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vous donner la peine d'entrer? vous et j'aurais bien voulu le faire en-
vous reposerez,

core cette dernière fois-ci; mais
Le Sold. Je le veux bien, mon c'était impossible! Ces diables de
jeune gentilhomme.

boulets, cela vous emporte un
Le Ch. D'où venez-vous comme homme sans dire Gare ! Mais il est
cela?

mort en brave homme, et cela me
La Sold. De l armée. La paix console.
est faite ; j'ai mon congé et les in- Le Ch. Que je suis content de
valides, et je vais à Paris. vous avoir arrêté ! Vous viendrez

Le Ch. Comment vous appelez-voir maman; vous lui parlerez de
vous ?

votre colonel ; elle vous aimera ;
Le Sold. Je m'appelle Vadebon-nous vous aimerons aussi.
teur, et je n'ai jamais démenti mon Le Sold. Et je vous rendrai bien

qu'ici.

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Ad. Pourquoi ne pas venir icil Lc Ch. Mais si tu ne manges tout de suite

pas, les forces te manqueront. Le Pay. Nous altendions tou- Le Pay. Oh! que non : je vais jours cette dame; en l'attendant, lui faire plaisir, et cela me donnera j'avais faim; bientôt je n'ai plus eu des forces. la force de marcher; mais voyant

Le Ch. Fais donc comme tu vouma mère malade, cela m'a donné dras. Prends tout (il lui met les du courage, et je suis vent jus- pelils pains dans la poche, et lu

donne le pot de confitures); va Le Ch. Ma sæur ! as-tu de l'ar- vite, et reviens tout de suite ; magent?

man te donnera quelque chose de Ad. Non.

mieux. Le Pay. Ce n'est point de l'ar Le Pay. Oh! que je suis aise! gent qu'il nous faudrait, c'est du Ma pauvre mère ; elle ne mourra pain.

point ! Grand merci, monsieur
Le Ch. Allons ! c'est décidé ; Que je vous embrasse ! Sans adicu,
je ne goûterai pas—Voilà un goû- monsieur. [ll sort en courant.
ter qui a bien du malheur! En
bien, ma sœur!
Ad. Eh bien, chevalier !

SCENE V.
Le Ch. Que faire?
Ad. Décide ; tu en es le maître. Le Chevalier, Sophie, Adélaïde.
Le Ch.

Si j'étais sûr que ma.
man nous donnât autre chose pour Le Ch, (il regarde tristement le
goûter !

petit paysan qui emporte les confiAd. N'y comptons pas: elle ne tures) Avec tout cela voilà mon nous rend jamais ce que nous do-goûter qui s'en va. nnons, pour nous accoutumer à être Ad. T'u le regrettes ? généreux sans intérêt.

Le Ch. Le Ciel m'en préserve ! Le Ch. Je le sais bien, et voilà Allons, puisque voilà notre goûter ce qui me chagrine ! (Regardant fini plutôt que je ne croyais, renles confitures) Quel dommage ! trons : vous viendrez avec nous, Ces confitures ont si bonne mine ! Sophie? J'ai si bon appétit! (Avec gaieté) Soph. Avec bien du plaisir. Eh bien, n'importe ; j'en souperai Le Ch. Mais attendez donc: mieux ce soir. Ma sæur! Sophie ! voilà un vieux militaire qui nous Vous m'entendez? y consentez-salue! (Il lui rend son salut:) Il vous ?

faut que je lui demande des nouAd. De tout mon cæur.

velles de la guerre. Dès que je Soph. Vous prévenez mes dé- vois un sollat, je tressaille de joie. sirs !

