Images de page
PDF
ePub

travailler si fort, qu'il faudra bien Soph. Ne craignez rien, je co

vrage) (A part) Mon malheur Le Marquis Dorival, Dubeis, Ma. est-il assez grand? Ah! Ciel ! dame Dormel, Sophie, le petit poliit: s'il lui était arrivé quelque Le Marquis et Dubois enlrent

Mde. Dor. Je devine ce qui en tu magnifiquement. prend! A quelle heure est-il sur? (Appercevant Sophie) Effeca

Soph. Dès le point du jour, à s'approche d'elle familièrement)

se déterminer à reparaitre ici les Dubois. C'est ici, monsieur, que

Mde. Dor. Qui l'aurait cru? bien ! allez-vous encore faire la

D'ailleurs, ne voyez-vous pas que des sentimens si dignes de son
j'attends, moi ; votre seur en fait éducation nous abandonner en de
autant

, et votre petit frère. N'êtes- pareilles circonstanees! Lorsque vous pas plus en état que lui de nous avons le plus desoin de son supporter le besoin ? Il ne se plaint secours ! Je ne m'y serais jamais pas, cependant

attendue. Le petit Dor. Oui, maman-Soph. Que cela ne vous afilige inais---c'est que---j'ai bien faim. point, ma mère : c'est sûrement (Il dil ces dernières paroles en pour un bon dessein qu'il est sorti. pleurant de toutes ses forces.) Je connais l'excellence de son

Mde. Dor. (allant à lui les lar-cceur: je sais combien il est péné. mes aux yeux) Mon enfant, montré de notre situation ; il est allé

nnu.

placée vis-à-vis de la porte, vers son commerce. Mais Dieu ! quel laquelle ses regards se tournent commerce! Combien la pauvreté

, fréquemment, d'un air triste et toute affreuse qu'elle est, lui est inquiet.

préférable ! Votre père a refusé ; Soph. (lève un peu la tapisserie pouvait-il faire autrement ? L'inqui couvre la couchelle) (à part) digence la plus cruelle a été le prix Etre à jeun depuis hier à sept de son vertueux désintéressement. heures, et dormir! Il est bien L'autre a fait fortune, mais aux déheureux !

pens de l'honneur: votre père a Mde. Dor. Dort-il, Sophie? perdu son ami, il en a été mécoSoph. Oui, ma chère mère.

C'est par une grâce singuliMde. Dor. Puisse-t-il dormir, en-lère qu'il veut bien l’employer

, core long-temps ! le pauvre malheu acheter au prix le plus modique le reux ! Que je crains son réveil ! fruit de ses veilles. Ah! Sophie! Où est allé votre père ?

ces sortes de gens sont le fleau de Soph. Il a dit qu'il allait deman-l'humanité. dler quelque à compte sur ces de Soph. Estel possible? Quoi! ssus de porte qu'il a entrepris. riche et sans pitié pour les pauvres,

Mde. Dor. Quoi ! il n'est pas après avoir soi-mêine éprouvé les ile retour depuis neuf heures qu'il horreurs du besoin ! Je vous avoue est parti ! Que deviendrons-nous que je ne puis le comprendre. si sa course est inutile ?

Mde. Dor. Tant mieux, ma Soph. Cela n'est pas à craindre : fille ; toutes tes pensées sont hoqui pourrait étre insensible à notre nnêtes et vertueuses : puisse leur infortune?

aimable pureté ne jamais s'altérer! Mde. Dor. Ah! ma pauvre So- Il se fait un instant de silence

, pluie, que tu connais peu les ho- après lequel on entend sonner trois mmes ! Qu'est-ce, sur la terre, qu’un heures.) malheureux artisan, un homme du Le pelit Dor. (interrompant son petit peuple?

ouvrage) Maman, voilà trois heures Soph. Mais enfin, c'est son bien qui sonnent; est-ce que nous ne qu'il va demander, c'est le fruit de dinons pas aujourd'hui ?

Mde. Dor. (sévèrement) Dor. Mde Dor. Cela est vrai, mori mel, qu'entendez-vous par-là ?enfant : mais ses ouvrages ne sont Votre père et votre frère sont sorpas encore finis, et il faut qu'ils le tis: est-ce que vous prétendriez soient pour qu'il puisse en exiger diner sans eux? le payement.

