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ce qui a été executé & le Prince obligé d'in terdire de fon emploi Bohun qui n'avoit donne permiflion de l'imprimer que par fon ordre, & qui a demandé pardon â genoux au Parlement. HEMSKERKE,

Voilà ce qui s'apelle un vrai vin d'abfinthe que le Parlement lui a fait boire. Les membres de vôtre Parlement prétendent que le Prince d'Orange n'eft leur Roi que parce qu'ils le veulent ainfi, & non pas qu'il y ais maucun droit ni de fucceffion ni d'élection ni de conquefte, pour être toûjours en état de luy dire, Collige farcinulas & exi: Nous ne voulons plus de vous, pliez bagage, & retirez-vous. Et quoiqu'il obtienne tout ce qu'il veut touchant les Imports, ne voyezvous pas qu'ils vont le grand galop à fe faire sla République comme nous, & je n'en veux Pa point de marque plus évidente que ce qu'ils viennent de faire ordonner que le Parlement s'affemblera de neceffité tous les ans, & qu'il fera triennal quant aux membres; c'est-àdire, que tous les trois ans on les élira de ehl nouveau. N'eft-ce pas établir comme nous les avons en Holande, une forme d'Etats evo perpetuels? Et avec cela un Roi fans droit, ars qu'eft ce autre chofe qu'établir une veritable bies Republiques

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M. PAGET.

Tant que nôtre Chambre- Baffe aura un pouvoir fuperieur à la Haute, l'efprit Républicain dominera, & l'Etat Monarchique ne l'emportera que par la fuperiorité de la Cham

munes,

bre Haute Ainfi comme aujourd'hui les Seigneurs ont laiffé prendre le deffus aux Comil ne faut s'étoner fi la Monarpas chie eft renversée, & fi nôtre Roi Guillaume qui dans l'aparence a tout ce qu'il veut des Anglois, n'eft fous le nom de Roi qu'un veritable Statouder en Angleterre.

HEMSKERKE.

Et en quoi reconnoiffez-vous cette fuperiorité de la Chambre Baffe?

M. PAGET.

En quoi En tout. Mais en faut il une preuve plus convaincante que la lâcheté de fouffrir que des Commiffaires des Commu nes feront la taxe des biens des Seigneurs pour l'impofition des quatre fchelins? N'est-ce pas fe foûmettre à leur Taille arbitraire? Et le ridicule expedient de la proteftation qu'ils ont faite, qu'eft-ce autre chose qu'un voile tranfparent au travers duquel on voit leur foibleffe?

HEMSKERKE.

Voilà donc les Seigneurs bien tendus par les Communes. Vous verrez arriver ce que j'ai dit il y a plus de deux ans, & ce que nous devons craindre vous & moi, qui eft que les Anglois pour retourner à leur Maître vou dront encore effayer de l'Etat Republicain, afin d'accomplir tous les changemens que votre Merlin a prédit touchant l'Angleterre.

M. PAGET.

Et Noftradamus quoi qu'il ne fut pas Anglois, nous a prédit fept changemens d'E

bat ou de Religion, à compter du temps qu'il écrivoit & nous n'en avons eu que cinq; - de forte qu'à fon compte il en reste encore deux.

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11 écrivoit en 1555. que l'Angleterre avoit déja effuyé le changement qu'Henri VIII. y aporta, de forte que le premier fut par la Reine Marie qui rétablit la Religion Catholique, le fecond par Elizabeth qui l'abolit, le troifiéme par Cromwel, le quatriéme par le rétabliffement du Roi Charles II. & le cinquième par la révolution que le Prince d'Orange y a causée; il en refte encore deux fuivant le calcul de Noftrada011 mus avant que l'Angleterre ait un plein 03 repos.

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HEMSKERKÉ.

Et comment contez-vous ces cinq changemens depuis que Noftradamus écrivoit? M. PAGE T.

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HEMSKERKE.

Et vous vous imaginez que l'un fera d'effayer de former encore une fois une Republi. que, & l'autre de rétablir leur Roi ?

M. PAGE T.

Ce font des fecrets qui font réservez à Dieu, & dans lefquels il n'eft pas permis aux hommes d'entrer, je vous dis ce qu'a écrit cet Aftrologue demi Prophete, fans me mêler de le commenter.

HEMSKERKE.

Voulez-vous vous-même une Prédiction que l'on peut faire à coup feur.

C'eft que

quandon voit un Roi feul Maître de toutes fes forces entrer en Campagne avec des Armées floriffantes, à la tête defquelles il marche, & qui a toûjours devant foi deux années des fonds neceffaires pour entretenir quatre cens mille hommes effectifs, on peut dire fans crainte de fe tromper qu'il triomphera de fes Ennemis. Quoi qu'il en foit, croyez-mai Milord, ne vous morfondez point inutik• ment dans un lieu où vôtre peau ne count pas moins de rifque que celle de vos deux predeceffeurs; pour moy, quoi que j'aye un pretexte d'y être par les Negociations de Commerce dont je fuis chargé de la part des Etats, y refterai pourtant tout le moins qu'il me fera poffible: mon eftat eft certain ceux au nom defquels je parois, font ici reconnus pour ce qu'ils font, mais vous ve nez au nom d'un Maître dont la qualité n'eft point ici reconuë, ne vous obftinez point à Y refter, partez dés demain & me

croyez.

M. PAGET.

Je fais cas de vos avis, je vais dormit deffus, & demain je vous dirai ce que j'ai réfolu.

Adieu.

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O JA 55

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