Le Ch. (courant à la table, et prenant son petit pain) Tiens, mon

SCENE VI. ami, voilà mon petit pain, mange ; va prendre des confitures ; tu por. Les précédens, un vieur Soldat. teras le reste à ta mère,

Le Pay. Et pendant que jel Le Ch. Vous me paraissez bien mangerai, ma mère aura faim. fatigué, monsieur ! Voulez-vous

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la pareille.
Le Ch. Dans quel régiment ser- Le Ch. Et qu'allez-vous faire aux
viez-vous ?

invalides de Paris?
Le Sold. Dans le régiment du Le Sold. Me reposer ; c'est le
plus sage capitaine, du plus brave dernier asile des braves soldats,
soldat, et du meilleur des hommes : Quand ils vont se battre, ou mon-
dans le régiment de monsieur le ter à l'assaut, ils se disent les uns
Marquis de Saint-Firmin.

aux autres : “ Amis, fesons notre
Le Ch. (surpris) Dans le ré- devoir en braves gens! Si nous
giment de mon père! Eh! oui! mourons, nous mourrerons pour
vraiment ! C'est le même uni- notre roi ; si nous ne sommes que
forme.

blessés, sa bonté paternelle nous
Le Sold. (avec transport) Quoi, réserve une retraite.
vous êtes le fils de mon colonel?

Le Ch. Oui, et voilà ma scur. lidée.
Le Sold. Que je suis enchanté Le Sold. Quelle est-elle?
de vous voir ! mon ami, vous aviez
un bien brave homme de père ; il avec moi?

Le Ch. Voudriez-vous demeurer
faut lui ressembler. Il aimait le Le Sold. Avec vous, mon gen-
soldat, et le soldat l'adorait

. J'étais tilhomme ?
à la première file des grenadiers, Le Ch. Oui. Je n'ai point en-
dans le combat où il fut tué. J'étais core de gouverneur ; je proposerai
à ses côtés. Le même boulet qui à maman de vous prendre. La mai-

renversa, m'emporta le bras son de votre colonel sera votre re.
gauche. Je n'en sentis rien ; je ne traite ; vous éleverez son fils, vous
vis que la mort de mon colonel. Je le rendres digne de son père; vous
l'airmais de tout mon cour. Il m'apprendrez l'exercice, et tout ce
n'aimait aussi. (Gaiement) A-qu'il convient à un soldat de faire.
Dans, mon gentilhomme, il faut se Si, par hasard, je ne fais point a
dépêcher de grandir, et aller vitessez de progrès, vous me direz :
reprendre sa place.
Le Ch. Quoi ! vous êtes ce brave

ceci

, il pensait comme cela; votre
grenadier, ce Vadeboncour, dont père ne serait pas content;" et ce
mon père nous a si souvent parlé, nom,

répété par un de ses soldats,
qui lui avez une fois sauvé la vie ? sera pour moi l'aiguillon de la gloire
Le Sold. Oui, j'ai eu ce bonheur, et de l'honneur.
Vol.l. Li Lecteur Français.

C

* Jevne homme! votre père fesait

un

nom.

vous donner la peine d'entrer? vous et j'aurais bien voulu le faire envous reposerez.

core cette dernière fois-ci; mais Le Sold. Je le veux bien, mon c'était impossible! Ces diables de jeune gentilhomme.

boulets, cela vous emporte Le Ch. D'où venez-vous comme homme sans dire Gare ! Mais il est cela ?

mort en brave homme, et cela me Lo Sold. De larmée. La paix console. est faite ; j'ai mon congé et les in Le Ch. Que je suis content de valides, et je vais à Paris.

vous avoir arrêté ! Vous viendrez Le Ch. Comment vous appelez-voir maman; vous lui parlerez de vous ?

votre colonel ; elle vous aimera ; Le Sold. Je m'appelle Vadebon- nous vous aimerons aussi. cæur, et je n'ai jamais démenti mon Le Sold. Et je vous rendrai bien

la pareille. Le Ch. Dans quel régiment ser Le Ch. Et qu'allez-vous faire aux viez-vous ?

invalides de Paris ? Le Sold. Dans le régiment du Le Sold. Me reposer ; c'est le plus sage capitaine, du plus brave dernier asile des braves soldats. soldat, et du meilleur des hommes : Quand ils vont se battre, ou mondans le régiment de monsieur le ter à l'assaut, ils se disent les uns Marquis de Saint-Firmin. aux autres : “ Amis, fesons notre

Le Ch. (surpris) Dans le ré-devoir en braves gens ! Si nous giment de mon père ! Eh! oui ! mourons, nous mourrerons pour vraiment ! C'est le même uni- notre roi; si nous ne sommes que forme.

