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CHAPITRE IV

LES FÈTES ET LES SACRIFICES

A. D'après les livres historiques'.

L'on est étonné, en compulsant les livres historiques, de voir combien les solennités religieuses, en particulier celles qui présenteraient un caractère périodique, y tiennent peu de place. La revue que nous allons en faire n'occupera que quelques lignes.

Fêtes périodiques.

Dans l'épisode d'Abimélech, fils de Gédéon et tyran de Sichem, il est question d'une fête des vendanges qu'on célébrait au sanctuaire du Seigneur-du-Pacte (Ba'al berith) 2. Un peu plus loin, il est question d'une fête annuelle célébrée à Silo en l'honneur de Yahvéh; comme elle comporte des promenades processionnelles et des danses au milieu des vignes, on a le droit de la mettre en relation avec la fête des vendanges. Dans les débuts de l'histoire de Samuel, il est question à plusieurs reprises de la fête annuelle de Silo, qui est l'occasion d'un pélerinage et de sacrifices'. Dans la pensée de l'écrivain, cette fête solennelle est non seulement annuelle, mais elle est unique; il est licite de la mettre en relation avec l'époque des vendanges. On discerne ici nettement les traces d'un état de choses ou d'une conception théorique qui ne connaissait qu'un pélerinage annuel, au lieu des trois que la loi finit par sanctionner.

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Il n'y a pas lieu d'insister sur la fête par laquelle David célèbre l'introduction de l'arche à Jérusalem, parce qu'elle a le caractère d'une manifestation exceptionnelle et n'est pas

1. A consulter notre étude d'après Wellhausen: Les sacrifices et les fétes chez les Israélites, où certains côtés du sujet sont mis en lumière, mais après laquelle il reste beaucoup à faire Revue de l'histoire des Religions, II, 1880. 2. Juges, IX, 26 suiv.

3. Juges, XXI, 19 suiv.

4. 1 Samuel, I, 3-4, 7, 21, 24; II, 19.

mise en relation avec une solennité périodique'. En revanche, Salomon prend soin de faire coïncider l'inauguration du Temple avec «< la fête », située au septième mois, ce qui est toujours la fête des Vendanges ou des Tabernacles. Un peu plus loin, on nous assure que « trois fois l'an », il offrait des sacrifices magnifiques : on peut supposer que cette indication a été écrite sus l'influence de la législation du Deutéronome, qui était connue du rédacteur, et que celui-ci a visé les trois grandes fètes annuelles.

Signalons la mention d'une solennité annuelle que la famille de David célèbre à Bethléem, et qui sert de prétexte à David pour excuser une absence ‘.

Jéroboam, quand il organise le royaume des dix tribus, n'a rien de plus pressé que d'instituer une solennité annuelle à Béthel en rivalité avec celle qui se célébrait à Jérusalem. Elle est placée seulement au huitième mois au lieu du septième ".

La Pâque n'est expressément mentionnée que pour la période qui précède de peu la Captivité. Le roi Josias, après avoir mis fin aux pratiques de l'idolâtrie selon les indications du Livre de la loi merveilleusement retrouvé, prescrit de célébrer solennellement la Pâque d'après les ordres de ce même livre. L'écrivain ne dit pas d'une façon précise si cette fête était complètement tombée en désuétude, mais il accorde que la cérémonie ainsi célébrée était quelque chose d'absolument nouveau « Aucune Pâque pareille à celle-ci n'avait été célébrée depuis le temps où les Juges jugeaient Israël et pendant tous les jours des rois d'Israël et des rois de Juda 6. »

Cette extraordinaire pénurie d'indications sur une matière à laquelle la législation donne une si grande importance,

1. 2 Samuel, VI, 12-19.

2. 1 Rois, VIII, 2 suiv., 65-66.

3. 1 Rois, IX, 25.

4. 1 Samuel, XX, 6, 29.

3. 1 Rois, XII, 32-33.

6. 2 Rois, XXIII, 21-23.

autorise tous les doutes. Assurément la religion des Israélites avant la captivité a dà comporter des solennités régulières ; mais le souvenir ne nous en a pas été transmis, sauf en ce qui concerne une fète annuelle, qui semble avoir coïncidé avec les vendanges, et qui, selon les localités, pouvait être célébrée à quelques jours ou semaines de distance.

Les néoménies, le sabbat. Il est question d'un festin religieux destiné à célébrer la nouvelle lune, dans l'histoire de Saul; mais la relation n'a pas grand caractère d'antiquité. La mention ne reviendra plus qu'une fois, et cela dans l'épopée d'Elie et d'Elisée dont le contenu et la rédaction sont des plus modernes. Quant au sabbat, nous sommes peut-être plus mal partagés encore. En dehors de ce même texte 3, son existence est mentionnée lors de la conjuration de Joas '; à propos des modifications opérées dans le temple de Jérusalem par Achaz, père d'Ezéchias, on signale la présence d'un << portique du sabbat »3. — En gros, n'hésitons pas à le déclarer, les livres de Juges, Samuel et Ris ne connaissent ni les trois grandes fêtes annuelles, ui les néoménies, ni le sabbat!