Le petit Dor. Oh! non, maman. Soph. Celui auquel il s'adresse Mais—ils ont peut-être diné ;est riche, et ne risque d'ailleurs nous ne savons pas où ils sont au rien, l'ouvrage est si avancé. llés enfin.

Mde. Dor. Pauvres raisons.- Mde. Dor. Eh bien! dans cette Les plus riches sont les plus impi- incertitude, dineriez-vous trailtoyables

. Et puis celui à qui il a quillement? affaire est un homme de rien, que Le petit Dor. Oh! non, maman. j'ai vu dans la dernière indigence, Mais c'est qu'il est bien tardaussi pauvre que nous le sommes. et il pourrait se faire quem Il était alors notre égal, l'ami del Mde. Dor. Taisez-vous. Ils votre père; il a voulu l'associer à sont à jeun aussi bien que vous

[graphic]

cher enfant, calme-toi

. Allons

, un chercher quelques moyens d'y por-
peu de patience ; ton père va ren- ter remède, et seconder les efforts
trer

, il nous apportera de quoi de mon père.
diner. Crois que je souffre autant Mad. Dor. Sans appui, sans se-
que toi de ta peine

cours, sans connaissances, hélas !
Le pelit Dor. (l'embrasse en e-que fera-t-il ?
ssuyant

ses larmes) Oh! non, ma- Soph. Nos besoins le rendront
man, ne souffrez pas ; car je puis industrieux---il me paraissait au
souffrir bien davantage, moi

. Te-désespoir. nez, je ne pleure d'abord plus ;. Mde. Do Que me dis-tu là ! voilà qui est fini. Et quant au Ah! Sophie, ah! ma chère fille! diner, ne puis-je pas bien m'enssil allait se déshonorer ; c'est ce passer comme vous ? que je me coup-là qui me serait mortel! On c'est malgré moi. Je m'en vais famie--

veux de mal d'avoir pleuré ! mais supporte tous les maux, mais l'in.

que j'oublie que j'ai faim. (Il se nnais mon frère.
remel à l'ouvrage, e travaille avec
plus d'ardeur.)

Mde. Dar. (reprend son ou

son travail.

comment puis-je le supporter ?

Soph. Mon père ne revient

malheur !

brusquement : le premier est vê-
est: ou l'aura refusé, et il ne peut
mains vides. Mais c'est votre je l'ai vue entrer.

sorti?

lui en qui j'avais toujours reconnu petite farouche

tivement je crois que la voila. (Il

belle

D'ailleurs, ne voyez-vous pas que des sentimens si dignes de son j'attends, moi ; votre sæur en fait éducation nous abandonner en de autant, et votre petit frère. N'êtes- pareilles circonstances ! Lorsque vous pas plus en état que lui de nous avons le plus desoin de son supporter le besoin ? Il ne se plaint secours ! Je ne m'y serais jamais pas, cependant.

attendue. Le petit Dor. Oui, maman Soph. Que cela ne vous afflige mais---c'est que---j'ai bien faim. point, ma mère : c'est sûrement (Il dil ces dernières paroles en pour un bon dessein qu'il est sorti. pleurant de toutes ses forces.) Je connais l'excellence de son

Mde. Dor. (allant à lui les lar-ceur: je sais combien il est pénémes aux yeux) Mon enfant, montré de notre situation ; il est allé cher enfant, calme-toi. Allons, un chercher quelques moyens d'y porpeu de patience; ton père va ren- ter remède, et seconder les efforts trer, il nous apportera de quoi de mon père. dîner. Crois que je souffre autant Mad. Dor. Sans appui, sans seque toi de ta peine.

cours, sans connaissances, hélas ! Le petit Dor. (l'embrasse en e-que fera-t-il ? ssuyant ses larmes) Oh! non, ma Soph. Nos besoins le rendront man, ne souffrez pas ; car je puis industrieux---il me paraissait au souffrir bien davantage, moi. Te-désespoir. nez, je ne pleure d'abord plus; Mde. Dor

Mde. Dor Que me dis-tu là ! voilà qui est fini. Et quant au Ah! Sophie, ah ! ma chère fille ! dîner, ne puis-je pas bien m'en s'il allait se déshonorer ; c'est ce passer comme vous ? que je me coup-là qui me serait mortel! On veux de mal d'avoir pleuré ! mais supporte tous les maux, mais l'inc'est malgré moi. Je m'en vais famie--travailler si fort, qu'il faudra bien Soph. Ne craignez rien, je coque j'oublie que j'ai faim. (Il se nnais mon frère. remel à l'ouvrage, et travaille avec plus d'ardeur.)