blessés, sa bonté paternelle nous Le Sold. (avec transport) Quoi, réserve une retraite. vous êtes le fils de mon colonel ? Le Ch. Il me vient une bonne Le Ch. Oui, et voilà ma scur.

lidée. Le Sold. Que je suis enchanté Le Sold. Quelle est-elle ? de vous voir ! mon ami, vous aviez Le Ch. Voudriez-vous demeurer un bien brave homme de père; il avec moi ? faut lui ressembler. Il aimait le Le Sold. Avec vous, mon gensoldat, et le soldat l'adorait. J'étais tilhomme ? à la première file des grenadiers, Le Ch. Oui. Je n'ai point endans le combat où il fut tué. J'étais core de gouverneur ; je proposerai à ses côtés. Le même boulet qui à maman de vous prendre. La maile renversa,

m'emporta le bras son de votre colonel sera votre regauche. Je n'en sentis rien; je ne traite ; vous éleverez son fils, vous vis que la mort de mon colonel. Je le rendres digne de son père;; vous l'aimais de tout mon cœur. Il m'apprendrez l'exercice, et tout ce m'aimait aussi. (Gaiement) A- qu'il convient à un soldat de faire. llons, mon gentilhomme, il faut se Si, par hasard, je ne fais point a. dépêcher de grandir, et aller vite ssez de progrès, vous me direz : reprendre sa place.

" Jevne homme! votre père fesait Le Ch. Quoi ! vous êtes ce brave ceci, il pensait comme cela; votre grenadier, ce Vadeboncæur, dont père ne serait pas content;" et ce mon père nous a si souvent parlé, nom, répété par un de ses soldats, qui lui avez une fois sauvé la vie ? sera pour moi l'aiguillon de la gloire

Le Sold. Oui, j'ai eu ce bonheur, et de l'honneur.
VOL. I. Le Lecteur Français.

C

LE LEGS.

DRAME EN UN ACTE.

PERSONNAGES.

ssance.

Julie, Sæurs âgées, de 18 à 20 ans.
Victorine, Julie est l'aînée.
Fanchon, vieille servante.
Mad. Fontange, revendeuse à la toilette.
Un facteur.

La scène est dans une ville de Province, chez les demoiselles Vale

mont. Il est environ dix heures du matin.

Le Sold. J'y consens; toute ma Lc Pay. Cette dame a paru ; une vie, je serai utile à ma patrie. J'ai maladie l'avait empêchée de venir vécu vingt-cinq ans sous les dra-plutôt. Ma mère lui a raconté peaux, et dans les loisirs de ma vi- bien vite le besoin où elle avait eté; eillesse, je formerai un soldat. moi, j'ai ajouté que vous alliez goi

Le Ch. Allons, niaman sera con- ter, que vous aviez grand faim, et tente, cette fois. Nous allons lui que vous vous étiez tous trois pri

. donner à faire un acte bien doux vés pour nous de votre goûter. A à son cæur, un acte de reconnai-ce discours la dame a pleuré de

joie, et pour vous dédommager de (Ils sont prêts à sortir.) votre pot de confitures, elle m'a dit

de vous apporter ce gâteau de bisSCÈNE VII, et dernière. cuit ; j'ai pris mes jambes à mon Les précédens, un jeune Paysan.

cou, et me voici. Mangez ; puisse

ce goûter vous faire autant de bien Le Pay. (revient en courant, et que le vôtre nous en a fait ! les arrête) Monsieur, monsieur, Le Ch. Et quelle est cette dame? attendez-moi donc.

Le Pay. Je ne la connais pas ; Ad. Ah! te voici, mon ami ! mais elle vous connait bien : car

Soph.! Eh! bien, ta mère? co-elle vous a appelés ses chers enfans. mment se porte-t-elle ?

Ad. Serait-ce maman? Le Pay. Oh! maintenant elle se Le Ch. En pourrais-tu douter? porte à ravir.