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Les Sacrifices. Partout où il est question d'autels et de lieux consacrés au culte, les sacrifices sont également mentionnés. Ces sacrifices ont le caractère de banquets célébrés dans une enceinte sacrée la part spécialement consacrée à la divinité est consumée sur l'autel et les donateurs avec leurs invités font honneur au reste.

Quand Gédéon est honoré d'une apparition de la divinité, il offre à celle-ci un sacrifice composé d'un chevreau cuit et de pains sans levain; en présentant le chevreau, le jus est mis à part dans un pot, pour être répandu sur l'autel . A Silo, l'on reproche aux fils du prêtre Héli, prêtres eux mêmes,

1. 1 Samuel, XX, 5, 18, 24.

2. 2 Rois, IV, 23.

3. 2 Rois, IV, 23.

4. 2 Rois, XI, 5, 7, 9.

5. 2 Rois, XVI, 18.

6. Juges, VI, 19 suiv.

d'avoir prélevé arbitrairement les pièces de choix des victimes, soit en choisissant dans I marmite le morceau à leur convenance, soit en prélevant un morceau de viande crue, avant que la graisse n'eût été flambée sur l'autel 1. Sont-ce de véritables abus, ne serait-ce pas des pratiques habituelles à tel ou tel sanctuaire, nous n'en pouvous rien dire.

Dans les festins d'un caractère religieux auxquels préside le prophète Samuel, le caractère de banquet est mis en une évidence particulière. Il s'en va au haut lieu de Rama bénir un sacrifice; «< après quoi les conviés mangeront ». Saül, à la recherche de ses ànesses perdues, pénètre dans la salle, où se trouvait une trentaine d'invités, et Samuel lui fait servir le morceau le plus honorable. Une scène analogue se reproduit quelque temps après à Bethléem, mais, cette fois-ci, le héros en est David . Dans les circonstances solennelles, on offre à la divinité au nom du peuple entier des holocaustes et des sacrifices d'actions de gràces *. David, lors de l'installation de l'arche à Jérusalem, offre à Yahvéh des holocaustes et des sacrifices d'actions de grâces; puis il distribue au peuple pains, quartiers de viande et gâteaux de raisin, pour l'associer au repas sacré . Salomon agit de même, mais dans des proportions inaccoutumées. Nous ne croyons pas utile d'insister. Il est évident que les Israélites ont offert des sacrifices à la divinité pendant toute la période des anciens royaumes. Quant à la façon de les offrir, nous ne voyons rien ici qui s'écarte de ce que nous apprendra le Deuteronome ou le Proto-Hexateuque. Or les livres historiques, ayant été rédigés par un écrivain qui connaissait le Deuteronome, la manière dont on nous représente les sacrifices des anciens temps peut n'être qu'un

1. 1 Samuel, II, 13-16.

2. 1 Samuel, IX, 12 suiv., 22 suiv.

3. 1 Samuel, XVI, 3 suiv.

4. Juges, XX, 26, XXI, 4; 1 Samuel, X, 8; XI, 15.

5. 2 Samuel, VI, 17-19.

6. 1 Rois, VIII, 62 suiv.

reflet des règlements et des usages qui ont été en vigueur après l'exil.

Les Sacrifices humains. Si l'on peut établir par quelque voie que les sacrifices humains ont été pratiqués chez les anciens Israélites, ce ne peut être que par des textes empruntés aux Livres historiques; eux seuls peuvent offrir le caractère d'authenticité suffisant. Or voici ce qu'on remarque à cet égard d'une part, trois textes, d'une nature absolument légendaire et dont la rédaction a des allures positivement non historiques, se rapportant à l'époque des Juges, aux temps de Samuel et de David; de l'autre, diverses indications plus précises, relatives aux deux derniers siècles d'existence du royaume de Juda. Nous allons les passer en revue.

C'est d'abord le juge Jephté qui, à la veille d'une expédition militaire, s'engage envers la divinité à lui offrir en holocauste la personne qui sortira de sa maison à sa rencontre s'il revient vainqueur sa propre fille se trouve victime de ce téméraire engagement'. En lisant avec soin cet épisode assez incohérent, on s'aperçoit que ce n'est pas autre chose qu'un essai d'explication d'une cérémonie pratiquée dans la région transjordanique pendant quatre jours chaque année, les jeunes filles circulaient dans la montagne en se lamentant sur la « fille de Jephté ». Une autre fois, c'est Saül qui a reçu de Samuel l'ordre de détruire les Amalécites jusqu'au dernier selon le procédé du ban (hhérem), qui consistait à ne laisser la vie à âme vivante, pas même au bétail. Le roi ayant épargné le roi Agag et quelques pièces de bétail, le prophète intervient et «< met Agag en pièces devant Yahvéh à Galgala » 3. C'est un ennemi dont on a offert la vie à la divinité par un vœu solennel : il y a obligation de remplir la promesse faite à celle-ci. Il est inutile de rappeler que ce récit a un

1. Juges, XI, 30-31, 34 suiv. L'immolation doit avoir lieu à Maspha du Galaad, siège d'un sanctuaire réputé (verset 29). 2. Juges, XI, 38-40.

3. 1 Samuel, XV, 1-3, 7 suiv., 31 suiv.

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