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de déposer la plume sans exprimer notre profonde conviction, que la doctrine chrétienne, héritière légitime et directe de la théologie juive, n'a rien à craindre, mais beaucoup à attendre, de conclusions qui mettent en relief les caractères d'unité, d'indépendance et d'originalité, enfin d'incomparable supériorité religieuse et morale des sources où elle a puisé'.

1. Reportez-vous à nos dernières publications : Précis d'histoire juive; Les résultats de l'exégèse biblique;

Essais bibliques.

EXAMEN

DE

L'AUTHENTICITÉ DES ÉCRITS PROPHÉTIQUES

EXAMEN

DE

L'AUTHENTICITÉ DES ÉCRITS PROPHÉTIQUES

A

Position des questions. Jusqu'à quelle date on peut descendre.

Les personnes qui ont suivi attentivement notre exposition, n'ont pu manquer d'être ébranlées dans leur foi en l'authenticité des écrits prophétiques. Elles ont vu, en effet, que ces livres contiennent un grand nombre d'allusions à des pratiques et à des doctrines qui n'ont pris naissance qu'aux temps de la Restauration; cependant nous procèderons dans les pages qui vont suivre comme si la question était intacte.

Nous nous trouvons en présence d'une collection de quinze écrits, formant la seconde partie du recueil des Nebyim ou prophetæ1, à savoir les livres, de fort inégale ampleur, placés sous les noms d'Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie. Les trois premiers sont de dimension importante et se suivent selon l'époque présumée de leur auteur; il en est de même, sous le rapport chronologique, pour les douze suivants, beaucoup moins étendus, dont les cinq premiers passent pour antérieurs à l'époque d'Isaïe et les trois derniers pour postérieurs aux temps de la captivité.

Dans l'état actuel des questions de critique biblique, l'opinion

1. On sait que les premiers prophètes comprennent Josué, Juges, I et II Samuel, I et II Rois, et les derniers prophètes les écrits prophétiques proprement dits.

qu'on doit se faire de l'origine d'un livre dépend de la nature de son conteuu, les prétentions énoncées dans son titre n'ayant à cet égard qu'une très mince valeur. Dans certains cas, on le sait, les livres de la Bible se taisent sur leur auteur et sur l'époque de leur composition; mais lorsqu'ils contienne..t une indication sur ces points, celle-ci ne peut être acceptée qu'autant que le corps de l'ouvrage ne la contredit pas. Si donc il est avéré que les écrits prophétiques connaissent des faits ou des doctrines inconciliables avec la prétention qu'ils émettent d'appartenir à telle époque, nous en tirerons simplement la conclusion que, pour une raison ou pour une autre, on a cru devoir les reporter à un temps plus ancien que celui où ils ont réellement vu le jour.

Cependant, nous devons tenir le plus grand compte d'une circonstance, qui est la date présumée de clôture du canon des livres bibliques, ou, plus exactement, la date présumée de la clôture du recueil des écrits prophétiques. Si nous possédions, en effet, des renseignements précis à cet égard, il nous serait interdit de descendre pour la composition d'aucun des livres du recueil à une date plus basse que celle admise pour la formation définitive de la collection. Or voici les indications que nous possédons sur ce point. Le livre de l'Ecclésiastique, traduit en grec dans les dernières années du IIe siècle avant notre ère sur un original hébreu, composé lui-même cinquante ou soixante ans plus haut, connaît les principales parties du canon de la Bible hébraïque, telles que la tradition les a consacrées. Cette donnée est assez importante pour qu'on la mette ici en pleine lumière.

Le livre de l'Ecclésiastique ou Sagesse de Jésus, fils de Sirach, est une œuvre écrite primitivement en hébreu et dont la traduction grecque nous est seule parvenue. Cette traduction se donne pour l'œuvre d'un Juif, fixé en Egypte au temps du roi Evergète; ayant en main l'ouvrage en question, qui serait l'œuvre de son grand-père, il aurait jugé à propos de le transporter en grec pour l'instruction de ses contemporains. «< Tant et de si grandes choses, ainsi s'exprime-t-il dans sa préface, nous ayant été données par la Loi, par les Prophètes et par ceux qui les ont suivis, choses qui doivent faire célébrer l'instruction et la sagesse d'Israël et dont il ne suffit pas que ceux qui les lisent tirent profit, mais qu'il est à propos de voir mettre par les savants à la disposition de ceux du dehors sous forme parlée ou écrite, mon grand-père Jésus, qui s'était adonné à la lecture de la Loi, des Prophètes et des autres livres bibliques et qui s'y était acquis quelque talent, fut amené à composer lui-même quelque chose

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