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. . jour que son père était sorti, croyant Fab. Ah ! le pauvre Silvestre ! le n'avoir pas de témoins, et qu'ainsi pauvre Gaspard! que je les plains' personne ne le punirait, il remplit M. de la Fer. Ils étaient effecsa poche de cailloux, et se mit à tivement fort à plaindre ; mais je les lancer de tous les côtés. suis encore plus sensible au mal

Dans le même temps, M. Ver- heur de leurs parens, d'avoir eu des neuil était dans son jardin avec enfans indociles et disgraciés.Gaspard son fils.

Dans le fond, ce fut un vrai bon. “ Gaspard avait le défaut de heur pour ces deux petits vauriens, croire, comme Silvestre, que c'était d'avoir eu cette mésaventure. assez de ne pas faire le mal devant Fab. Et comment donc, mon les autres, et que lorsqu'on était papa ? seul, on pouvait faire tout ce qu'on M. de la Fer. Je vais te le dire. voulait.

Si Dieu n'avait, de bonne heure, puSon père avait un fusil chargé ni ces enfans, ils auraient toujours pour tirer aux moineaux, qui ve- continué à faire le mal, lorsqu'ils se naient manger ses cerises, et il se seraient vus seuls; au lieu qu'ils atenait sous un berceau, pour les pprirent par cette expérience, que guetter. Dans ce moment, un do- tout le mal que les hommes ne mestique vint lui dire qu'un étran-voient pas, Dieu le voit, et le punit. ger l'attendait dans le salon. 11 C'est d'après cette leçon qu'ils laissa le fusil sous le berceau, et il se corrigerent l'un et l'autre, qu'ils défendit expressément à Gaspard devinrerit prudens et religieux, et d'y toucher. Gaspard se voyant qu'ils évitaient de mal-faire, dans seul, se dit à lui-même : je ne vois la plus grande solitude, comme pas le mal qu'il y aurait à jouer un s'ils avaient vu s'ouvrir sur eux tous moment avec ce fusil. En disant les yeux de l'univers. ces mots, il le prit, et se mit à Et c'était bien aussi le dessein de faire l'exercice comme un solo!at. Dieu, en les punissant de cette maIl présentait les armes, il se repo- nière ; car ce bon Père ne nous chàsait sur les armes; il voulut e-tie que dans la vue de nous rendre ssayer s'il saurait aussi coucher en meilleurs. joue et ajuster.

Fab. Voilà un æil et une jambe “Le bout de son fusil était tour- qui me rendront sage. Je veux né par hasard vers le jardin de M. éviter le mal, et pratiquer le bien, Dubois. Au moment où il allait quand même je ne verrais personne fermer læil gauche pour viser, un auprès de moi. caillou, lancé par Silvestre, vint le En disant ces mots, ils arrivèrent frapper dros à cet æil. Gaspard, à la porte de leur maison. d'effroi et de douleur, laissa tomber

Le même. son fusil. Le coup partit, et (aïe ! are !) on entendit des cris dans les deux jardins.

Gaspard avait reçu une pierre LES dans l'æil, Silvestre reçut toute la charge du fusil dans sa jambe. L'un devint borgne, l'autre boi- Louise. Le joli jour que celui teux ; et ils restèrent dans cet état des étrennes! Ah! ma sœur, il me toute leur vie.”

turde bien qu'il arrive.

JARRETIERES ET

LES

MAN

CHETTES.

pas.

sens.

Sophie. Tiens, ne m'en parle bonne heure, bien travailler, et &

Ce mois crotté de Décembre pprendre avec soin toutes nos leme paraît plus long, à lui seul, que çons, pour qu'on nous permette tout le reste de l'année. Que de d'aller à la foire l'après-midi. J'ai belles choses nous allons avoir ! j'y douze francs en pièces de douze rève la nuit, ou je m'éveille pour y sous. Nous prendrons chacune la songer.

moitié de notre argent, et nous en Loui. Te souviens-tu comme acheterons les plus jolies choses que l'année dernière, tous les amis de nous pourrons trouver. Nous les papa et de maman nous apportaient apporterons ici bien enveloppées ; des bonbons et des joujoux ? Nous et, la veille du premier jour de en avions tant, que nous ne savions lan, nous irons donner les étrennes ou les fourrer,

aux enfans de la portière. Soph. Et la veille comme le Soph. Mais il faudrait que les salon fut éclairé de bougies ! Je enfans de notre pauvre frotteur en crois y être encore. Il y avait une eussent aussi leur part. grande table couverte de jolis pré- Loui. Tu as raison ; je n'y sonMaman nous appela d’une geais pas.

