Images de page
PDF
ePub

Rosc sort, et Mervain, pendant ce temps-, cherche des yeux dans la

SCENE VII.

. chambre, aperçoit une baguelle, et la met près de lui.

Mervain, père, La Rose. La Ro. (apportant l'habit bro) Ah! pour le coup, m'y voilà, Mer. père. Eh bien ! es-tu venu je crois.

à bout de le faire parler? Mervain fail signe qu'il a bien La Ro. Non, de par tous les fail celte fois de ne pres se tromper. diables ! il n'y a point de mauvais Il se fait mettre cet habil : La tour que je ne lui aie fait, et au lieu Rose fail mille gaucheries, et dit à de me tenir de ces discours cavapart:

liers qui lui étaient ordinaires, il a Quel diable d'homme! Com- pris en silence le bâton que vous ment! il ne me dira pas une in- voyez, et m'a roué de coups. jure, lui qui en a le recueil le plus Mer père. C'est qu'il n'est pas complet?

manchot, comme tu disais. Et Mervain fuit signe qu'il veut mon argent, lui en as-tu parlé ? écrire : nouvelles gaucheries affec-l. La Ro. Point de réponse, montées de la Rose, même silence de sieur: oh! il est muet comme tous la part du maitre qui écrit enfin. les muets du sérail.

La Ro. A-propos, monsieur, je Mer. père. Comment! est-ce viens de quilter monsieur votre que ma femme aurait raison? et père, qui est très-fâché du petit qu'une paralysie subite tombée sur tour que vous lui avez fait. Il sa langue ? comptait sur vos remerciemens : 25 La Ro. Oh oui ! monsieur ; c'est louis valaient bien un petit mot; cela, à coup sûr ; mais la paralysie on ferait un discours académique n'a point gagné le bras, je vous aà moins de cela.

Mervain fail signe à La Rose de Mer. père. Vois qui est-ce qui se taire.

frappe. "Il faut que je suis bien La Ro. Oh! monsieur, cela ne malheureux ! Je n'ai qu’un fils, et m'est pas si aisé qu'à vous. je ne pourrai me voir revivre dans

Autre signe de se taire. ses enfans ; car personne n'en vou

La Ro. Parbleu, si tout le monde dra en cet état-là. se tait ici comme vous, cela fera La Ro. Monsieur, c'est un de une maison fort gaie. Je ne veux vos voisins ; c'est M. L'Aposème pas cublier ce que je sais ; il faut qui vient, dit-il, de la part de maque je parle.

dame, Mervain fait signe à La Rose Mer. père. Faites entrer. de cacheler sa leltre. La Ro. (à parl) Ah! bon; nous

SCENE VIII. verrons s'il tiendra à celui-ci.

La Rose brûle la lettre en la ca- M. L'Aposème, M. Mervain, père, chetant. Mervain prend un bâton,

La Rose. le rosse, et s'en va.

La Ro. (criant) Peste soit du M. L'Apo. Monsieur, madame brutal! encore s'il avait assaisonné Mervain m'a fait l'honneur de pacela de quelques paroles ! mais sser chez moi pour me dire de vepoint.

Inir voir monsieur votre fils, qui est

ssure,

tout-à-coup devenu muet, à ce

SCÉNE X. qu'elle dit.

Mer. père. Ne vous a-t-elle pas Mervain, fils, et les mêmes. conté aussi ?-

L'Apo. Oui, monsieur, que c'é- L'Apo. Oh! qu'il a bien les tait l'effet d'un violent chagrin.

yeux d'un múet! Mer. père. Eh! croyez-vous cela Mer. père. Comment, est-ce que possible?

vous voyez cela dans les yeux ! L'Apo. Comment, possible? Et L'Apo. Une fonction interromn'avez vous pas oui dire cent fois pue altère toutes les autres : ne que les grandes passions sont mu-vous ai-je pas dit que la première ettes ?

inspection--Mer. père. Oui, pour un mo

La Ro. Oh oui ! c'est vrai au ment; mais huit jours, monsieur. moins ; il ne regarde pas comme

L'Apo. Il faut voir le sujet, mon- un autre: ce que c'est que la mésieur; il faut le voir. A la seule decine, pour ouvrir l'esprit ! Je inspection, je vais vous dire ce qui n'avais rien vu de cela. en est.