SCENE II. Mde. Dor. (reprend son ouvrage) (A part). Mon malheur Le Marquis Dorival, Dubois, Maest-il assez grand? Al! Ciel ! dame Dormel, Sophic, le petit comment puis-je le supporter ? Dormel.

Soph. Mon père ne revient point: s'il lui était arrivé quelque Le Marquis et Dubois entrent malheur !

brusquement : le premier est Mde. Dor. Je devine ce qui en tu magnifiquement. est: on l'aura refusé, et il ne peut se déterminer à reparaitre ici les Dubois. C'est ici, monsieur, que mains vides. Mais c'est votre je l'ai vue entrer. frere.--c'est Dormel qui me sur- Le Marquis. En es-tu bien prend ! A quelle heure est-il sûr ? (Appercerant Sophie) EffecBorti?

Livement je crois que la voilà. (II Soph. Dès le point du jour, à s'approche d'elle familièrement) quatre heures du matin.

C'est vous la belle enfant ! Eh Mde. Dor. Qui slaurait cru ? bien! allez-vous encore faire ia Lui en qui j'avais toujours reconnu petite farouche ?

Soph. Je voudrais bien luis. Le petit Dor. Cela me fera bien épargner toutes ses peines : vous de la peine de demander l'aumône. le savez, si l'on n'avait exigé que Mais---faudra-t-il demander à tout ma vie.

le monde ? Mde Dor. Je te rends justice, Mdc. Dor. Oui, mon fils, à tout ma fille. Mes chers enfans, l'état le monde, à tous ceux que tu vede votre père me perce l'ame; il rras en état de t'assister. faut avoir recours au dernier des Le petit Dor

. C'est qu'il y en a moyens, à celui qui déchire un qui sont si vilains, si rebutans, qui ccenr sensible

. Il faut que Dor-traitent si mal les pauvres ! Je mel me préte ici son secours. voudrais bien ne leur point deman

Le petit Dor. Moi, mamander à ceux-là. Ah! commandez ; tout me sera Mde. Dor. Que veux-tu, mon

LE LECTEUR FRANÇAIS. Sophie. Ah! Ciel ! retirez-vous, Le Mar. Mais, ma bonne, vous monsieur, laissez-moi: n’est-ce pas êtes folle ! Pensez-y à deux fois, je assez de l'insulte que vous m'avez veux bien vous en laisser le temps. faite dans la rue, sans venir aug- Il y a de par ce monde cent femmes menter les chagrins de ma mère, charmantes, toutes aussi jolies que en les renouvellant à ses yeux. votre tille, et sur lesquelles il ne

Le Mar. Vous plaisantez, la tient qu'à moi de fixer un choix belle les caresses d'un homme je lui donne la préférence, et vous comme moi une insulte! allons, le trouvez mauvais! d'honneur, un peu plus de raison. (Il veut vous devriez être trop heureuse. s'approcher d'elle.)

Mad. Dor. Sans doute---mais Soph. Ah! Dieu ! quelle inso- nous ne sentons point ce bonheurlence! (Elle se débarrasse de ses là. Croyez-moi, monsieur; colimains ei se sauve.)

rez chez les malheureuses que

vous connaissez si disposées à vous SCENE III. vendre leur honneur. En quelque

temps que ce soit, ni ma fille'ni Le Marquis, Dubois, Madame moi nous n'accepterons vos offres, Dormel, le petit Dormel. Le Mur. Ma foi! tant pis pour

vous. Allons, Dubois. (ils sortent Mad. Dor. (au Marquis, qui ensemble.) vcut suivre Sophie) Doucement, monsieur, s'il vour plaîr . Si vous

SCÈNE IV. méprisez notre pauvreté, respectez du moins notre vertu. Quel mal Madame Dormel, le petit Dorme!, vous avons-nous fait pour que vous Sophie qui survient. veuillez nous enlever le seul bien qui nous reste ?

Mad. Dor. Va, misérable, ta Le Mar. Etes-vous la mère de dureté ne me surprend point; elle cette jolie enfant ?

est la suite nécessaire de l'infame Mad. Dor. Oui, monsieur. dépravation de tes mæurs. Les

Le Mar. (parcourant la cham-maux suivent en foule le pauvre : bre des yeux). En deux mots ; vous heureux qui sait les supporter avec étes très-pauvres, à ce que je vois ; constance ! Mais que le courage voulez-vous que je fasse votre for-et la fermeté sont difficiles, lorsque tune? Et pour premier à compte la nature est défaillante ! --(il tire une bourse.)