Le Sold. Le Ciel vous devait Le Ch. Lui as-tu donné ?

cette petite récompense. Allons, Le Pay. Oh! oui, tout. Elle a mon gentilhomme : il parait que je mangé avec un appétit! Et moi n'aurai pas de peine à faire de vous de même, voyez-vous ; dans un mo- un bon soldat, un brave officier, et ment tout a disparu. C'est qu'e-un honnête homme: car tout cela lles étaient si bonnes, les confitures ! va <le front. Et les petits pains ! ils étaient si Le Ch. Il se fait tard, rentrons ; tendres !

nous goûterons plus à notre aise

. Le Ch (gaiement) C'est de notre ( Au pelit Paysan) Toi, mon ami, goûter qu'il parle !

viens avec nous : il est bien juste Le Pay. Ma mère est revenue a que tu prennes ta part du plaisir vue d'ail - et moi de même.

que tu nous procures. Je comptais Le Ch. Tant mieux ! J'en suis bien ne pas gouter aujourd'hui! ravi. Mais qu'est-ce que tu portes Le Sold. Cela doit vous convainlà?

cre, mes bons enfans, qu’un bienfant Le Pay. Attendez, attendez ; je n'est jamais perdu. vais vois le dire.

Vous vous sonvenez bien que je vous ai parlé

Le Ch. (au public) Messieurs! d'une dame qui nous avait promis de venir nous voir ?

Si par ce trait de bienfesance,
Le Ch. Eh bien ?

Votre coeur est intéressé,
Le Pay. Comme nous achevions Et rend grâce à votre indulgence.

L'auteur se croit récompense, de manger les confitures et les pe- s'il nous a montrés généreux, tits pains

Touchés des cris des malhenrenx,
Le Ch (avec impatience) Bon ! C'est parmi vos entans qu'il a pris ser

Ses crayons ne sont que fidèles:
Rprès, après !

modèles.

Le théatre représente une salle basse : on y voit une table, un canapé,

et un petit métier de tapisserie tendu.
SCENE I. Julie, (travaillant sans la regar-

der) Fanchon, ma scur, est-elle
Julie, seule ; elle est assise, et éveillée ?
achève un bonnet.

Fanch. Oui, mademoiselle, je

viens de lui porter son chocolat.
Il faut pourtant que je sois bien Jul. (levant les épaules) Dans
complaisante ! Mademoiselle Vic- son lit sans doute? (Regardant
torine dort à son aise la grasse ma- Fanchon) Qu’as-tu donc à pleu-
tinée, et je la passe, moi, à monter

rer:

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son bonnet. "Ma tapisserie n'a. Fan. Si je pleure, c'est que j'en
vance point pendant ce temps-la. ai sujet : depuis vingt ans que je
La pauvre fille ! depuis qu'elle sait

cers dans la maison, et sans repro-
qu'un de nos oncles nous a légué

che, Dieu merci, me voir donner cent mille écus, et que cette somme

comme cela mon congé ! cela n'est arrive sur un vaisseau, la tête lui

gvères gracieux.
en tourne ; elle ne songe qu'à se

Jul. Ton congé! et qui te coll-
donner des airs ; elle imagine mille
manières de dépenser cet argent, Fanck. Et mais, c'est mademoi-
toutes plus extravagantes les unes selle votre soeur : à présent, qu'elle
que les autres. Reprenons notre dit qu'il lui est venu de l'autre
ouvrage. (Elle s'approche du mé-

monde de quoi faire la grosse dame,
tier de tapisserie et travaille.)

elle ne veut plus de mon service ; SCÈNE 11

il lui faut une femme de chambre.

Jul. Ma soeur est une folle. Ellie
Julie, Fanchon.

prendra, si elle le veut, une femme

de chambre; mais, pour moi, je to Fanchon, (pleurant) Mademoi- retiens, entends-tur tu seras å mon selle !

service.

LE LEGS.

DRAME EN UN ACTE.

PERSONNAGES.

Julie, Sæurs âgées, de 18 à 20 ans.
Victorine,

Julie est l'aînée.
Fanchon, vieille servante.
Mad. Fontange, revendeuse à la toiletle.
Un facteur.

La scène est dans une ville de Province, chez les demoiselles Val.

mont. Il est environ dix heures du matin.

Le théâtre représente une salle basse: on y voit une table, un canapé,

et un petit métier de tapisserie tendu. SCÈNE I.

Julie, (travaillant sans la regar

der) Fanchon, ma sœur, est-elle Julie, seule ; elle est assise, et éveillée ? achève un bonnel.