Mer père. Mon fils, voilà un haMer. père. La Rose, fais venir bile homme qui vient examiner mon fils.

votre état, et y apporter du reLa Ro. Oui, monsieur. (Il sort.) mède.

Mervain fail signe que le docteur SCENE IX.

n'y fera rien.

L'Apo. Tout beau ! tout beau ! M. Mervain, père, M. L'Aposème. jeune homme, est-ce que vous êtes

aussi un peu incrédule en médeMer. père. Et supposé qu'il soit cine? muet, la médecine a-t-elle des se- Mervain fait signe que oui. crets?

L'Apo. Tant pis, monsieur, tant L'Apo. (vivement) Si elle en pis; l'on vous guérira aussi de a? Voilà un doute bien singulier ! cette maladie-là. Voyons le bras. Est-il un mal, un dérangement Eh! donnez donc, et ne faites

pas physique quelconque, devant le- l'enfant. (N tâle le pouls.) La quel la médecine s'arrête ? pulsation du mutisme --oui, le vrai

Mer. père. Je sais que c'est l'o- pouls d'un muet. pinion de vos confrères, mais--- Mer. père. Comment! le pouls--

L'Apo. Monsieur, les plaisante L'Apo. Tout s'y peint, tout s'y ries sur mon art sont un peu usées, mesure, pour qui sait y voir et y Dieu merci, et la confiance que entendre: vous n'avez donc nous avons droit d'exiger, ne se ma thèse sur le pouls ? Il n'y a pas ridiculise plus en plein théâtre ; un docteur Indien qui en sache prenez-y garde.

plus long que moi là-dessus ; mais Mer. père. Tout comme il vous il faut que je considère un peu la plaira, pourvu que vous fassiez langue du malade. parler mon fils.

Mervain, fils, refuse. L'Apo.

Si je le ferai parler ! L'Apo. Il le faut, jeune homme oli ! je vous en réponds, quand il il le faut. n aurait parlé de sa vie.

Mer. pere. Ah! mon fils, je t'en Mer, père. Le voici.

conjure.

pas vu

L'Apo. Eh non ! mon voisin ; il revoie. Votre fils est muet, et n'y a qu'à le faire attacher. c'est à moi de le guérir.

Mervain, fils, veut fuir; le docteur le retient.

SCENE XI. Doucement, s'il vous plaît. Oh! vous me montrerez la langue, ou Mervain, père, La Rose. vous direz pourquoi.

La Ro. S'il est muet, comment La Ro. Le docteur s'en va mė. voulez-vous qu'il vous le dise? content; car vous avez oublié la

L'Apo. (à la Rose) Vous avez petite cérémonie de le payer. raison, mon ami. Ce valet a de la

Mer. père. Ah! tu as raison justesse.

mais il reviendra. Voilà mon fils La Ro. Monsieur, vous êtes bien décidément muet: cependant, quej bon.

suis malheureux ! Il fallait qu'il L'Apo. Allons, beau muet, ne aimât prodigieusement cette Emi. vous faites point tirailler, et faites lie que je lui ai défendu de voir ! les choses de bonne amitié.

La Ro. Voici madanie. Ro. Pardi, je tirerais fort bien la langue à M. le docteur.

SCÈNE XII. Mervain, fils, rit, et montre sa langue,

Madame Mcrvain, les précédens. L'Apo. Belle et brillante pour des yeux ignorans; mais infla- Mde. Mir. Je viens de renconmmatoire, engorgée pour les micns trer le docteur. Eh bien !

que -- voilà qui est clair-et j'ai juste-vous avais-je dit? Mervain, est ment ici sur moi une lancette pro-muet incontestablement. pre à faire une petite incision dans Mer. père. Je le sais bien : j'en cette langue paresseuse.

suis désespéré ; car, nous ne pouMervain s'échappe et s'enfuit. rrons plus le marier.

