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vous pas honteux d'être encore au d'ordres à lui doaner ; cependanc, lit?

lorsque je lui ai dit que c'était de Jul. Cela vous est bien aisé à convention avec vous... dire. Si, comme moi, vous vous M. Mon. De convention, ou non, étiez couché au jour pour attendre morbleu! j'entends qu'on vous mon fou de maître, qui n'est pas obéisse, comme à moi-même, qu'on seulement encore rentré. (Il baille) vous respecte. Peste de la maison ! on ne peut Ant. 'Oh! par exemple, voilà pas dormir ici son soul. Hé bien ! monsieur, qui est un peu trop fort. voyons; qu'est-ce que vous me Vos bontés sans doute vous font voulez ?

oublier en quelle qualité je suis Ant. M. Mondor est-il levé? ici.

Jul. (se frollant les yeux) Je M. Mon. Hé! non, non; je crois bien qu'oui; mais il est sûre-m'en souviens à merveille ; mais, ment enfermé dans son cabinet, encore une fois, j'entends qu'on comme à son ordinaire.

vous distingue, et surtout qu'on Ant. Portez-lui cette lettre; dites-vous obéisse ; je le veux ainsi : je lui d'y jeter un coup d'oeil, et que suis le maitre chez moi, morbleu ! quand il sera débarrassé, je l'en-i'y fais ce qu'il me plaît, et pertretiendrai de ce qu'elle contient.

sonne n'en doit 'tirer des consé. Jul. Etes-vous fou, maitre An- quences. toine? mais, voyez! me faire lever Ant. (bas à M. Mon.) Taisez. pour cela! Vous ne pouviez pas vous donc, et faites sortir ce dofaire votre commission vous-même ? mestique.

Ant. Il ne faut pas vous échau- M. Mon. ( à demi bas à Antoine) ffer ; laissez-là cette lettre, j'instrui- Laissez, il est bon de lui faire sa rai M. Mondor de vos refus. leçon, (Haut à Julien) Va-t'en,

Jul. Mais c'est que c'est vrai et souviens-toi bien de ce que aussi ; vous prétendez vous faire je te dis: si tu manques à M. Anmieux servir que les maîtres, et toine, vingt coups ae bâton et ton puisqu'il faut vous le dire, cela me congé ne te manqueront pas. Endeplaît à moi, et me déplait souve- tends-tu bien ? rainement

Jul. Oui, monsieur. (à part) Quel homme que ce monsieur Antoine !

Il y a quelque chose là-de

clans qui n'est point naturel. M. Mondor, Antoine, Julien.

SCENE IV M. Mon. Bonjour, papa Antoine, comment vous en va? Mais M. Mondor, Antoine. qu'est-ce? vous parliez un peu haut à ce coquin-là: est-ce qu'il vous Ant. Vous êtes, en vérité, bien vous aurait manqué en quelque inconsidéré ; il ne tient pas à vous chose ?

que ce domestique ne soit absolui. Anl. Non pas, monsieur; mais ment dans votre secret ; heureusecomme j'attends ici l'arrivée de ment il est un peu borné; car j'en M de Ferval, je le priais de vous connais mille auxquels vos brusques porter cette lettre, et il y était peu imprudences auraient déjà tont rée disposé, parce que je n'ai point vélé.

SCÈNE NI.

ma

M. Mon. Coinment! je souffri-, mauvais sort; qu'il y trouve la rai qu'un coquin de domestique peine de son déréglement et de la vous manque impunément, à vous, dépravation de son cour. C'est mon frère! non, morbleu! non. pour ma fille seule que j'implore

Ant Eh! mon Dieu ! j'aimerais vos bontés, ou, pour mieux dire, mieux qu'ils me manquassent tous votre amour fraternel. Vous la les jours, que s'ils se dloutaient un retirerez du couvent, vous la receinstant de ma véritable qualité. vrez chez vous, vous lui donnerez Mais venons à quelque chose de dans votre cæur la place dont mon plus important; la lettre est prête ; malheureux fils s'est rendu si inje l'ai écrite moi-même, pour que digne.