Soph. Ah! ma mère, l'aurais-je Mad. Dor. Non, monsieur, je jamais imaginé qu'il y eût des vois d'ici à quel prix vous voudriez hommes capables de se faire un Ja mettre cette fortune. Malgré titre de notre indigence, pour--le besoin qui m'accable, et dont je (Les sanglots lui étouffent la voit ; n'ai pas la faiblesse de rougir, je ne elle se jette au cou de sa mère.) balance pas à vous refuser.

Mad. Dor. (attendrie) Ma Le petit Dormel. Maman, ce chère enfant, ta vertu me charme! monsieur veut vous donner de l'or, Tu viens d'en donner un exemple de l'or à pleines mains et vous héroïque. Mais que je suis ilin'en voulez pas ! Prenez au moins quiète de ton père ! ii n'aura pu pour vous et pour mon prpa. réussir ; il va venir accablé de doue

Mad. Dor. Paix, mon fils, paix I leur, de fatigue, et de besoin.

[graphic]

fils? il n'est pas possible de les disfacile ponr vous.

Mde. Dor. C'est bien, mon fils, tinguer. Mais rappelle-toi que les embrasse-moi

. Dormel

, mon cher cæurs ne s'émeuvent point à la fils---dure nécessité, à quoi me première secousse ; demande avec réduis-tu !-- il faut que tu ailles im- instance, sans cependant te rendre plorer l'assistance des hommes, importun; sois humble, sans avoir que tu leur exposes notre misère, l'air bas et rampant. que tu leur arraches, partes in- Le pelit Dor. (tristement). Astances et par tes larmes, quelquellons donc ; embrassez-moi, malégère portion de leur superflu. man. La tâche est difficile à remplir, Mde. Dor, Va, mon fils ; ei la mon cher enfant ; tu trouveras des vie de ton père et celle de tes ames viles qui ne croient pas qu'il frères n'y étaient point attachées, soit possible d'être pauvre et esti-je n’exigerais point de toi un pareil mable, de ces cours de bronze sacrifice. contre lesquels les cris des malheureux vont se briser inutilement; mais tous ne sont pas également pervers ; sans doute il est encore

Madame Dormel, Sophie. des hommes vraiment dignes de nom, et peut-être dans le nombre en Soph. (le regarde sortir les lara trouveras-tu quelques-uns qui vou- mes aux yeux) Le pauvre enfant! dront bien jeter sur nous un regard Non, il n'est personne que sa figure de commisération, et nous retirer, ne touche, que ses larmes n'altendu moins pour un temps, de l’abime drissent. Cette démarche lui colte affreux ou nous sommes plongés. beaucoup.

Le petit Dor. (après l'avoir Mde. Dor. Hélas ! elle r'a de écoutée avec la plus grande atlen, honteux que l'abus indigne qu'on tion) laman, n'est-ce pas ce qu'on

en a fait. appelle demander l'aumône?

Soph. Vous avez raison. Voici Mde. Dor. (à part). Ah! Ciel ! mon pere. Ah! mon pauvre père! (kan) Oui, mon fils.

(Ele court au devant de lui.)

Soph. Je voudrais bien luil. Le petit Dor. Cela me fera bien épargner toutes ses peines : vous de la peine de demander l'aumône. le savez, si l'on n'avait exigé que Mais---faudra-t-il demander à tout ma vie.

le monde ? Mde Dor. Je te rends justice, Mdc. Dor. Oui, mon fils, à tout ma fille. Mes chers enfans, l'état le monde, à tous ceux que tu vede votre père me perce l'ame ; il rras en état de t'assister. faut avoir recours au dernier des Le petit Dor. C'est qu'il y en a moyens, à celui qui déchire un qui sont si vilains, si rebutans, qui cænr sensible. Il faut que Dor-traitent si mal les pauvres ! Je mel me prête ici son secours. voudrais bien ne leur point deman

Le petit Dor. Moi, maman?der à ceux-là. Ah! commandez ; tout me sera Mde. Dor. Que veux-tu, mon facile ponr vous.

