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un lon modéré.) Il faudra nous sé- Il l'a brutal, assommant, insoutena.

(à part) Je suffoque, sortons. (Il M. de Fer. Mais, c'est la vie de

lien) Comment! tu n'as pas en M. de Fer. Sais-tu que tu es le core serré ce domino! voila la seul qui puisse me dire de ces

Julieu. El monsieur, est-ce pape.) Tvena, je veux bien couvrir

M. Mon. (avec colère) Coque ie pouvais entendre? Monmment, monsieur le libertin? (An- sieur votre oncle fait un tel vatoine le tire par l'habil.)

. Je vous ai carme! déjà prévenu que ce train de vie M.de Fer. Eh bien! vas-y-donc. ne me plaisait point; la vie que je (Julien sort.) mène est réglee, et j'entends que tout le soit chez moi. (Pendant

SCENE VII tout le temps que M. Mondor gronde, M. de Ferval est distrait, M. de Ferval, Antoine. e parle par intervalles à l'oreille de Julien.)

M. de Fer. (se jetant el s'étente M. de Fer. Oui, mon oncle. dant sur un canapé) Avouez donc,

M. Mon. (s'échauffant par de mon pauvre Antoine, que je suis grés) Oui, monsieur mon neveu, bien å plaindre d'avoir affaire à un oui ; j'entends que cela soit : vous homme aussi brusque que cet ne ferez, parbleu ! pas la loi dans oncle. ma maison.

faire là-dessus tout ce que bon vous maitre infexible, un tyran impé. semblera: mais au vrai, quel est rieux, chez qui les plus petites votre but? quelle fin attendez-vous fautes étaient punies avec une ride cette lettre?

gueur que les plus grandes ne pouAnt. C'est, je vous l'ai dit cent vaient augmenter ; il s'est accoutu. fois, de ramener mon fils par le mé à vous craindre et à vous détessentiment, de le faire rentrer en lui-ter: devenu plus grand, il a secoué même, d'examiner comment il su- cette timidité, et, de jour en jour, pportera sa mauvaise fortune, de il vous redoule moins et vous hait quel wil il verra le désastre et la davantage. Franchement, je crois fin malheureuse de son père, co- que cela n'a pas peu contribué à mment il soutiendra l'idée d'avoir le plonger dans le désordre. été lui-même l'auteur de tous mes M. Mon. Ah! parbleu, vous maux, de m'avoir porté le coup de m'entreprenez actuellement, moi ! la mort, comment il sera affecté ceci n'est pas mauvais. Mais j'ende l'expression d'une indignation tends du bruit ; je gage que c'est aussi juste que la mienne; mon but votre coquin de fils: il rentre à enfin est de sonder, sur tous ces une jolie heure ! objets, les replis les plus cachés de Ant. Au nom de Dieu, conson cour. Si des secousses aussi traignez-vous; vous me l'avez proterribles ne l'é meuvent pas, c'est le mis. dernier des hommes, un malheu M. Mon. Soyez tranquille. reux que je renonce pour mon fils ; je me sauve au fond de l'Amérique

SCENE V. avec ma fille et mes richesses, vous priant de ne point le détromper M. Mondor, Antoine, M. de sur mon sujet, et de ne jamais me Ferval, fils, Julien. parler de lui. (Ses yeux se remplissent de larmes.) Si ce n'est M. de Fer. (entre brusquement ; pour me faire savoir sa mort-qui il est en désordre, comme un homme sera pour lors—la seule intére- qui a pussé la nuit au bal. Julien ssante, la seule bonne nouvelle que le suit, portant un domino. M. de vous puissies m'apprendre. in Feral recule de surprise en aperpleure.)

cevant son oncle) Oh! Ciel, mon M. Mon. Hé! finissez! vous oncle ! (bas à Julien) Bourreau ! m'attendrissez aussi, moi : fi donc ! pourquoi ne m'as-tu pas dit que à notre âge, pleurer comme des mon oncle était ici ? enfans ! on se moquerait de nous. Jul. (hésitant) Monsieur--c'est Allez, allez, ayez bonne espérance; quevous ne serez point réduit à cette M. Mon. D'où venez-vous, monextrémité-là.

sieur?