C'est la dernière faveur de Ferval y soit mieux trompé ; qu'attend de vous un frère qui n'a il ne pourra méconnaître l'écriture ; d'espoir qu'en votre tendresse, et il a si souvent reçu de mes lettres dont les derniers momens seraient de l'Amérique ! Voici comme elle affreux, s'il n'osait encore se flatter est conçue : (Il lit.) « Mon cher de l'obtenir. frère, c'est du lit de la mort que je « Je suis, &c. vous écris. Quand vous recevrez

" Votre frère, cette lettre, je ne serai plus ; tous

« De Ferval, les malheurs de l'humanité sont“ De l'hôpital de Nantes, ce 12 venus ensemble fondre sur

Septembre, 1770." tête. Une fortune considérable que j'apportais avec moi dans ma pa- M. Mon. C'est bien, morbleu trie, vient d'être ensevelie sous les c'est bien: mais, à votre place, eaux ; on m'a sauvé, lorsque je j'aurais, ma foi, pris un parti plus périssais avec elle, mais ce n'est court et moins gênant; car, entre que pour me faire mourir plus nous, vous jouez un fatigant percruellement. La quantité d'eau sonnage. que j'ai bue, une plaie considérable Ant. Je vous en réponds. Mais qu'on m'a faite en me retirant du laissons cela. fond de la mer, le défaut de soin, M. Mon. Que dis-je ? un perla mauvaise nourriture, suite néces- sonnage désagréable, assommant: saire de mon indigence, et plus en- On donc avez-vous été chercher core mes inquiétudes sur le sort de cette ichée-là ? ma famille ; et le violent chagrin Ant. C'est un parti pris et exėque me causent le dérangement et cuté; nous sommes convenus que les débauches d'un fils : tout cela vous ne m'en reparleriez plus. ne me laisse pas plus de deux M. Mon. C'est vrai, pardon: heures d'existence à espérer. Je mais, je ne sais si, à votre place, les emploie, ces derniers instans, a je n'aurais pas d'abord claquemuvous manifester des volontés que ré mon drôle à St. Lazare. votre amitié pour moi vous feront Ant. Vous voilà avec vos partis regarder comme sacrées. Je donne violens ! Malheur aux hommes ma malédiction à un fils indigne, qu'on ne peut ramener que par de pour qui mes remontrances ont été tels moyens ! On ne leur apprend un objet de risée, mes peines un qu'à masquer leurs vices; on croit jeu impie et cruel, et qui n'a payé avoir d'honnêtes gens, et l'on n'a vos bienfaits que de la plus noire fait que des hypocrites. ingratitude. Abandonncz-le à son M. Mon. Enfin, libre à vous de

faire là-dessus tout ce que bon vous maitre inflexible, un tyran impé. semblera: mais au vrai, quel est rieux, chez qui les plus petites votre but? quelle fin attendez-vous fautes étaient punies avec une ride cette lettre?

gueur que les plus grandes ne pouAnt. C'est, je vous l'ai dit cent vaient augmenter ; il s'est accoutufois, de ramener mon fils par le mé à vous craindre et à vous détessentiment, de le faire rentrer en lui- ter : devenu plus grand, il a secoué même, d'examiner comment il su- cette timidité, et, de jour en jour, pportera sa mauvaise fortune, de il vous redoule moins et vous hait quel wil il verra le désastre et la davantage. Franchement, je crois fin malheureuse de son père, co- que cela n'a pas peu contribué à mment il soutiendra l'idée d'avoir le plonger dans le désordre. été lui-même l'auteur de tous mes M. Mon. Ah! parbleu, vous maux, de m'avoir porté le coup de m'entreprenez actuellement, moi! la mort, comment il sera affecté ceci n'est pas mauvais. Mais j'ende l'expression d'une indignation tends du bruit; je gage que c'est aussi juste que la mienne; mon but votre coquin de fils : il rentre à enfin est de sonder, sur tous ces une jolie lieure ! objets, les replis les plus cachés de

Ant. Au bom de Dieu, conson cæur. Si les secousses aussi traignez-vous; vous me l'avez proterribles ne l'é meuvent pas, c'est le mis. dernier des hommes, un malheu- M. Mon. Soyez tranquille. reux que je renonce pour mon fils ; je me sauve au fond de l'Amérique