fils ? il n'est pas possible de les disMde. Dor. C'est bien, mon fils, tinguer. Mais rappelle-toi que les embrasse-moi. Dormel, mon cher cæurs ne s'émeuvent point à la fils---dure nécessité, à quoi me première secousse ; deniarde avec réduis-tu !---il faut que tu ailles im- instance, sans cependant te rendre plorer l'assistance des hommes, importun; sois humble, sans avoir que tu leur exposes notre misère, l'air bas et rampant. qne tu leur arraches, par tes in Le petit Dor. (tristement). Astances et par tes larmes, quelque llons donc ; embrassez-moi, malégère portion de leur superflu. nan. La tâche est difficile à remplir, Mde. Dor. Va, mon fils; si la mon cher enfant; tu trouveras des vie de ton père et celle de tes ames viles qui ne croient pas qu'il frères n'y étaient point attachées, soit possible d'être pauvre et esti- je n'exigerais point de toi un pareil mable, de ces cours de bronze sacrifice contre lesquels les cris des malheureux vont se briser inutilement;

SCÈNE v. mais tous ne sont pas également pervers ; sans doute il est encore Madame Dormel, Sophie. des hommes vraiment dignes de ce nom, et peut-être dans le nombre en Soph. (le regarde sortir les lartrouveras-tu quelques-uns qui vou- mes aux yeux) Le pauvre enfant ! dront bien jeter sur nous un regard Non, il n'est personne que sa figure de commisération, et nous retirer, ne touche, que ses larmes n'attendu moins pour un temps, de l'abîme drissent. Cette démarche lui coûte affreux où nous sommes plongée. (beaucoup. Le petit Dor.

(après l'avoir Mde. Dor. Hélas ! elle n'a de écoutée avec la plus grande atten- honteux que l'abus indigne qu'on tion) Maman, n'est-ce pas ce qu'on en a fait. appelle demander l'aumône ? Soph. Vous avez raison. Voici

Mde. Dor. (à part). Ah! Ciel ! mon père. Ah! mon pauvre père ! (haut) Oui, mon fils.

|(Elle couri au devant dc lui.)

--ils me coûtent bien cher. Jel Le petit Dor. Mon cher frere,

fait saigner ! Tenez, voilà une lidésespéré l'effraie. Ou, vas-tu, me gature défaite, le sang coule de son dit-il; que t'est-il arrivé? Ah! mon

du pairi

.

Dormel m'étonne; il n'a pas cou- Dor. fils. Mon père, ma mere, aume de s'absenter long-temps, ni ma sæur, c'était pour vous donner de sortir si matin.

Mde. Dər. C'est ce que je disais M. et Mde. Dur. (ensemble) il n'y a qu'un instant. Je ne puis Ah! mon fils! croire qu'il ait eu dessein de nous Soph. Ah! mon frère ! abandonner,

(Ils s'approchent de Dormel, fils, M. Dor. Je ne le crois pas non et l'embrassent étroitement ; Soplus

. Mais devait-il sortir dans phie resserre sa ligalure.) une circonstance si fächense, lorsque son secours nous est si néces SCENE VII, et dernière.

saire? Ne sait-il pas que la plus légère interruption dans son travail M. et Mde. Dorme!, Sophie, Dornous fait un tort irréparable? Non, mel, l'aîné, le petit bormel, le I ne s'excusera jamais.

Comte de Seinbon, un duinesSoph. J'entends quelqu'un ; c'est tique du comte, portant quelques sûrement lui-même. (Elle va a la provisions. porte.)

M. Dor. Qu'il ne paraisse pas Le Com, Oil sont-ils ces pauvres

SCENE VII.

le champ on m'a porté dans la rue SCENE VI.

à demi-mort de douleur et d'épui

sement. Monsieur & Madame Dormel, So

Mde Dor. Remettez-vous, mon phie.

cher ami ; diminuez nos maux en M. Dor. (entre d'un air sombre, vous appesantissant moins sur les il est pâle, défait; ses habits a-vôtres. J'ai envoyé votre cadet unoncent la plus grande misère.) par la ville. Peut-être sera-t-il av Ah! ma femme! Ah! ma fille! il ssez hegreux pour nous trouver faut mourir. (Il s'assied et re- quelques secours. garde de tous côtés d'un air égaré.) M. Dor. N'espère rien, ma Où est donc mon cadet ? Dormel chère. Ah! des hommes ! non, est-il de retour ?

il n'en est plus : il n'y a que des Mde. Dor. Mon cher mari, j'en bêtes féroces. Ton état a-t-il pu avais un secret pressentirnent, tu me permettre d'oublier ce moyen? n'as pas réussi.

