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abrégées ou apocopées de Yahvéh ou, au contraire, Yahvéh comme une forme emphatique, plus pleine et plus sonore, de Yaho, Yahou? Nous ne voyons nul inconvénient à laisser ouverte une question, qui ne nous paraît pas susceptible d'une solution définitive. Ce qu'on peut dire de plus plausible en faveur de la priorité de la forme pleine Yahvéh, c'est qu'elle se prête davantage à une explication étymologique, tandis que la forme trilittérale (yhv) ne se rattache à aucune racine connue. Aussi n'y contredisons-nous point et ne nous opposons pas à ce que l'on cherche l'explication de Yahvéh dans la racine havah; on prêterait à la divinité l'action exprimée par cette racine verbale à la troisième personne de l'imparfait. Yahvéh signifierait il..., comme Itsehhaq (Isaac), tiré de la racine tsahhaq, signifie il rit, le rieur. Que signifie donc la radicale havah? Là est la question. Le dictionnaire lui donne le sens de tomber de haut en bas, delabi, cadere, deorsum ruere. Il s'emploie aussi dans le sens d'un désir violent et impétueux, de catastrophe, ruine, écroulement, destruction, ce qui autoriserait l'explication de Yahvéh par il détruit, le destructeur ou quelque chose d'avoisinant et impliquerait l'idée d'un pouvoir se manifestant par des effets terribles et soudains'. Je donne cette explication pour ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pour pas grand' chose; je me borne à dire qu'elle est correcte et ne se heurte pas à des impossibilités lexicologiques, comme l'explication qui, prenant acte de ce que la racine hébraïque hayah (hyh) qui signifie être, se dit havah (hvh) en chaldéen, traduit Yahvéh par il est ou il fait être si Yahvéh est un vocable ancien, c'est à l'hébreu et non à l'araméen de basse date qu'il faut demander son explication 2.

1. Voyez au même dictionnaire les articles et .

2. Nous trouvons inutile de nous étendre davantage, nous bornant à renvoyer à nos Essais bibliques, p. 198 et suiv. Les personnes les plus avisées ont proposé une explication destinée à faire ressortir la notion de fidélité et de constance plutôt que l'idée, purement métaphysique, d'essence absolue, ou celle, assez froide, de durée sans fin; malheureusement, tous ces essais

Yahvéh est le nomen proprium de la divinité à laquelle les Israélites doivent adresser exclusivement leurs hommages; nous l'avons rencontré dans des noms propres qui appartiennent à l'époque de Saül et de David, c'est-à-dire à la partie la plus ancienne de l'histoire hébraïque qu'il soit en nos moyens de reconstituer. Les livres législatifs et prophétiques déclareront sous une forme dogmatique que Yahvéh s'est tout particulièrement constitué le Dieu des Israélites en arrachant ceux-ci à l'esclavage de l'Egypte; au fond, les livres historiques professent la même thèse'. Mais cela, c'est l'expression de vues théoriques, que nous ne saurions faire remonter à une bien haute antiquité. Sur la question proprement dite d'origine du nom de Yahvéh — est-il indigène? a-t-il été emprunté à l'Egypte, à l'Assyrie, à quelque tribu de l'Arabie? — les livres historiques sont hors d'état de nous rien apprendre. Ils usent du nom de Yahvéh comme d'une désignation consacrée et ne se préoccupent de fixer ni sa signification, ni son origine.

Yahvéh siège dans les plus hautes régions, assis sur un trône qu'entoure «< toute l'armée des cieux », c'est-à-dire une cour formée des personnages que nous appelons anges'.

pèchent par la base. On sera dans l'obligation d'en parler de nouveau quand on traitera du passage Erode, III, 14. - Si l'on cherchait du côté de l'arabe, on trouverait le sens de hiare, être béant, ce que les partisans de l'explication météorologique appliqueraient aisément au ciel béant, à l'atmosphère large et étendue (cf. Revue de l'histoire des religions, t. IV, 1881, p. 373). Je ne dissimule pas que mes préférences sont en faveur d'une forme primitive yeho, yaho, à expliquer par une racine yhv, qui est inconnue des lexiques anciens ou modernes.

1. « Je vous ai, dit une personne parlant au nom de Yahvéh aux Israélites, soit un ange soit un prophète, je vous ai fait monter hors d'Egypte et vous ai amenés dans le pays que j'ai juré à vos pères de vous donner. J'ai dit : Jamais je ne romprai mon alliance avec vous, etc... » (Juges, II, 1 suiv.). « Les enfants d'Israël abandonnèrent Yahvéh, Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d'Egypte, etc. » (Juges, III, 12). Enfin, à l'occasion de la destruction du royaume des dix tribus : « Cela arriva parce que les enfants d'Israël péchèrent contre Yahvéh, leur Dieu, qui les avait fait monter du pays d'Egypte, etc. » (2 Rois, XVII, 7 suiv.).

2. 1 Rois, XXII, 19.

Assurément, Yahvéh réside d'une façon tout exceptionnelle dans le temple de Jérusalem; il y est présent plus qu'en aucun autre lieu de la terre, mais cette simple résidence ne saurait le contenir. Après que Salomon a dit : « J'ai bâti une maison qui sera ta demeure (la demeure de Yahvéh), un lieu où tu résideras éternellement, » il rappelle le caractère exceptionnel du Dieu qu'il adore : « Il n'y a point de Dieu semblable à toi, ni en haut dans les cieux, ni en bas sur la terre »>, et s'écrie dans un mouvement singulièrement hardi: «Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir combien moins cette maison que je t'ai bâtie! Toutefois, ô Yahvéh, mon Dieu, sois attentif à la prière de ton serviteur et à sa supplication; écoute le cri et la prière que t'adresse aujourd'hui ton serviteur. Que tes yeux soient nuit et jour ouverts sur cette maison, sur le lieu dont tu as dit : Là sera mon nom! Ecoute la prière que ton serviteur fait en ce lieu. Daigne exaucer la supplication de ton serviteur et de ton peuple d'Israël, lorsqu'ils prieront en ce lieu! Exauce du lieu de ta demeure, des cieux; exauce et pardonne ! » Cette définition est aussi ingénieuse qu'éloquente; nous croyons inutile de la commenter, ce qui risquerait de l'affaiblir. Il n'est donc pas question d'un dieu particulier d'Israël, engageant au nom de ses clients une lutte avec d'autres personnages rivaux, mais du créateur des cieux et de la terre qui a choisi Israël pour l'organe de ses volontés, pour l'agent de ses desseins merveilleux.