Oh! comme ils vont voix douce. Venez, mes chères sauter de joie. Cette aubaine ne filles, recevez ces cadeaux d'aussi leur est sûrement pas encore arribon cæur que je vous les donne.vée. Elle nous embrassait et pleurait del Soph. Nous serons donc les prejoie. Je ne l'ai jamais vue si con-mières qui leur aurons causé ce tente que ce jour-là, en nous voyant plaisir ! O ma sæur! il faut que je frapper dans nos mains, et danser, t'embrasse pour cette idée. comme des folles, autour de la Loui. Oui, mais un moment chambre.

Jil m'en vient une autre. Cet ar. Loui. Elle était, je crois, en- gent que nous voulons dépensercore plus heureuse que nous. Soph. Eh bien, il est à nous, el

Soph. Il semblait que c'était nous pouvons en disposer comme il elle qui recevait ses étrennes. nous plaît,

Loui. Il faut donc qu'il y ait un Loui. Je le sais aussi, Mais grand plaisir à donner! Sais-tu ce Soph. Mais, quoi donc? que nous devons faire, Sophie? Loui. C'est de nos parens que Nous sommes bien petites, et nous nous l'avons reçu. Si nous en fene possédons pas grand chose ; sons des cadeaux, ce n'est pas nous mais nous pouvons encore nous qui les ferons, ce seront nos paprocurer ce plaisir.

Soph. Comment cela, ma sæur? Soph. Oui, cela est vrai. Nous

Loui. C'est dans quinze jours le n'en avons pourtant pas d'autre premier jour de l'an, et nous avons que celui-là. de l'argent dans notre bourse. Loui. Ecoute; nous pouvons

Soph. Oui, j'ai près de six francs, trouver un autre moyen. Je sais moi. Qu'en ferons-nous ? broder assez joliment, et toi, tu ne

Loui. Tu sais bien que c'est commences pas mal à tricoter. après-demain St. Thomas, fète de Soph. A quoi cela nous servirala paroisse. Il y a une foire le long t-il ? de la rue: il faudra nous lever de Loui. Tu auras bientôt tricoté

rens.

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une paire de jarretières pour mon idée que tu as eue de venir me voir papa. Moi, depuis quinze jours je aujourd'hui. sui brode des manchettes. Il faut Eugénie. Maman vient de me faire en sorte (et nous le pouvons) permettre de passer tout le reste que notre besogne soit achevée deux de la soirée avec toi. ou trois jours avant le premier de Aga. J'en suis bien charmée; l'an.

le temps est si beau ! Il me semble Soph. Pourquoi donc, ma sæur? que nos amis nous en deviennent

Loui. Nous les porterons à notre plus chers, quand la nature est ripapa, qui se fera un plaisir de nous ante, les acheter, et qui nous les payera Eug. Je le sens aussi. Tiens, trois fois plus qu'elles ne valent; donne-moi la main. Comme nous oh! j'en suis bien sûre.

allons jaser et courir ensemble ! Soph. Mais la foire se tient après- Agr. Veux-tu commencer par demain, et nous ne pouvons ache- faire quelques tours dans le bosver d'ici là, toi, tes mancnettes, et quet! moi, mes jarretières.

Eug. Vraiment oui; c'est fort Loui. Cela n'est pas nécessaire bien pensé. Nous pourrons y caunon plus. L'argent dont nous avons ser plus à notre aise. besoin après-demain pour nos em- Aga. Je te demande seulement plettes, nous pouvons l'emprunter la permission de m'asseoir quelquede notre bourse, et nous serons en fois pour travailler à mon ouvrage. état de nous le rendre avant de do