Où avez-vous passé la Ant. Je l'espère bien aussi. nuit ? Mais mon fils va rentrer, modérez M. de Fer. (légèremenl) Ma vous envers lui, je vous en prie. foi ! mon cher oncle, c'est un de Vous lui parlez d'un ton qui, bien mes amis qui m'a donné le soupe loin de le ramener, ne fait que le plus élégant; nous y avions de l'aigrir. Vous l'avez toujours trai- tout, bonne chère, bon vin, jolies té très-duremeut; dans son en- femmes: ne suis-je pas excusable funce, il n'a vu en vous qu'un de m'i tre un peu oublié ?

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Ant. Mais, monsieur, à mon M. de Fer. Ce n'est pas non avis, il ne vous dit rien que de plus mon intention, mon cher oncle. juste. Vous devriez sentir vous

M. Mon. Qui ne le croirait pour mêmetant, a la manière dont vous vous M. de Fer. Non, en vérité, je comportez? Dans une auberge, ne sens rien : quand il me parle, il corbleu! dans une auberge, on au- m'étourdit, et puis c'est tout. rait plus d'égards. (Avec emporte. Ant. Il est vrai qu'il a le ton un ment) M'écouterez-vous ? (An- peu haut, toine le lire encore. Il reprend M. de Fer

. Que dis-tu? haut? parer, monsieur mon neveu, il ble.

faudra nous séparer : je n'attends . Ant. C'est un oncle qui vous pour cela que des nouvelles de aime : il est désolé de voir que votre père.

vous vous perdiez, M. de Fer. Quand il vous plaira, .. M. de Fer

. (riant) Je me perds !
mon oncle.

M. Mon. (d'une voix étouffée) sa parodie?
Trop tôt pout-être pour toi

.
M. de Fer. Dès aujourd'hui, si perdez; car enfin n'est-elle pas
vous le voulez.

M. Mon. Nous nous verrons.. nez?

sort.)

tous les jeunes gens d'aujourd'hui.

Ant, Dites de tous les libertins, de cette espèce d'hommes la plus

liez jeter un coup d'æeil sur vous. M. de Fer. (avec humeur à Ju- meme, vous en sentiriez la honte.

M. de Ferval, Antoine, Julien, méprisable de toutes. Si vous vous

troisième fois que je te le dis.

choses-la? (Il s'assied sur le cat

cet

M. Mon. (avec colère) Co- que je pouvais entendre ? Monmment, monsieur le libertin? ( An- sieur votre oncie fait un tel vatoine le tire par l'habil.) Je vous ai carme ! déjà prévenu que ce train de vie M. de Fer. Eh bien ! vas-y-donc. ne me plaisait point ; la vie que je (Julien sort.) mène est réglee, et j'entends que tout le soit chez moi. (Pendant

SCÈNE VII tout le temps que

M. Mondor gronde, M. de Ferval est distrait, M. de Ferval, Antoine. ct parle par intervalles à l'oreille de Julien.)

M. de Fer. (se jetant et s'étena M. de Fer. Oui, mon oncle. dant sur un canapé) Avouez donc,

M. Mon. (s'échauffant par de- mon pauvre Antoine, que je suis grés). Oui, monsieur mon neveu, bien à plaindre d'avoir affaire à un oui ; j'entends que cela soit : vous homme aussi brusque que ne ferez, parbleu ! pas la loi dans oncle. ma maison.

Ant. Mais, monsieur, à mon M. de Fer. Ce n'est pas non avis, il ne vous dit rien que de plus mon intention, mon cher oncle. juste. Vous devriez sentir vous

M. Mon. Qui ne le croirait pour-mêmetant, à la manière dont vous vous M. de Fer. Non, en vérité, je comportez ? Dans une auberge, ne sens rien : quand il me parle, il corbleu ! dans une auberge, on au- m'étourdit, et puis c'est tout. rait plus d'égards. (Avec emporle Ant. Il est vrai qu'il a le ton un ment) M'écouterez-vous ? (An- peu haut. toine le lire encore. Il reprend M. de Fer. Que dis-tu? haut? un lon modéré.) Il faudra nous sé- Il l'a brutal, assommant, insoutenaparer, monsieur

mon neveu,

il ble. faudra nous séparer : je n'attends Ant. C'est un oncle qui vous pour cela que des nouvelles de aime : il est désolé de voir que votre père.

vous vous perdiez. M. de Fer. Quand il vous plaira, M. de Fer. (riant) Je me perds ! mon oncle.