Fanch. Oui, mademoiselle, je

viens de lui porter son chocolat. Il faut pourtant que je sois bien Jul. (levant les épaules) Dans complaisante! Mademoiselle Victorine dort à son aise la grasse ma- Fanchon) Qu’as-tu donc à pleu

son lit sans doute? (Regardant tinée, et je la passe, moi, à monter

rer ? son bonnet. Ma tapisserie n'avance point pendant ce temps-là, ai sujet : depuis vingt ans que je

Fan. Si je pleure, c'est que j'en La pauvre fille ! depuis qu'elle sait sers dans la maison, et sans reproqu'un de nos oncles nous a légué che, Dieu merci, me voir donner cent mille écus, et que cette somme arrive sur un vaisseau, la tête lui

comme cela mon congé ! cela n'est

gvères gracieux. en tourne ; elle ne songe qu'à se

Jul. Ton congé ! et qui te condonner des airs ; elle imagine mille manières de dépenser cet argent,

gédie?

Fanch. Et mais, c'est mademoitoutes plus extravagantes les unes selle votre sæur : à présent, qu'elle que les autres. Reprenons notre

dit qu'il lui est venu de l'autre ouvrage. (Elle s'approche du mé- monde de quoi faire la grosse dame, tier de tapisserie et travaille.)

elle ne veut plus de mon service; SCENE 11.

il lui faut une femme de chambre.

Jul. Ma scur est une folle. Elle

prendra, si elle le veut, une femme Julie, Fanchon.

de chambre; mais, pour moi, je te Fanchon, (pleurant) Mademoi-retiens, entends-tu ? tu seras à mon selle!

service.

moins, à une grande dame comme barbarie à renvoyer maintenant. peut-etre pas de cet avis, et mal-tendre que, dans notre état present, un peu de temps entre ses mains. cela saute aux yeux pourtant: car tuteur entende raison ; si je suis taine figure à faire, un certain ton bien. Mais je vois que cette sotte cemment, nous ne pouvons nous de Fancbon t'a parlé. (A Fan- dispenser d'avoir chacune une

chor.) Que faites-vous ici, ma femme de chambre, et puis une

guerille ; la dentelle n'en vaut que Fanch. J'attends la fin de votre six francs ; on doit m'en apporter rêve, mademoiselle ; il est si joli ! dans l'instant à quatre Louis. Vict. Mais, voyez cette impertiJul

. A quatre louis! nente! vous devriez, ma bonne, Vict

. Oui, ma bonne amie ; j'en nous avoir déjà dispensées d'entenprendrai pour le bonnet, et pour dire ici vos sots propos. Ne vous deux paires de manchettes à trois avais-je pas dit que nous n'avions rangs

plus besoin de vos services ? ful

. Bon Dieu ! tu prendras !- Fanch. Aussi mes services ne Et où prendras-tu de quoi payer vous regardent-ils plus

. Je n'aptout cela? Nos revenus sont modi- partiens qu'à mademoiselle votre ques, et jamais notre tuteur ne scur; à elle seule, afin que vous le voudra donner cet argent-là.

sachiez.

Fanch. Bon ! Je ne servirai donc réponds : imagine-toi, ma petite plus que vous ?

sæur, que notre vaisseau était a. Jul. Oui! Fanchon, moi, moi rrivé chargé de richesses immenses. seule.

J'étais là présente, comme tu dois Fanch. Ah! que je suis conten- bien penser : oh! ma chère saur, te! Tenez, ina bonne demoiselle, quel plaisir ! jamais, jamais on n'a si je pleurais, c'était de vous qui- vu tant d'or. Le vaisseau en était tter ; car vous êtes si douce, si rempli. Et puis, c'était la mine bonne !

des gens du vaisseau, matelots, et Jul. C'est bien Fanchette; va, passagers, qu'il fallait voir! Mon retourne-t-en dans la cuisine ; fais or et moi nous partagions leur adbien ton ouvrage, tu n'auras affaire miration et leur respect. Dieu sait qu'à moi.