SCÈNE V. avec ma fille et mes richesses, vous priant de ne point le détromper M. Mondor, Antoine, M. de sur mon sujet, et de ne jamais me Ferval, fils, Julien. parler de lui. (Ses yeux se remplissent de larmes.) Si ce n'est- M. de Fer. (entre brusquement ; pour me faire savoir sa mort,qui il est en désordre, comme un homme sera pour lors-la seule intére- qui a pussé la nuil au bal. Julien ssante, la seule bonne nouvelle que le suit, portant un domino. M. de vous puissiez m'apprendre. in Ferval recule de surprise en aperpleure.)

cevant son oncle) Oh! Ciel, mon M. Mon. Hé! finissez! vous oncle ! (bas à Julien) Bourreau ! 'm'attendrissez aussi, moi : fi donc ! pourquoi ne m'as-tu pas dit que à notre âge, pleurer comme des mon oncle était ici ? enfans ! on se moquerait de nous. Jul. (hésilant) Monsieur-c'est Allez, allez, ayez bonne espérance ; quevous ne serez point réduit à cette M. Mon. D'où venez-vous, monextrémité-là.

sieur? On avez-vous passé la Aul. Je l'espère bien aussi. nuit ? Mais mon fils va rentrer, modérez- M. de Fer. (légèrement) Ma vous envers lui, je vous en prie. foi! mon cher oncle, c'est un de Vous lui parlez d’un ton qui, bien mes amis qui m'a donné le soupé loin de le ramener, ne fait que le plus élégant; nous y avions de l'aigrir. Vous l'avez toujours trai-tout, bonne chère, bon vin, jolies té très-durement; dans son en- femmes: ne suis-je pas excusable fance, il n'a vu vous qu'un de m'i tre un peu oublié ?

en

cet

M. Mon. (avec colère) Co- que je pouvais entendre ? Monmment, monsieur le libertin? ( An- sieur votre oncie fait un telvatoine le tire par l'habil.) Je vous ai carme ! déjà prévenu que ce train de vie M. de Fer. Eh bien! vas-y-donc. ne me plaisait point ; la vie que je (Julien sort.) mène est réglée, et j'entends que tout le soit chez moi. ( Pendant

SCÈNE VII tout le temps que

31. Mondor gronde, M. de Ferval est distrait, M. de Ferval, Antoine. cl parle par intervalles à l'oreille de Julien.)

M. de Fer. (se jetant et s'étenM. de Fer. Oui, mon oncle. dant sur un canapé) Avoucz donc,

M. Mon. (s'échauffant par de- mon pauvre Antoine, que je suis grés) Oui, monsieur won neveu, bien à plaindre d'avoir affaire à un oui ; j'entends que cela soit : vous homme aussi brusque que ne ferez, parbleu! pas la loi dans oncle. ma maison.

Ant. Mais, monsieur, à mon M. de Fer. Ce n'est pas non avis, il ne vous dit rien que de plus mon intention, mon cher oncle.juste. Vous devriez sentir vous

M. Mon. Qui ne le croirait pour-mêmetant, à la manière dont vous vous M. de Fer. Non, en vérité, je comportez ? Dans une auberge, ne sens rien : quand il me parle, il corbleu! dans une auberge, on au- m'étourdit, et puis c'est tout. rait plus d'égards. (Avec emporte Ant. Il est vrai qu'il a le ton un ment) M'écouterez-vous ? (An- peu haut. toine le lire encore. Il reprend M. de Fer. Que dis-tu? haut ? un lon modéré.) Il faudra nous sé- Il l'a brutal, assommant, insoutenaparer, monsieur faudra nous séparer : je n'attends Ant. C'est un oncle qui vous pour cela que des nouvelles de aime : il est désolé de voir que votre père.

vous vous perdiez. M. de Fer. Quand il vous plaira, M. de Fer. (riant) Je me perds ! mon oncle.

Tu parles comme lui; vas-tu faire M. Mon. (d'une voix étouffée) sa parodie ? Trop tôt pout-être pour toi.

Ant. (vivement) Oui, vous vous M. de Fer. Dès aujourd'hui, si perdez; car enfin n'est-elle pas vous le voulez.

blåmable cette vie que vous meM. Mon. Nous - nous verrons nez? (à part) Je suffoque, sortons. (Il M. de Fer. Mais, c'est la vie de sort.)

tous les jeunes gens d'aujourd'hui.