Tu parles comme lui; vas-tu faire M. Mon. (d'une voix étouffée) sa parodie ? Trop tôt pout-être pour toi. Ant. (vivement) Oui, vous vous

M. de Fer. Dès aujourd'hui, si perdez; car enfin n'est-elle pas vous le voulez.

blâmable cette vie que vous meM. Mon. Nous nous verrons-nez? (à part) Je suffoque, sortons. (Il M. de Fer. Mais, c'est la vie de sori.

tous les jeunes gens d'aujourd'hui.

Ant. Dites de tous les libertins, SCENE VI.

de cette espèce d'hommes la plus

méprisable de toutes. Si vous vouM. de Ferval, Antoine, Julien.

liez jeter un coup d'æil sur vousM. de Fer. (avec humeur à Ju- même, vous en sentiriez la honte. lien) Comment ! tu n'as pas en M. de Fer. Sais-tu que tu es le core serré ce domino! voilà la seul qui puisse me dire de ces troisième fois que je te le dis. choses-là ? (Il s'assied sur le ca

Julieu, Eh! monsieur, est-ce napé.}} Tiens, je veux bien t'ouvrir

LE LECTEUR FRANCAIS.

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flui ouvrira les yeux - Je rendra sans SCENE VIII. doute à lui-même. J'entends du

bruit; le voici sûrement. (Ilu 31. de Ferval, Antoine, Julien. s'asseoir d'un air réveur.)

Jul. M. Mondor, monsieur, vous SCENE X. clemande; il a quelque chose de pressé à vous dire.

M. de Ferval, Antoine, Julien. Ant. Est-ce à moi?

Jul. A vous? parbleu nor Je M. de Fer. (entre d'un air somme suis expliqué, je pense ; j'ai bre. I parait plongé dans le chadit que c'était à monsieur. grin le plus profond). Prépare

M. de Fer. Sais-tu ce qu'il me nos chevaux, Julien ; dans un rent?

quart-d'heure je ne suis plus ici. Jul. Non, monsieur.

Ant. Peut-on vous demander où M. de Fer. Quel homme! il va, vous allez, monsieur? je gage, m'assommer de nouveaux reproches ; j'ai envie de n'y point

mon cœur. La vie que je mène ne vez-vous pousser l'extravagance...? laisse pas de m'être à charge ; ce M. de Fer. (avec fierié) M. Adn'est pas d'aujourd'hui que je sens toine ! M. Antoine ! doucement, combien une vie douce et tranquille s'il vous plaît ; vous abusez un peu lui serait préférable; mais que de mes égards pour vous. veux-tu, mon cher ? il faut suivre Ant. Non, monsieur ; c'est par le torrent. Irai-je, à mon age, affection que je vous sers; je ne afficher la sagesse et le ridicule souffrirai jamais que vous couriez car, de nos jours, cela va de pair. à votre perte. D'ailleurs, riche comme je le suis, M. de Fer. Mais, monsieur Anet avec toutes les espérances que toine--j'ai, n'est-ce pas une nécessité

pour

Ant. (très-vivement) Vous poumoi, une nécessité même indispen- vez me renvoyer, monsieur ; vous sable, de me faire honneur de mon pouvez, par un trait de reconnaibien ?

ssance si digne de vous, payer

à l'inAnt. Ah! monsieur, qu'il vous stant tout le zèle qui m'anime ; serait possible de vous faire ho- mais jamais vous ne pourrez me nneur de vos richesses d'une mani- faire trahir mon devoir, approuver ère différente! Et au fond, pensez

lâchement vos extravagances, m vous que ce soit bien vous honorer, encenser vos défauts. que de vous ruiner pour un tas de M. de Fer, Antoine, je respecte jeunes débauchés qui se moquent votre âge, je pardonne à votre zèle, de vous, et qui vous grugent im- mais--pitoyablement sans vous en avoir la Ant. (d'un ton pénétré, et s'aplus légère obligation?