Eug. A la bonne heure. Je t'ainner nos étrennes. Ainsi nous pou- derai même, si tu veux. rons dire, en toute vérité, que c'est Aga. Oh! non, je te remercie. nous-mêmes qui aurons fait ces ca- Je ne voudrais pas qu'il y eût un deaux aux pauvres enfans. seul point d'une autre main

que

de Soph. Voilà qui est fort bien la mienne. imaginé. C'est toujours toi qui as Eug. Je vois

que
c'est

pour en le plus d'esprit. Il est vrai que tu faire un cadeau. es l'ainée,

Aga. Tu l'as deviné. Loui. Que nous serons contentes Eug. Et l'ouvrage presse donc d'avoir su gagner de quoi donner beaucoup ? tant de joie à des petits malheu- Aga. Tu sais que c'est le 4 de reux !

ce mois, le jour de Sainte Rosalie. Soph. Oh! si c'était demain, ce Je ne me consolerais de ma vie, si grand jour !

ce tablier de filet n'était lait pour Loui. Il viendra bientôt, à pré-ce jour-là. sent, et nous aurons toujours du Eug. Rosalie, dis-tu ? Je ne coe plaisir à l'attendre.

Innais
personne

de ce nom-là parmi Le même. toutes les demoiselles de notre so

ciété.

Aga. C'est pour une de mes

jamies particulières. Oh! une tenLE BOUQUET QUI NE se flétrir dre et excellente amie, à qui je dois

peutêtre tout mon bonheur.

Eug. Et comment cela, s'il te Agathe. Eh! bonjour, ma chère plaît, ma chère Agathe ? Je meurs Lug nie. Cest une excellente d'envie de le savoir.

JAMAIS.

Je me

Aga. Dis-moi, Eugénie, n’as-tu! Aga. Tu ne sais pas encore tout pas remarqué, depuis mon retour ce que je lui dois; je veux te le ra: un grand changement dans mon conter. C'est l'histoire d'une macaractère ?

tinée qui restera toujours gravée Eug. Puisque tu veux que je te dans mon souvenir. Le quatre de le dise, j'en conviendrai franche- ce mois, il y aura un an, c'était le ment avec toi : je ne te reconnais jour de sa fête. Je m'éveillai d'aplus. Comment as-tu fait pour ssez bonne heure. Elle dort encore, changer à ce point? Lorsque je te me dis-je en moi-même ; je veux quittai, il y a quinze mois, pour a- la surprendre avant qu'elle se lève, ller passer un an chez ma tante, tu Je m'habillai toute seule. Je pris étais vaine et acariàtre. Tu offen- la corbeille qu'une aimable petite sais sans pitié tout le monde, et la demoiselle m'avait donnée au premoindre familiarité te paraissait un mier jour de l'an (elle serre la outrage. Aujourd'hui, tes ma- main d'Eugénie), et je courus dans nières sont simples et prévenantes. le jardin pour la remplir de fleurs, Tu as un air de complaisance et que je voulais répandre sur le lit de d'affabilité qui te gagne tous les mademoiselle Brochon. ceurs. Je t'avouerai que moi-glissai, en cachette, le lorig de la même je t'aime cent fois plus que charmille, et j'arrivai, sans que je ne t'aimais alors. Tu prenais personne m'eût aperçue, au petit quelquefois des airs de hauteur qui bosquet de rosiers, on je cueillis me révoltaient. Il me venait à trois des plus belles roses qui vechaque instant l'idée de romprenaient de s'épanouir. Il me fallait avec toi; au lieu qu'à présent je encore du chèvre-feuille, du jasgoute un plaisir inexprimable dans min, et du myrte. J'allai

, pour ton entretien. Et ce qui achève en cueillir, autour du berceau qui de me ravir, c'est que tu as l'air termine la grande allée. Tout-àd'être beaucoup plus heureuse. coup, en passant devant l'ouver

Aga. Je le suis aussi, ma chère ture, j'aperçois en un coin du beramic. Ah! j'étais bien à plaindre ceau, mademoiselle Brochon à gedans le temps dont tu parles. Je noux, la tête cachée dans ses fesais également le desespoir de mains. Je tâchai de m'en retourma famille, et de tous ceux qui ner doucement sur la pointe des s'intéressaient à mon bonheur. La pieds ; mais elle avait entendu le pauvre demoiselle Brochon surtout, bruit de mes pas. Elle se releva préque je la fesais souffrir ! Elle, pour-cipitamment, tourna la tête, m'apertant, qui m'aimait avec tant de ten- çut, et me cria de venir la trouver. dresse, qui remplissait si bien la Elle n'avait pas eu le temps de parole qu'elle avait donnée à ma- bien essuyer ses larmes; je vis que man le jour de sa mort, de tenir ses yeux en étaient encore mousa place auprès de moi, de me por-illés. Mais ce ni'était pas de ces ter tout l'amour d'une mère ! larmes douces comme je lui en

