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DEU XIÉME ENTRÉE:DE BALLET.

( Danse, de deux pages.) TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET. I Quatre curieux de spectacles , qui ont pris querelle per

dant la danse des deux pages, dansent ep se battau!

l'épée à la main.)
QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET.
( Deux Suisses séparent les quatre combattants, et, après
les avoir mis d'accord, dansent avec eux. )

SCÈNE III.
JULIE, ERASTE, NÉRI'N E.

JULIE.

Mox dieu! Eraste, gardons d'être surpris. Je - tremble qu'on ne nous voie ensemble; et tout seroit perdu, après la défense que l'on m'a faite.

É RASTE.
Je regarde de tous côtés, et je n'aperçois rien.

JULIE, & Nérine.
Aie aussi l'oeil au guet, Nérine; et prends bien
garde qu'il ne vienne personne.

NÉRINE, se retirant dans le fond du thédére.

Reposez-vous sur moi, et dites hardiment ce que vous avez à vous dire.

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IULIE.

Avez-vous imaginé pour notre affaire quelque chose de favorable? et croyez-vous, Eraste, pou

voir venir à bout de détourner ce fâcheux mariage que mon père s'est mis en tête ?

É RASTE. Au moins y travaillons-nous fortement; et déjà nous avons préparé un bon nombre de batteries pour renverser ce dessein ridicule.

NÉRINE, accourant à Julie.
Par ma foi, voilà votre père.

JULIE.

Ah! separons-nous vite.

NÉRINE. ne bougez; je m'étois trompée.

Non, non, non,

JULIE.

Mon dieu! Nériae, que tu es isotte de nous donner de ces frayeurs !

É RASTE. Oui, belle Julie, nous avons dressé pour cela quantité de machines; et nous ne feignons point de mettre tout en usage, sur la permission que vous m'avez donnée. Ne nous demandez point tous les ressorts que nous ferons jouer, vous en aurez le divertissement; et, comme aux comédies, il est bon de vous laisser le plaisir de la-surprise, et de ne vous avertir point de tout ce qu'on vous fera voir: c'est assez de vous dire que nous avons en main divers stratagèmes tout prêts à produire dans l'occasion; et que l'ingénieuse Nérine et l'adroit Sbrigani entreprennent l'affaire.

NÉRDS.
Assurément. Votre pèrc se moque-t-il, de vou.

loir vous anger

de son avocat de Limoges, mon-sieur de Pourceaugnac, qu'il n'a vu de sa vie, et qui vient par le coche vous enlever, à notre barbe? Faut-il que trois ou quatre mille écus de plus, sur la parole de votre oncle, lui fassent rejeter un amant qui vous agrée? et une personne comme vous est-elle faite pour un Limosin ? S'il a envie de se marier, que ne prend-il une Limosine, et ne - laisse-t-il en repos les chrétiens? Le seul nom de monsieur de Pourceaugnac m'a mise dans une colère effroyable. J'enrage de monsieur de Pourccaugnac. Quand il n'y auroit que ce nom-là, monsieur de Pourceaugnac, j'y brûlerai mes livres, ou je romprai ce mariage, et vous ne serez point madame de Pourceaugnac. Pourceaugnac!cela se peutil souffrir? Non, Pourceaugnac est une chose que je ne saurois supporter; et nous lui jouerons tant de pièces, nous lui ferons tant de niches sur niches, que nous renvoierons à Limoges monsieur de Pourceaugnac.

É RASTE. Voici notre subtil Napolitain, qui nous dira des nouvelles.

SCÈNE IV.
JULIE, ÉRASTE, SBRIGANI, NÉRINE.

S BRIGANI. MONSIEUR, votre homme arrive. Je l'ai vu à trois lieues d'ici, où a couché le coche; et, dans la cui

Molière. 5.

sine, où il est descendu pour déjeuner, je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et je le sais déjà par cæur. Pour sa figure, je ne veux point vous en parler; vous verrez de quel air la nature la dessiné, et si l'ajustement qui l'accompagne y répondcommeil faut:mais pour son esprit, je vous avertis par avance qu'il est des plus épais qui se fassent; que nous trouvons en lui une matière tout-à-fait disposée pour ce que nous voulons, et qu'il est homme enfin à donner dans tous les panneaux qu'on lui présente

É RASTE.
Nous dis-tu vrai?

Itera.

SBRIGANI.

Oui, si je me connois en gens.

NÉRINĘ. Madame, voilà un illustre. Votre affuire ne pouvoit être mise en de meilleures mains, et c'est le héros de notre siècle pour les exploits dont il s'agit; un homme qui vingt fois en sa vie, pour servir ses amis, a généreusement affronté les galères; qui, au péril de ses bras et de ses épaules, sait mettre noblement à fin les aventures les plus difficiles, et qui, tel que vous le voyez, est exilé de son pays pour je ne sais combien d'actions honorables qu'il a généreusement entreprises.

SBRIGANI.

Jesuis confus des louanges dont vous m'honorez: et je pourrois vous en donner avec plus de justice sur les merveilles de votre vie, et principalement

sur la gloire que vous acquites, lorsqu'avec tant d'honnêteté vous pipâtes au jeu, pour douze mille écus, ce jeune seigneur étranger que l'on mena'chez vous; lorsque vous fites galamment ce faux contrat qui ruina toute une famille; lorsqu'avec tant de grandeur d'ame vous sûtes nier le dépôt qu'on vous avoit confié, et que si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l'avoient pas mérité.

NÉRINE. Ce sont petites bagatelles qui ne valent pas qu'on en parle; et vos éloges me font rougir.

SBRIGANI.

Je veux bien épargner votre modestie; laissons cela; et, pour commencer notre affaire , allons vite joindre notre provincial, tandis que de votre côté vous nous tiendrez prêts au besoin les autres acteurs de la comédie.

É RASTE. Au moins, madame, souvenez-vous de votre rôle; et, pour mieux couvrir notre jeu, feignez, comme on vous a dit, d'être la plus contente du monde des résolutions de votre père.

JULIE.

S'il ne tient qu'à cela, les choses iront à merveille.

É RASTE. Mais, belle Julie, si toutes nos machines venoient à ne pas réussir ?

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