pprochant affectueusement de M. de M. de Fer. Je m'embarrasse Ferval) Mon cher maître, rentrez fort peu de leur reconnaissance. en vous-même; vous avez une ame Crois-tu que ce soit pour eux que honnête, et faite pour le bien : estje sacrifie au plaisir quelque por-il possible que l'orgueil vous ation de ma fortune ? Non, mon veugle assez pour vous empêcher cher, désabuse-toi : ce sacrifice n’a de voir toute l'indignité et la baque moi pour objet, et j'en retire esesse---oui, la basesse du persoseul tout ce qu'il a de plus flatteur nnage que vous jouez? Avec de l'esen lui-même. Ils sont très-contens, prit et du bon sens, il vous rend la ces jeunes étourdis, de soutenir a dupe d'une troupe de jeunes inmes frais une noblesse indigente : sensés. Pensez à un père qui vous et moi, fils d'un simple négociant, aime; songez quel seroit son chaje suis très-satisfait, à ce prix, de grin s'il apprenait que vous menez marcher leur égal. J'ai le bonheur, une vie aussi méprisable. Ah ! je de jouir en leur compagnie d'une le connais, il en mourrait

. considération qu'on n'accorde qu’au M. de Fer. (vivemeul). Ah! sang le plus illustre. Ah! mon mon cher Antoine ! tu connais mon cher Antoine, un honneur aussi père ! où l'as-tu vu? y a-t-il longprécieux, peut-il trop chèrement se temps ? Pense-t-il-à sa famille? payer ? non, toute ma fortune

Anl. (froidement) Je l'ai vu à la Ant. (l'interrompant avec viva- Guadeloupe, où j'ai demeuré plus cité) Bon Dieu! quelle folie ! de quinze ans : il n'est occupé que quelles chimères ! Comment peu- de vous

(Julien sort.)

SCENE XI. et dernière. .
aller. A Julien. Dis-lui que je
suis sorti,

Art. Donnez-vous bien de garde M. de Ferval, Antoine.
de cela; ce sont peut-être des
nouvelles importantes

. Que sais- M. de Fer. (jetle un coup d'ail
je, moi? des nouvelles peut-être pour voir si Julien est parti: il em-
de votre père.

\brasse ensuite tendrement Antoine) M. de Fer. Vous avez raison, Ah! mon cher Antoine! mon allons. (Il sort avec Julier.) vrai, mon unique ami, je perds le

meilleur de tous les peres. Que SCENE IX.

dis-je? malleureux ! c'est moi qui

lui ai porté le poignaril dans le Ant. (seul. Il se promene à sein. (Il se renver se sur un fauteuil grands pas, et d'un air pensif, II dans l'attitude d'un homme désolé.) dit ceci par intervalles et très-lente Ant

. Remettez-vous, monsieur'; ment). Voilà le coup de partie- et pour vous consoler, allons, raJe vais voir un homme bien con-contez-moi la cause de vos chas sterné. Mais n'y a-t-il pas de la grins.

barbarie à le déchirer aussi impi- M. de Fer

. (lui serrant la main)
toyablement? car enfin, je suis sûr que je te les raconte ! j'expirerais
lé l'excellence de son cæur, de sa avant que d'avoir fini ce triste ré-
tendresse pour moi. Non-il ne cit. Ah! mon pauvre père! monstre
faut rien moins que des coups de que je suis! Adieu, mon cher An.
cette force pour le retirer de sontoine, adieu homme loyal et yrain
déréglement. Toutes ces folies ment respectable ; souvenez-vous

qu'il m'a débitées, sa raison égarte quelquefois d'un ami qui fut plus
les justifie, son amour propre lesimprudent que criminel.
caresse. Mais l'état cruel ou il saura Ant. Mais je ne vous quitte pas ;
que sa mauvaise conduite a reduit ou prétendez-vous aller ? quel est
in père qui l'aime si tendrement, votre dessein?

lui ouvrira les yeux-le rendra sans SCENE VIII.

doute à lui-même. J'entends du

bruit; le voici sûrement. (Il va M. de Ferval, Antoine, Julien. s'asseoir d'un air rêveur.)

Jul. M. Mondor, monsieur, vous

SCENE X. rlemande; il a quelque choce de pressé à vous dire.

