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les poésies, de date récente, mises dans la bouche de Balaam '. Dans le Deuteronome, il apparaît une ou deux fois dans le même emploi que élohim, avec ou sans l'article. Il est inutile d'insister sur ce point évident, que El et Elohim ont exactement la même valeur et cette identité nous engage à conclure dans le sens d'une même origine. Quant à Éloah, qui n'apparait que dans des textes poétiques de basse date, on ne doit pas dire que élohim est son pluriel, mais plutôt et tout au plus qu'il est le singulier de élohim; en effet, il est visiblement tiré de élohim et destiné, principalement dans le langage poétique, à lui servir de synonyme, par pure élégance littéraire.

Shaddai (Les Puissants) est un pluriel aramaïsant destiné à renforcer l'idée du radical, de même qu'Adonaï (Les Seigneurs), qui provient de Adon. Ces deux noms n'appartiennent qu'à la basse époque. 'Élyon (Le Haut) est également de provenance moderne. Ces trois noms appartiennent aux morceaux les plus récents de l'Hexateuque.

Angélologie, démonologie, sorcellerie. Il y a quelque vingt ans encore, des personnes versées dans la connaissance des antiquités hébraïques croyaient pouvoir soutenir que l'angelologie et la démonologie étaient restées rudimentaires chez les Israélites jusqu'à l'époque de la captivité de Babylone, époque où le contact avec l'étranger, notamment avec la Perse, favorisa leur essor. M. Reuss qui a imprimé une si féconde impulsion aux études bibliques, n'a pas peu contribué à maintenir ce point de vue en assurant que l'ange ou les anges de Yahvéh ne désignent généralement pas des êtres indépendants du principe suprême, mais simplement des apparitions ou manifestations temporaires de la divinité. On verra que cette théorie est fort loin de répondre aux faits et que la notion d'êtres célestes formant à la divinité une cour, est déjà

1. Nombres, XXIII, 8, 19, 22, 23; XXIV, 4, 8; cf. Deutéronome, XXXII, 4, 12, 18, 21. Pour le pluriel, voyez Exode, XV, 11.

2. Deuteronome, III, 24; VII, 9; cf. Nombres, XII, 13.

très apparente chez des œuvres que l'on croyait jadis pouvoir rapporter aux époques antérieures à l'exil.

Commençons ici par les livres historiques, dont nous avons jusqu'à ce moment négligé, ou plutôt ajourné, le témoignage. Dès le début de l'époque des Juges, un messager, envoyé ou, selon l'expression qui devint consacrée, un ange de Yahvéh (male'ak Yahvéh) vient adresser de sévères reproches aux Israélites. C'est la divinité qui parle par la bouche de cet envoyé1. Dans le cantique de Débora, on lit ces mots : « Maudissez Méroz, dit le messager de Yahvéh, etc. » — Gédéon est favorisé d'une apparition, sur laquelle on donne des détails assez complets. L'ange ou messager de Yahvéh se fait voir à Gédéon et lui annonce que la divinité fait appel à son bras pour délivrer Israël. Le jeune Israélite commence par se récuser, puis, au ton de son interlocuteur, il reconnaît la présence de la divinité et lui offre des sacrifices. Il est à noter que l'écrivain fait alterner sans hésitation les termes messager de Yahvéh et Yahvéh; c'est ce dernier lui-même qui apparaît dans la personne de l'ange. Après que l'ange a miraculeusement dévoré par la flamme le sacrifice qui lui était offert, Gédéon s'écrie: « Malheur à moi! Seigneur Yahvéh, car j'ai vu l'ange de Yahvéh face à face. » Mais Yahvéh le rassure, en lui disant : « Sois en paix, ne crains point: tu ne mourras pas. » Il est visible que l'ange est ici une simple apparition ou manifestation de la divinité, dépourvue de toute individualité propre 3. Un ange apparaît aux parents de Samson dans des conditions analogues. L'ange de Yahvéh ou ange de Dieu se fait voir à la mère du futur libérateur d'Israël et celle-ci rapporte la chose en ces termes : <«< Un homme de Dieu (ish haElohim) est venu à moi, duquel l'aspect était très redoutable comme celui d'un ange de Dieu (male’ak haElohim). » Les braves gens, honorés de l'appari

1. Juges, II, 1-5. D'autres ont vu dans cet envoyé un prophète.

2. Juges, V, 23.

3. Juges, VI, 11-24.

tion divine, ayant offert un repas au mystérieux et effrayant personnage, celui-ci déclare qu'il ne prend point part à des banquets humains. « Si tu veux faire un holocauste, ajoutet-il, tu l'offriras à Yahvéh. » Ainsi fut fait et l'ange s'éleva vers le ciel dans la flamme de l'autel. Les parents de Samson comprennent alors qu'ils ont été honorés d'une apparition divine et l'homme s'écrie: « Nous allons mourir, car nous avons vu Dieu. » A quoi sa femme réplique avec finesse : « Si Yahvéh avait voulu nous faire mourir, il n'aurait pas accepté de nos mains l'holocauste et l'offrande. » Ici encore l'ange est une apparition ou manifestation de la divinité ellemême et non un être possédant, à un titre quelconque, une individualité distincte'. Nous relèverons, beaucoup plus loin, dans un entretien entre David et le roi philistin Achis, à la solde duquel il s'est mis, la locution suivante. Le prince philistin veut expliquer poliment à David qu'on se méfie de lui et qu'on ne veut pas l'emmener dans la lutte contre Saül, contrairement à son propre sentiment, à lui Achis. En effet, dit-il au futur successeur de Saül, « tu es agréable à mes yeux comme un ange de Dieu; » c'est-à-dire comme une personne douée d'une sagesse et d'une vertu insignes. La même locution reviendra dans un discours adressé plus tard au même David: « Mon seigneur le roi est comme un ange de Dieu, prêt à entendre le bien et le mal, » et : « Mon Seigneur est aussi sage qu'un ange de Dieu pour connaître tout ce qui se passe sur la terre 3. » On voit que l'écrivain connaît une catégorie d'êtres célestes, formant l'entourage de la divinité et doués d'une pénétration exceptionnelle. — David attire sur le peuple une peste effroyable en procédant au dénombrement du peuple, opération que la divinité voit d'un mauvais œil. Ce fléau a pour agent et instrument un ange.

