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HEMSKERKE.

C'eft environ de même que fi le Mont Etna declaroit la Guerre aux Montagnes Carpatiennes. Ou vous voulez rire, ou vous prenez ces gens-ci pour des Gruës. Les Anglois declarer la Guerre aux Turcs. Eh fy, n'allez point donner dans le ridicule de cette imagination, les Turcs fçavent beaucoup mieux nos forces que nous ne fçavons les leurs ; & Tove fi vous étiez affez peu fenfé pour lâcher feuolement un mot qui pût leur faire concevoir

tac

la moindre idée de ce que vous me dites, croyez qu'outre le régal qui ne vous manqueroit pas, nous payerions tous bien cher cette menace inutile.

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mon Maître, cette menace ne feroit-elle pas capable d'operer quelque chofe?

HEMSKERKÉ.

Les Anglois & les Hollandois. Où en feroit leur Commerce far la Mediterranée? Que deviendroient leurs Magazins de Smyrne & le Negoce qu'ils font dans toutes les Echelles qui font fous la domination du Turc? Et les feuls Corfaires de Barbarie ne nous tailleNaroient-ils pas plus de befogne que nous ne pourions en coudre avec tout le fecours de vôtre Angleterre ?

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M. PAGET..

Qui nous ?

M. PAGET.

Mais pourquoi donc me donner des Paffeports pour venir me montrer à la Porte, s'ils n'ont aucun deffein de m'écouter?

HEMSKERKE.

C'eft pour vous montrer qu'ils ne fe foucient guiere de vous ni de vôtre Maître, ils fe font un plaifir de gloire de voir l'Empereur. employer fes Alliez pour implorer la Paix,& un autre de la lui refufer à la barbe du Prince d'Orange & de toutes les menaces frivoles. M. PAGET.

Mais comme vous êtes arivé ici devant moi & que vous en connoiffez mieux le terrain, aprenez-moi, je vous prie, la firuation pre Lente des affaires du Turc, & faites-moi comprendre s'il a des forces qui puiffent le flater d'un fuccés fi avantageux; & s'il en a, pourquoi n'a-t-il rien entrepris la Campagne paffée, & qu'au contraire le Grand Vizir ne fir que le montrer aprés avoir vû le Grand Waradin tomber fous les Armes de l'Empe

reur ?

HEMSKERKE.

Il ne faut pas vous imaginer que la Puiffance Ottomane égale, ou que même elle aproche de la Françoife, ny que le Sultan puiffe mettre comme LOUIS LE GRAND quatre à cinq cent mil hommes fur pié bien entretenus & toutes Troupes d'une valeur digne du Monarque qu'elles fervent. Le Turc a une plus grande étendue de Terres foumifes à la domination, peut-être même pouroit-il amaffer d'auffi nombreuses Armées; mais fon Soldat n'aura jamais ni cette bravoure ni cette difcipline qui rendent les François invincibles & fuperieurs à toutes

les autres Nations, parce que pour ariver à ce point d'excèllence, il a falu que l'efprit, le courage, la prudence, la capacité, le travail & les foins affidus du plus habile Moarque qui ait jamais paru, les ait perfectionnez pendant un long-temps, étant impoffible que des Troupes qui changent fou vent de Souverain, & par confequent d'efprit qui les gouverne, réuffiffent comme de celles dont le plus vieux Soldat n'a jamais les fervi qu'un Maître. M. que vous dites eft tres-v s-veritable, & les Troupes que Cezar commanda dans les Gaules, ne devinrent capables du fubjuguer Rome & de donner à ce Chef l'Empire du monde, que parce qu'elles avoient longle temps combatu sous lui.

Janos

FAGET.

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HEMSKERKE.

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Par cette raifon lus Troupes Turques ayant eu depuis cinq ans trois differens SouPaverains, & un plus grand nombre de Vizirs, les qui font plus qu'à moitié Souverains, & qui fouvent ont des maximes opofées; il eft tresdifficile que dans ces changemens frequens les Troupes prennent une difcipline qui n'eft jamais bonne qu'elle ne foit conftante. Mais quoique ces Troupes ne puiffent pas Tafe mettre en balance avec les Françoises, ni la puiffanec du Maître de Conftantinople entrer en paralelle avec celle du Maître de Paris; il faut avouer neanmoins que les forces du Bizantin font tres redoutables, & A iiij.

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M

qu'il n'y a point d'Etat qui ait de plus grandes réfources.

M. PAGET.

S'ils en avoient de fi grandes, pourquoi n'ont ils donc rien fait l'an paffé, & par quelle raifon n'entrer en Campagne qu'à la fin de l'Eté?

HEMSKERKE.

Demandez plûtôt comment ils en ont på tant faire dans le trouble qu'avoient aporté aux affaires les intrigues du Grand Vizir qu'on fut obligé de dépoffeder. Les Guerres intestines entre les Courtifans ne font pas propres à donner fuccés aux affaires du Maîzre, il falut faire venir de fort loin le nouveau Vizir qui lui fut fubftitué; de forte qu'avant qu'on cût rétabli les mesures rompues, une partie de la Campagne fe paffa: Et comme celui-ci eft un General fort fage & qui fçait parfaitement la Guerre, il n'avoit garde d'aller par une Bataille hazarder l'Empire avec des Troupes qui ne le connoiffoient pas, & fans qu'il eût auparavant établi entre l'Armée & lui cette confiance mutuelle fans laquelle il eft fort difficile d'ar river au fuccés qu'on le promet.

M. PAGET.

Et vous pretendez que c'eft-là la veritable raifon de ce que s'étant montré en deçà de la Save pendant quelques jours, il se retira & ne combatit point?

HEMSKERKE.

Sans doute; & puiqu'il étoit plus fort de

Troupes que le Marquis de Bade, & que toute fa vie il a montré que fon genie le porte à plûtôt donner dix Batailles que de perdre l'ocafion d'une feule; vous ne devez pas douter que ce qu'il fit ne fût un grand coup de prudence pour conferver fes Troupes entieres & en bon état, les augmenter pendant l'Hyver, leur donner de bonnes Garnisons ¿ & rentrer de bonne heure en Campagne. M. PAGE T.

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Mais en partant d'Angleterre, on m'a dit que je trouverois le Serrail en combustion", & le Vizir auffi fuspect au Divan que l'étoit fon Predeceffeur.

HEMSKERKE.

L'on s'eft moqué de vous, comme l'on a Coûtume en ce Païs-là de fe moquer de tous ceux qui veulent être Dupes. Et je puis vous affurer que le Vizir eft dans une parfaite intelligence avec le Serrail & avec le Divan; tout ce qui étoit de la cabale du precedent a k été écarté, & tout y eft auffi calme que dans la plus profonde Paix. Il travaille avec un foin merveilleux à rendre les Armées plus nombreuses & mieux aguerries que les Campagnes paffées, & l'état où se trouvent les chofes leur doit donner une grande efperance du fuccés de celle-ci.

M. PAGE Tr Expliquez-moi donc quelle eft veritablement cette fituation des chofes que je fçais fort mal, puifque je ne la fçais que par l'idée que m'en donna mon Maitre lorfque je le quittai.

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