M. de Ferval, Antoine, Julien. Ant. Est-ce à moi ?

Jul. A vous? parbleu nori. Je M. de Fer. ( entre d'un air somme suis expliqué, je pense ; j'ai bre. I parait plongé dans le chadit que

c'était à monsieur. grin le plus profond). Prépare M. de Fer. Sais-tu ce qu'il me nos chevaux, Júlien; dans un veut?

quart-d'heure je ne suis plus ici. Jul. Non, monsieur.

Ant. Peut-on vous demander où M. de Fer. Quel homme! il va, vous allez, monsieur ? je gage, m'assommer de nouveaux (Julien sort.) reproches ; j'ai envie de n'y point aller. A Julien. Dis-lui que je

SCENE

SCENE XI. el dernière. suis sorti.

Ant. Donnez-vous bien de garde M. de Ferval, Antoine. de cela; ce

sont peut-être des nouvelles importantes. Que sais- M. de Fer. (jetle un coup d'æil je, moi? des nouvelles peut-être pour voir si Julien est parti: il emde votre père.

brasse ensuile tendrement Antoine) M. de Fer. Vous avez raison, Ah! mon cher Antoine! mon allons. (Il sort avec Julien.) vrai, mon unique ami, je perds le

meilleur de tous les pères. Que SCENE IX. .

dis-je ? malheureux ! c'est moi qui

lui ai porté le poignard dans le Ant. (seul.

(seul. Il se promène à sein. (Il se renverse sur un fauteuil grands pas, et d'un air pensif. nl dans l'attitude d'un homme désolé.) dit ceci par intervalles et très-lente Ant. Remettez-vous, monsieur'; ment). Voilà le coup de partie et pour vous consoler, allons, raJe vais voir un homme bien con- contez-moi la cause de vos chasterné. Mais n'y a-t-il pas de la grins. barbaric à le déchirer aussi impi- M. de Fer. (lui serrant la main) toyablement? car enfin, je suis sûr Que je te les raconte ! j'expirerais de l'excellence cle son cœur, de sa avant que d'avoir fini ce triste rétendresse pour moi. Non—il ne cit. Ah ! mon pauvre père! monstre faut rien moins que des coups de que je suis ! Adieu, mon cher Ancette force pour le retirer de son toine, adieu homme loyal et vraidéréglement. Toutes ces folies ment respectable; souvenez-vous qu'il m'a débitées, sa raison égarée quelquefois d'un ami qui fut plus les justifie, son amour propre les imprudent que criminel. caresse. Mais l'état cruel où il saura Ant. Mais je ne vous quitte pas ; que sa mauvaise conduite a réduitsoù prétendez-vous aller ? quel est un père qui l'aime si tendrement, votre dessein?

dont je hais le père, et dont je me monde. N'y a-t-il donc point de suis bien promis de ne jamais faire remède à cela? et serai-je la plus

LE MUET,

CONTE DRAMATIQUE.

PERSONNAGES.

Mervain, père. Madame Mervain. Mervain, fils. Emilie. Le Docteur l'Aposeme. La Roge.

SCÈNE 1.

rons.

M. de Fer. Non, Antoine, vous de votre age, et peut-être la dureté ne me suivrez point. Abandonnez de votre oncle, ont été les seules à son mauvais sort un malheureux causes d'un dérangement qui, j'en en horreur au ciel et à la terre, qui suis sûr, vous est actuellement en a mérité la malédiction de son père, horreur. Ne pleurez plus un père qui lui a porté le coup de la mort, qui vit encore, et qui ne vit que Ah! quel pays, quel désert pourra pour vous aimer. cacher mes remords et mon igno M. de Fer. (se jetant aur pieds minie? (à Antoine qui veut par-de son père) Ah! vous êtes mon ler) Cessez de me presser ; tous père ! Comment ai-je pu vous méles malheurs sont à ma suite ; ma connaître ? Mais dans quel état ! fortune même s'est évanouie, à ---Ah! mon père, peine me reste-il le plus étroit né M. de Fer. père. Ne me reprocessaire.