11 est vrai que je l'ai rejeté longM. Dor. (avec fureur). Tout temps ; la honte, te l'avouerai-je ? accès à la pitié est fermé dans le l'amour-propre, l'orgueil--malheucæur des hommes. Un misérable reux que je suis ! L'homme est ---que j'ai bien voulu honorer de toujours homme. Ces différentes mon amitié dans des temps plus passions ont long-temps combatta heureux ! J'étais à mon aise alors; dans mon cæur; ma tendresse :1 était pauvre et homme de bien; pour toi, pour ces chers enfans l'a il a fait fortune, et a changé de emporté à la fin ; je me suis adre. meurs. Que la terre l'engloutisse ! ssé au premier passant. Je l'aborde le scélérat! il me vole lâchement les larmes aux yeux, et la mort le fruit de mon travail---il nous peinte sur mon visage. J'ai une porte à tous le coup de la mort. femme et quatre enfans qui sont

Mde. Dor. Comment ! il ne dans le besoin le plus pressant, lai veut pas vous payer.

dis-je d'une voix faible" et d'un ton M. Dor. Le monstre! il invoque mal articulé. “ Travaillez," me à son secours la lettre de la loi répond brusquement cet homme, pour m'assassiner.

Achevez“ vous le pouvez encore: il n'est votre ouvrage, je vous payerai ; point de métier qui ne soit plus jusques-là je ne vous dois rien." honnète que celui que vous faites;" Voilà son unique réponse. En vain en même temps il tire de sa poche lui ai-je représenté l'excès de ma une bourse des mieux fournies

, y misère, qu'il ne m'était pas possi- cherche la plus petite des moble de travailler sans me nourrir, nnaies, et me la met dans la main. que je me contenterais de la moitié J'étais immobile de dépit ; je voudu prix de l'ouvrage, que, s'il le ju- lais parler, mais ma langue était geait à propos, je regarderais ce glacée, et lorsque j'en recouvrai secours comme un bienfait. Il a l'usage, il avait disparu. été sourd à toutes mes prières :. Soph. Un homme riche insulter “ Je ne dois rien, m'a-t-il répon- à la misère au lieu de la secourir ! du, “ et je n'ai point d'aumône à A qui donc s'adresser ?

J'ai voulu insister : 11. Dor. A personne, ma fille ; “ qu'on me débarrasse de cet im- quand on est aussi malheureux que posteur," a-t-il dit à ses gens, et sur nous, il faut savoir mourir. Mais

malheureux ? Comment ont-ils pu devant mes yeux.

échapper si long-temps à mes yeux?

Le petit Dor Les voilà, mon.

sieur. C'est mon pèren--c'est ma Les précédens, Dormer, fils.

mère---ils meurent de faim.

M. Dor. (au comte) Hélas ! Dor. fils. (Il a l'air faible et monsieur, que votre générosité est abaitu ; ses bras sont entourés de touchante ! Nons en sentons tout linges ; il porte deux pains et une le prix; mais comment pourrions. douteille de vin, et dil en jetant les nous en jouir, tandis que ce cher pains sur la table

, et en posant la enfant est près d'expirer ? Ah! si bouteille à terre :) Tenez, mangez vous saviez !

frère.)

n'en puis plus. (Il se laisse londer comme vous voilà ! (Il court à son
sur un vieur coffre.)

M. Dor. Que penser de ceciti Le Com. (à Dormel, t'ainé)
Serait-ce le fruit d'un crime? Ah ! Comment! Vous aurait-on mal-
malheureux !

traité ? Mde. Dor. Serait-il possible!

Der. fils. (d'une roir faible et Dor. fils. Mangez, vous dis-je ;'entrecoupée) Non, monsieur ; je je suis digne de vous.

\n'ai pu supporter l'état ol se trouve M. Der. Mais encore que sigris éduite ma malheureuse famille. fie l'état où vous voila?

M. Dor. Des bandages, aes dans l'amie, déterminé à leur troubattu?

je suis sorti ce matin, le désespoir linges, du sang! Vous seriez-vous ver du secours ou à périr. Je rencon

tre un de mes amis aussi pauvre,

vous faire."

\cher l ils n'ont point mangé depuis

« PrécédentContinuer »