Fug. Il faut convenir que tu ne avais vu répandre au récit de pouvais pas tomber en de meilleures quelque acte généreux de bienfemains, pour recevoir une éducation sance, ou de droiture. Malgré l'air distinguée. Il n'est point de pa- d'amitié dont elle me recevait, il rens qui ne souhaitassent de la voir me sembla remarquer sur son vi. auprès de leur fille.

sage des traces de douleur.

Elle me prit doucement cette ploirez les plus nobles efforts à le main dans une des siennes, et pa- détruire. ssa l'autre autour de moi. Nous « N'allons point chercher des fimes, de cette manière, deux temps trop reculés : fesons seuletours d'allée, sans qu'elle me dit un ment l'examen de la conduite que seul mot. De mon côté, je n'o-vous tintes dans le journée d'hier. sais ouvrir la bouche, tant j'étais C'est elle qui m'avait plongée dans interdite par son silence. la tristesse où vous venez de me

Elle me pressa ensuite plus é-surprendre. troitement contre son sein, et me « Vous souvenez-vous du ton regardant avec un air attendri

, en d'emphase que vous prites à dé. jetant un coup d'ail sur les fleurs, jeûner, pour étaler vos connaidont ma corbeille était remplie: ssances dans l'histoire ?

Vous ra“ Je vois, ma chère Agathe,” me ppeliez des événemens assez instrucdit-elle,“ que vous avez pensé de tifs pour qu'on vous eût écoutée bonne heure à ma fête. Cette a- avec intérêt, si l'on ne vous eût vue ttention délicate me ferait oublier les trop enflée du désir d'exciter l'adtristes pensées dont j'étais occupée miration. Vous aviez l'air si saen ce moment à votre sujet, si le tisfaite de vous-même, que l'on soin de votre bonheur n'y était a- craignit de vous donner des éloges, ttaché; oui, ma chère amie n'attri- de peur d'ajouter à votre vanité. buez qu'à ma tendresse pour vous Souvenez-vous en même temps de ce que je vais vous dire. Il me l'attention qu'on prêtait à l'aimable tarde d'en avoir déchargé mon petite Adélaïde ; comine tout le cæur, pour l'ouvrir ensuite tout en- monde était enchanté des graces tier aux nouveaux sentimens que je simples et naturelles de son récit, vous dois pour le bouquet que de l'air modeste dont elle rougivous me préparez." :

ssait de paraitre si bien instruite Je J'étais tremblante et muette pen-vous voyais pàlir de dépit et d'endant qu'elle m'adressait ce dis- vie ; je voyais rouler dans vos yeux cours. C'était comme si ma con- des larmes de rage, que vous cherscience m'eut parlé par sa bouche. chiez vainement à dérober, tandis

Vous qui avez reçu de la na- que toute la compagnie se réjouiture," continua-t-elle, “ des dispo- ssait intérieurement de vous voir sitions si bien cultivées par les ex-humiliée. emples et les instructions de votre “ L'après-midi, quand, d'un air maman, pourquoi voulez-vous les de triomphe, vous vîntes montrer pervertir par un défaut capable d'- votre cahier d'écriture, et qu'on se empoisonner, lui seul, les plus ex- le fesait passer froidement de cellentes qualités ? Je ne vous le main en main, sans vous donner nommerai point; après ce que je les louanges que vous sembliez viens de vous dire, son nom vous commander; comme vous le reinspirerait peut-être trop d'horreur prites d'un air d'humeur et de cocontre vous-même, et je ne veux lère ! pas vous mortifier. Il suffit que Enfin le soir, lorsqu'en accomvotre cæur vous le nomme en se- pagnant'Adélude sur le forté-piano, cret, et je crois vo'is connaître a- les fausses mesures, que peut-être ssez pour être sûre que vous em- fesiez-vous exprès, la déroutaient

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