chez pas, mon fils, d'avoir usé de Ant. Hé bien! monsieur, j'ai ce déguisement; il m'a si bien un petit bien fort honnête, suffisant servi à sonder votre cæur! Ah! pour nous mettre l'un et l'autre au- si le déréglement de votre conduite dessus du besoin, nous le partage- l'eût gâté, ce cæur que je retrouve

enfin digne de vous et de moi; de M. de Fer. Que ce trait-là est quel chagrin, mon fils, n'eussé-je admirable! mais il ne me surprend pas été accablé! non, jamais je n'y point. (Affectueusement) Oui, mon aurais survécu. N'en voulez pas digne ami, j'accepte vos offres : non plus à votre oncle d'avoir doque deviendrais-je sans vous ? J'ai nné les mains à mon projet. La perdu le meilleur des pères, vous lettre, le naufrage, le congé; tout m'en tiendrez lieu ; vous le rem-cela était concerté entre nous. placerez dans tous droits : Tout a réussi au gré de nos désirs. qu'il me sera doux de vous donner Retournons auprès de votre oncle ; ce titre!

vous, vous y trouverez une gæur Ant. Monsieur, vous oubliez ce qu'à ses vertus vous reconnaitrez

pour la vôtre; moi, dans les emM. de Fer. Je me souviens de brassemens d'enfans aussi bien vos vertus. Non, si mon malheu- nés, je coulerai des jours que reux père vivait, il ne penserait, il pourraient envier les plus heureux n'agirait pas autrement; je ne sen-mortels. Votre oncle sentira comtirais pas pour lui plus d'attache-bien la manière dure et impérieuse ment, plus de vénération.

avec laquelle il vous a traité est Ant. (se jetant au cou de M. de dangereuse, et capable de vicier les Ferval) Mon fils, mon cher fils, plus heureux caractères : il s'aembrassez-moi. Vos sentimens ré-ppliquera ce proverbe dont il ne pondent à mes espérances : je cherchera sans doute plus à conm'aperçois que la séduction des tredire la vérité: Plus fuit doumauvaises compagnies, l'étourderie ceur que violence."

ils muet! Je ne sais pas ce que je ne préférerais point à ce malheur; mais , monsieur

, votre sang-froid Miervdin, Madame Mervain.

sur cet article me met hors de moi

même. Vous traitez ceci comme un Mde. Mer. Voilà pourtant huit accident ordinaire ; il semble qu'on jours , monsieur.

vous dise que votre fils a la miMer. Je le sais. Oui, voila le graine: il est muet, monsieur--huitième jour.

muet-ce qu'on appelle moet, Mde. Mer. Huit grands jours Mer. Et vous voulez me rendre Senis parler.

sourd ? Mer. Cela vous parait monstru

ses

eux.

que je suis.

Mde. Mer. C'est votre cæur qui

l'est. Oui, vous êtes insensible au Mde. Mer. Et à vous, monsieur : plus grand, au plus affreux des Ner. Cela me parait d'une bi-malheurs. La douleur où l'a jeté zarrerie

, d'un entè tement inconce-votre défense de parler à Emilie, vable.

et surtout d'espérer jamais de l'é Mde. Mer. Un entètement ?---pouser, a fait, sans doute, une révo. Non, monsieur

, non ; c'est une ma-lution subite d'humeurs, qui aura ladie affreuse, suite du chagrin que frappé sa langue de paralysie

.
vous lui avez causé.

Voyez donc ce qu'il y a à faire là
Mer
. Un entétement

, vous dis-je, dessus. J'ai fait venir chaque jour
et d'autant plus singulier, qu'il ses meilleurs amis, mais il n'y en
vous ressemblait un pell, qu'il a pas un qui lui ait arraché un mot.

avait le défaut de trop parler, et Si ce n'était que pour vous qu'il se qu'il passait même pour indiscret,

tit, je n'en serais pas surprise : Et, en effet, c'est à son indiscretion votre dureté, votre avarice lui ont que jai dû la découverte de sa souvent fermé la bouche ; mais c'est passion pour Emilie, pour une fille pour moi-même, c'est pour tout le

ma belle-fille.

infortunée des mères ? Mde. Mer. Vous voilà bien avan. Mer. Si vous imaginez, ma cé! vous aurez un fils muet! Un femme, que ce soit une maladie,

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