Ant. Dites de tous les libertins, SCENE VI.

de cette espèce d'hommes la plus

méprisable de toutes. Si vous vouM. de Ferval, Antoine, Julien,

liez jeter un coup d'ạil sur vousM. de Fer. (avec humeur à Ju-même, vous en sentiriez la honte. lien) Comment ! tu n'as pas en- M. de Fer. Sais-tu que tu es le core serré ce domino! voilà la seul qui puisse me dire de ces troisième fois que je te le dis. choses-là ? (Il s'assied sur le ca

Julieu, Eh! monsieur, est-ce napé.) Tiens, je veux bien t'ouvrir

mon

neveu, il ble.

mon cœur. La vie que je mène ne vez-vous pousser l'extravagance--- ? laisse pas de m'être à charge ; ce M. de Fer. (avec fierté) M. Aun'est pas d'aujourd'hui que je sens toine! M. Antoine ! doucement, combien une vie douce et tranquille s'il vous plaît ; vous abuisez un peu lui serait préférable ; mais que de mes égards pour vous. veux-tu, mon cher ? il faut suivre Ant. Non, monsieur; c'est par le torrent. Irai-je, à mon âge, affection que je vous sers; je ne afficher la sagesse et le ridicule : souffrirai jamais que vous couriez car, de nos jours, cela va de pair. à votre perte. D'ailleurs, riche comme je le suis, M. de Fer. Mais, monsieur Anet avec toutes les espérances que toine--j'ai, n'est-ce pas une nécessité pour Ant. (très-vivement) Vous poumoi, une nécessité même indispen-vez me renvoyer, monsieur ; vous sable, de me faire honneur de mon pouvez, par un trait de reconnaibien ?

ssance si digne de vous, payer à l'inAnt. Ah! monsieur, qu'il vous stant tout le zèle qui m'anime; serait possible de vous faire ho- mais jamais vous ne pourrez me nneur de vos richesses d'une mani-faire trahir mon devoir, approuver ère différente ! Et au fond, pensez-lachement vos extravagances, ni vous que ce soit bien vous honorer, encenser vos défauts. que

de vous ruiner pour un tas de M. de Fer. Antoine, je respecte jeunes débauchés qui se moquent votre âge, je pardonne à votre zèle, de vous, et qui vous grugent im- mais--pitoyablement sans vous en avoir la Ant. (d'un fon pénétré, et s'aplus légère obligation ?

pprochant affectueusement de M. de M. de Fer. Je m'embarrasse Ferval) Mon cher maître, rentrez fort peu de leur reconnaissance. en vous-même; vous avez une ame Crois-tu que ce soit pour eux que honnête, et faite pour le bien : estje sacrifie au plaisir quelque por-il possible que l'orgueil vous ation de ma fortune ? Non, mon veugle assez pour vous empêcher cher, désabuse-toi : ce sacrifice n’a de voir toute l'indignité et la baque moi pour objet, et j'en retireesesse---oui, la basesse du persoseul tout ce qu'il a de plus flatteur nnage que vous jouez ? Avec de l'esen lui-même. Ils sont très-contens, prit et du bon sens, il vous rend la ces jeunes étourdis, de soutenir à dupe d'une troupe de jeunes inmes frais une noblesse indigente : sensés. Pensez à an père qui vous et moi, fils d'un simple négociant, aime; songez quel seroit son chaje suis très-satisfait, à ce prix, de grin s'il apprenait que vous menez marcher leur égal. J'ai le bonheur une vie aussi méprisable. Ah! je de jouir en leur compagnie d'une le connais, il en mourrait. considération qu'on n'accorde qu'au M. de Fer. (vivemeut) Ah! sang le plus illustre. Ah! mon mon cher Antoine ! tu connais mon cher Antoine, un honneur aussi père ! où l'as-tu vu? y a-t-il longprécieux, peut-il trop chèrement se temps ? Pense-t-il-à sa famille? payer ? non, toute ma fortune- Ant. (froidement) Je l'ai vu à la

Ant. (l'interrompant avec viva- Guadeloupe, où j'ai demeuré plus cité) Bon Dieu ! quelle folie ! de quinze ans : il n'est occupé que quelles chimères ! Comment peu- de

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