1. Juges, XIII, 2-23.

2. 1 Samuel, XXIX, 9.

3. 2 Samuel, XIV, 17, 20; cf. XIX, 27. male'ak haElohim.

Dans ces trois passages on lit

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Or «< comme l'ange (hamale'ak) étendait sa main sur Jérusalem pour la détruire, Yahvéh se repentit de ce mal et dit à l'ange qui faisait périr le peuple : Assez, retire maintenant ta main ! L'ange de Yahvéh était à ce moment auprès de l'aire d'Arauna, le jébuséen. » — A la suite de cet arrêt subit du fléau, David érige un autel à Yahvéh à l'endroit où il avait vu l'ange. Ici l'on distingue nettement entre l'ange, ministre des volontés célestes et la divinité, qui du haut du ciel, lui donne des ordres, lui commande de frapper ou retient sa main'. Au temps de Jéroboam, premier roi d'Israël, un prophète déclare à un autre prophète pour donner plus de crédit à sa parole, que « un ange lui a parlé de la part de Yahvéh et lui a dit » telle et telle chose 2. Lorsque le prophète Elie, menacé par Jézabel, se dirige vers l'extrême sud et succombe à la lassitude, un ange vient l'assister : « Il s'était couché et endormi sous un genêt. - Et voici, un ange le toucha et lui dit : Lève-toi, mange. Il regarda et il y avait à son chevet un gâteau cuit sur des pierres chauffées et une cruche d'eau. Il mangea et but, puis se recoucha. L'ange de Yahvéh vint une seconde fois, le toucha et lui dit : Lèvetoi, mange, etc. » Cet ange n'est pas la redoutable apparition divine, dans laquelle Gédéon et les parents de Samson reconnaissaient et honoraient à juste titre Yahvéh lui-même, mais un simple messager d'en haut. - A deux reprises encore, Dieu communique ses volontés à Elie par le moyen d'un ange'. L'ange de Yahvéh qui délivre Jérusalem de l'armée assyrienne en faisant périr cent quatre-vingt-cinq mille hommes, est à rapprocher de celui qui était désigné dans l'affaire de la peste de David 5. Mais le passage des livres historiques qui jette le jour le plus vif sur la question, est

3

1. 2 Samuel, XXIV, 15-25.

2. 1 Rois, XIII, 18.

3. 2 Rois V, 7.

4. 2 Rois, 1, 3 et 15.

5. 2 Rois, XIX, 35.

celui où le prophète Michée décrit la cour céleste: « J'ai vu Yahvéh assis sur son trône et toute l'armée des cieux se tenant auprès de lui, à sa droite et à sa gauche. Yahvéh a dit alors Qui séduira Achab pour qu'il monte à Ramoth en Galaad et qu'il y périsse? » Là-dessus, les anges qui entourent la divinité répondent les uns d'une manière, les autres d'une autre. Au milieu de cette hésitation, l'esprit (harouahh) sort des rangs de l'assemblée céleste et dit: Je m'en charge. L'esprit sortit, se tint devant Yahvéh et dit: Moi, je le séduirai. Et Yahvéh dit: De quelle façon? Celui-ci répondit : J'irai et je serai un esprit de meusonge dans la bouche de tous ses prophètes. » La divinité donne son approbation à ce propos'. D'après cet important morceau, la divinité siège dans les régions célestes entourée de toute l'armée des cieux, c'est-à-dire des anges qui sont les esprits des étoiles ou des astres; parmi ces personnages, il en est un qui se distingue par une intelligence supérieure: ce personnage est l'esprit.

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Nous nous croyons autorisé suffisamment par ce passage à entendre l'expression Yahvéh tsebaoth ou Elohim tsebaoth (Yahvéh des armées, Dieu des armées), partout où elle se rencontre aux livres historiques, dans le sens de Dieu des étoiles ou plus exactement: Dieu des esprits qui président aux étoiles et aux astres, c'est-à-dire Dieu des anges.

Recherchons les éléments de l'angélologie dans les livres de l'Hexateuque. - Dès le début du tableau de la création, nous lisons : « Lorsque Dieu commença à créer (c'est-à-dire à organiser) les cieux et la terre, la terre était sans forme et déserte et il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme. » Nous comprenons que, au moment où Dieu entreprit d'organiser le monde, celui-ci était dans l'état chaotique. « A ce moment là, l'esprit de Dieu se posa à la surface des eaux; Dieu dit alors: Que la lumière soit! et la lumière fut. » Ainsi

1. 2 Rois, XXII, 19-23.

2. Nous lisons Bereshith bero' au lieu de Bereshith bara'.

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