudre.... Le jury n'aime pas à con, damner un homme dont il pourra à chaque instant rencontrer dans le monde les parens et les amis. Entre gens de même classe, on s'épargne mutuellement. Que sera-ce, quand il s'agira de prononcer sur le sort d'une femme qui , pendant long-temps, a presque régné? Qui voudra dévouer son nom à la célébrité d'un pareil jugement? Qui voudra avoir condamné presque une reine ?... » Sans nous arrêter à examiner ce qui retombe ici en général sur l'institution du jury, et à chercher si tant de condamnations politiques prononcées contre les écrivains, par des épiciers et des marchands de bois, ne viendroient pas de ce qu'on ne se trouve point face à face entre gens de même classe qui s'épargnent mutueilement, appliquons ailleurs les raisonnemens du Journal des Débats. Il demande quels seront les jurés qui voudront dévouer leurs noms à la célébrité d'un jugement prononcé conrre madame la duchesse de Berri ? qui voudront avoir condamné presqu’une reine ? A notre tour, nous demanderons si ceux auxquels on s'adressera, pour obtenir ce qu'on n'ose pas attendre d'un jury, n'ont pas aussi des noms à sauver d'une célébrité fâcheuse, et s'il doit leur convenir plus qu'à d'autres de condamner presque une reine ? Nous demanderons ensuite si les deux magistrats de Poitiers, qui se sont hâtés d'échapper d'avance au triste ministère qu'on leur proposoit de remplir, n'ont pas été mieux inspirés que ceux qui ont mainte, dant à s'appliquer les sévères réflexions du Journal des Débats ? De quelque côté qu'on se retourne dans cette affaire, la sublime infortune de madame la duchesse de Berri paroît infiniment plus facile à supporter que le poids d'embarras qui est tombé sur ses géoliers.

La géole de madame duchesse de Berri avoit d'abord été confiée à l'honneur de la garde nationale de Nantes. Mais les gloires de ce monde passent vite; et, dès le lendemain, celle-ci n'étoit déjà plus. Non-seulement l'illustre prin sonnière se trouvoit enlevée à l'honneur de la garde nationale, mais au triomphe de toutes les autorités civiles et militaires qui avoient concouru à son arrestation de si bon cour, et qui sembloient avoir mérité de jouir plus long-temps du fruit de leur zèle et de leurs travaux. Au surplus, il n'est rien qu'on ne fasse pour les consoler de l'agrément qu'on leur retire. On diroit que le gouvernement craint

« PrécédentContinuer »