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JULIE.

Je déclarerai à mon père mes véritables sentiments.

É RASTE. Et si contre vos sentiments il s'obstinoit à son dessein ?

JULIE.

Je le menacerois de me jeter dans un couvent.

É RASTE. Mais si malgré tout cela il vouloit vous forcer å ce mariage?

JULIE.

Que voulez-vous que je vous dise?'

É RASTE.
Ce que je veux que vous me disiez!

JULIE.

Oui.

É'R ASTE.
Ce qu'on dit quand on aime bien.

JULLE.

Mais quoi ?

ÉR ASTE. Que rien ne pourra vous contraindie, et que, malgré tous les efforts d'un père, vous me promettez d'être à moi.

JULIE.

Mon dieu! Éraste, contentez-vous de ce que je fais maintenant, et n'allez point tenter sur l'avenir lcs résolutions de mon cour; ne fatiguez point mon devoir par les propositions d'une fâchcuse extrémité dont peut-être n'aurons-nous pas besoin; et, s'il y faut venir, souffrez au moins que j'y sois entraînée

par
la suite des choses.

ÉRASTE.
Hé bien !...

SBRIGANI.

Ma foi, voici notre homme; songeons à nous.

NÉRINE.
Ah! comme il est bâti !

SCÈNE V.

M. DE POURCEAUGNAC, SBRIGANI.

M

DE POURCEAUGNAC, se retournant du côté d'où il est venu, et parlant à des gens qui le suivent.

HÉBIEN? quoi? qu'est-ce ? qu'y a-t-il? Au diantre soient la sotte ville et les sottes gens qui y sont! Ne pouvoir faire un pas sans trouver des nigauds qui vous regardent et se mettent à rire ! Hé! messieurs les badauds, faites vos affaires, et laissez passer

les personnes sans leur rire au nez. Je me donne au diable, si je ne baille un coup de poing au premier que je verrai rire.

SB RIG ANI, parlant aux mêmes personnes. Qu'est-ce que c'est, messieurs ? que veut dire cela? A qui en avez-vous ? Faut-il se moquer ainsi des honnêtes étrangers qui arrivent ici?

M. DE POURCE AUGN AC.

Voilà un homme raisonnable, celui-là.

SBRIGANI.

Quel procédé est le vôtre! Et qu'avez-vous à rire?

M. DE POURCE A OGNAC. Fort bien.

SBRIGANI. Monsieur a-t-il quelque chose de ridicule en soi?

M. DE POURCEAUGNAC.
Oui?...

SBRIGANI.
Est-il autrement que les autres ?

M. DE POURCEAUGNAC.
Suis-je tortu ou bossu?

SBRIGANI. Apprenez à connoître les

gens. M. DE POURCE AUGNAC. C'est bien dit.

SBRIGANI. Monsieur est d'une mine à respecter:

M. DE POURCE AUGNA C. Cela est vrai.

SBRIGANI. Personne de condition.

M. DE POURCEAUGNAC. Oui, gentilhomme limosin.

SBRIGANI. Homme d'esprit.

M. DE POURCEAUGN AC. Qui a étudié en droit.

SBRIGANI. Il vous fait trop d'honneur de venir dans votre ville,

M. DE POURCEAUGNAC Sans doute.

SBRIGANI. ·
Monsieur n'est point une personne à faire rire.

M. DE POURCEAUGNAC.
Assurément.

SBRIGANI.

Et quiconque rira de lui aura affaire à moi.

M. DE POURCEAUGNAC, à Sbrigani. Monsieur, je vous suis infiniment obligé.

SBRIGANI. Je suis fâché, monsieur, de voir recevoir de la sorte une personne comme vous, et je vous demande pardon pour

la ville.

M. DE POURCEAUGNA C. Je suis votre serviteur.

SBRIGANI.

Je vous ai vu ce matin, monsieur, avec le coche, lorsque vous avez déjeuné; et la grace avec laquelle vous mangiez votre pain m'a fait naître d'abord de l'amitié pour vous : et comme je sais que vous n'êtes jamais venu en ce pays, et que vous y êtes tout neuf, je suis bien aise de vous avoir trouvé pour vous offrir mon service à cette arrivée, et vous aider à vous conduire parmi ce peuple, qui n'a pas parfois pour les honnêtes gens toute la considération qu'il faudroit.

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