avec quel air de dignité je souteFanch. Mademoiselle votre sæur nais cependant mon nouveau rôle ! m'avait donné bien des commi-Enfin, j'étais sur le point de fendre ssions ; mais je ne les ferai qu'avec la presse de ces importuns

, et de votre permission.

faire enlever ma fortuneJul. Quelles sont ces commi

Jul. Lorsque tu t'es éveillée, ssions?

n'est-ce pas ? Fanch. Ah! ma foi ! il y en a Vict. Qui, cette misérable Fantant, tant que je ne m'en souvienschon a ouvert la porte de ma champlus ; elle les a toutes griffonnées bre, et je me suis éveillée en sursur ce morceau de papier-la. (Elle saut. Oh! je crois que je l'aurais donne un papier.).

battue. Jul. Donne; je crois que

voilà Jul. Effectivement, il est désaqui contient de jolies choses ! – gréable de se réveiller en pareille (Elle lit): Passer chez Jolibois, et circonstance ; si j'étais que de toi, lui demander en sont mon ca- j'irais me recoucher pour achever rrosse et mes deux Berlines doublées mon rêve. de velours d'Utrecht :

Vict. Ne pense pas rire ; j'étais Chez M. Jacquinot, procureur, si contente que je souhaiterais de et le prier d'arrêter pour moi le tout mon caur pouvoir dormir ainsi prir de la maison de Beauregard : toute ma vie.

Chez M. Doré, joaillier, fc. Jul. (a Fanchon) Fanchon, alles
Oh! Ciel ! que d'extravagances ! dans votre cuisine.
ma pauvre sour a tout-à-fait perdu Fanch. J'avais oublié de deman-
l'esprit.

der le bonnet de mademoiselle Vic-
torine.

Jul. La voilà elle-même pour le
SCÈNE 111. demander.

Vict. A propos de mon bonnet,
Victorine, Julie, Fanchon. tu ne l'as sûrement pas encore

monté, ma petite soeur?" Et bien, Victorine entre en déshabillé. laisse-le là pour le moment, je t'en Bonjour, ma petite sæur; que je te prie. conte le rêve le plus charmant, Jul. Pourquoi donc? Tu me

Jul. Oui, je crois, ma foi ! que pressais tant ! tu rêves de belles choses ?

Vict. Bon ! ne vois-tu pas que je Vict. (avec transport) Je t'en ne puis plus mettre une pareille

[graphic]

Vici. Ne t'inquiète pas, va, j'ai Jul

. Fanchon, encore une fois,'

allez à votre cuisine.
bon crédit,
Jul

. Je le veux ; mais encore en (Fanchon sort en fesant la mine faudra-t-il venir à s'acquitter? là Victorine.)

Vict. Oui, mais ces cent mille
écus qui nous viennent du legs de

SCENE IV
notre oncle, nous ne sommes, j'es-
père, que deux pour les partager :

Julie, Victorine.
penses-tu que ce ne soit pas bien Vict. Quoi ! tu gardes encore
suffisant pour fournir à ces dépen- cette vieille salisson-lå ?

Jul. Sans doute ; pourquoi non? Jul. Hum! c'est tout au plus ;\ Vict

. Eh! mais, ma scur, c'est si tu continues, cela n'ira pas loin.: pure folie de ta part ; pour moi

, je un carrosse, deux berlines, une mai- ne veux plus de cette figure-la, i son de campagne ; que sais-je, moi: donc ! C'est bon pour servir dans de ce train-là, je ne vois pas trop une auberge. comment ton beau calcul ne sel. Jul. Tu feras comme tu vou. trouvera pas bientôt en défaut,

dras ; pour moi, j'en suis contente : Vict . Que veux-tu dire ; un ca- elle est fidèle, soigneuse

, intelligen. rrosse, deux berlines, une maison te: ce sont, chez ces sortes de de campagne?

Jul. Oh ! c'est que je présume la garde. D'ailleurs c'est un vieux

gens, des qualités impayables, et je qu'il faudra de tout cela pour le domestique, qu'il y aurait de la toi; mais notre tuteur ne sera Vici

. Quoi! tu ne veux pas enheureusement ces fonds la seront cette fille ne nous convient point

riche, je veux me sentir de mon a observer dans ce monde ; et des

cuisinière, avec une bonne grosse

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