L'expression Yahvéh tsebaoth, Yahvéh des armées, qui apparaît à plusieurs reprises, ne semble pas devoir être entendue autrement que dans le sens : Yahvéh qui commande aux cohortes angéliques, ces esprits angéliques pouvant être mis en relation avec les astres 2.

Mais, dira-t-on, voilà des conceptions d'un spiritualisme

1. 1 Rois, VIII, 13, 23, 27-30.

2. La question est très bien traitée à l'article 23 du dictionnaire de Gesenius (8e édition).

bien raffiné, qui peuvent être le fruit des méditations des docteurs juifs de la Restauration. Ce que nous voudrions savoir, c'est si Yahvéh était déjà cela pour les contemporains de Josias, d'Ezéchias, de Salomon ou de David et, en un mot, ce qu'était Yahvéh pour l'époque de David ou d'Ezéchias. Les livres historiques ne nous fournissent point les éléments d'une réponse. Nous ne pouvons risquer que de simples suppositions et encore sera-t-il plus sage de s'abstenir complètement de celles-ci. Si haut que nous remontions, nous constatons que les Israélites sont de fervents adorateurs de Yahvéh et nous avons vu que, dans toute la période des anciens royaumes, l'influence ou la pénétration des cultes étrangers étaient restées des plus limitées'; en second lieu, ce Yahvéh, nous ne pouvons l'apercevoir qu'au travers des vues élaborées par la théologie juive, vues auxquelles nous ne saurions reconnaître une haute antiquité2.

Le mot El (Fort, Héros, Dieu), si volontiers employé dans la composition des noms propres, ne se rencontre aux livres historiques que dans des morceaux poétiques, qui offrent les plus incontestables caractères de modernité3.

A côté du nom de Yahvéh, qui est caractéristique de la divinité par excellence, de celle qui gouverne le monde et protège spécialement les Israélites, les livres historiques usent constamment du terme d'élohim, qui répond à notre mot Dieu. Ainsi l'on dira Yahvéh, élohim ou Dieu des pères; Yahvéh, élohim ou Dieu d'Israël; Yahvéh, notre élohim ou notre Dieu; Yahvéh, élohim tsebaoth ou Dieu des armées; Elohim tout court, c'est-à-dire Dieu, et huélohim ou la divinité, ¿ ¿g Le terme élohim, de même que celui de El, ne désigne pas exclusivement la divinité légitime, mais peut s'appliquer aux

1. Voyez ci-dessus tome Ier, pages 32, 87 et 135.

2. Le nom Yahvéh n'apparaît aux livres historiques sous aucune des formes abrégées que nous avons relevées dans les noms propres.

3. En tout six fois, tantôt sans l'article, tantôt avec l'article définí, à savoir 1 Samuel, II, 3; 2 Samuel, XXII, 32, XXIII, 5; 2 Samuel, XXII, 31, 33 et 48.

dieux des autres peuples. Nous rappellerons un passage classique, qui ne laisse subsister aucun doute sur ces divers points. Le prophète Elie, au moment d'assurer la victoire de Yahvéh sur Baal, s'exprime ainsi dans un discours au peuple « Si c'est Yahvéh qui est la divinité (haélohim), suivez-le; si c'est Baal, suivez-le 1. »

Quel est le rapport entre 'El, qui nous est connu par les noms propres et, d'autre part, par l'emploi que font de ce nom des textes poétiques dépourvus d'ancienneté, et 'Elohim? L'on rapporte volontiers le premier à un radical oul qui signifie être fort et le second à un radical alah, qui signifie être terrible, en sorte que El signifierait le Fort et Elohim, le Terrible ou, plus exactement, les Terribles. Il nous semble qu'il n'y a aucune raison décisive pour rapporter ces divers termes à deux racines différentes, indiquant la force ou la terreur. Que l'on préfère une forme oul ou une forme alah, nous pensons que la même explication convient aux deux termes. En ce cas, Elohim apparaîtrait volontiers comme une forme dérivée de El; on l'aurait renforcé par l'adjonction d'un het, en second lieu, on lui aurait donné la désinence du pluriel im pour affirmer son caractère compréhensif et sans limites. Si l'on entrait dans cet ordre d'idées, une question qui a fait beaucoup de bruit, ou, plus exactement, une question autour de laquelle on s'est évertué à faire du bruit, serait immédiatement tranchée. El n'ayant aucun caractère de pluralité, l'on ne serait pas autorisé à conférer ce caractère à Elohim, malgré l'apparence qui résulte à cet égard de sa forme. Or, considérant que la prose hébraïque classique emploie constamment élohim au sens de Dieu et ne fait jamais alterner ce nom avec el, nous estimons qu'on est fondé à voir dans élohim à la fois un équivalent et une forme dérivée du mot el.

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1. 1 Rois, XVIII, 21. Voyez les expressions leurs élohim ou les dieux des Chananéens, les élohim autres ou les dieux étrangers (Juges, II, 3, 19).

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