La Ro. Oh! notre jeune mai- Mde. Mer. Ce serait le comble tre n'aime pas la saignée; je le sa- de l'infortune, si je ne m'étais pas vais bien.

conduite comme je l'ai fait. J'ai L'Apo. Monsieur, monsieur, été voir cette Emilie que vous revoilà une conduite bien légère: fusiez à mon fils. Grâces, esprit, c'est une rebellion en forme à la beauté, talens, ç'est un prodige, et médecine: on n'en agit pas ainsi je serais étonnée que Mervain ne avec un homme tel que moi. Que l'eût pas adorée après l'avoir codiable, je vous dis de faire attacher nnue. J'ai fait plus : j'ai voulu voir cet homme-là, et vous n'en faites son père ; vous le croyez de vos rien, et vous m'exposez à cet a-ennemis, il n'en est rien ; vous en ffront.

avez cru de mauvaises langues, à Mer. père. Monsieur, on lui fera ce qu'il m'a dit, et je l'ai trouvé entendre raison.

tout disposé à faire tout pour vous. L'Apo. La paralysie a attaqué Mer. père. Comment il désaune partie du cerveau, aussi bien voue--que la langue. Adieu, monsieur, Mde. Mer. Tout. Laissez-moi disposez votre malade, et le rendez achever. Je suis revenue à sa fille, plus docile, si vous voulez que je le je lui ai conté notre infortune, ella

Bonne.

y a été sensible ; et, si vous le vou- L'agitation de Mervain, fils, est lez, elle épouse votre fils. encore plus grande.

La Ro. Quoi! tel qu'il est ? Oui, d'Emilie- que je ne comalgré toutes les paralysies possi- nnaissais point, mais que je trouve bles ? Voilà une bien honnête per- charmante comme vous.

Mervain, fils, prend les mains Mde. Mer. Décidez vous, mon de son père et les baise. mari. Et que savez-vous, si, en lui · Demandez-la moi en mariage, accordant ce que vous lui aviez dé-et je vous la donne. fendu d'espérer, vous ne lui cause- Mervain, fils, ouvre dix fois la rez pas une révolution contraire à bouche, la referme aussi-tôl, et fait celle qui lui a ôté la parole. signe à son père qu'il ne peut la

Mer. père. Oui, vous avez rai. lui demander. son ; cela est très-possible. Je vous

Il faut donc y renoncer; car, avoue de tout, ma femme ; mais où assurément une fille comme elle ne avez-vous laissé Emilie ?

s'associera

pas à un muet. Mde. Mer. Elle est ici dans la Mervain se jette aux pieds de chambre voisine.

son père. Mer. père. Tant mieux ; m'y

Pauvre malheureux! ah! mon voilà résolu; allons, je sacrifie caur se déchire. C'en est fait, je mon petit ressentiment au bonheur n'ai plus d'espérance. Venez, ma de mon fils, au vôtre, au mien ; je femme, venez: dans notre malheur consens à tout.

La Rose, allez nous sommes trop heureux qu’Efaire descendre mon fils: dites-lui milie se condamne à le partager. qu'il n'est pas question de médecin. (La Rose sort.). Pour vous,

SCENE XIV. ma femme, laissez-moi un moment essayer si la bonne nouvelle que je Les mêmes, Emilie, Madame Mer. vais lui donner fera quelque effet.

vain. Mde. Mer. Vous ne voulez pas que j'en sois témoin?

Mer. père. Rien ne peut réparer. Mer. père. Je vous appellerai sa perte, ( A Emilie) puisque l'oavec Emilie quand il sera temps. ffre que je lui ai faite de vous aLe voici, rentrez vite.

ccorder à sa demande, n'a pu lui arracher un seul mot.

Etonnement de Mervain, fils, en

voyant Emilie ; il tombe aux pieds Mervain, père, Mervain, fils. de sa mère.

Mde. Mer. Triste infortuné ! tu Mer. père. Rassurez-vous, mon vas du moins jouir de l'objet de tes fils, il n'est pas question du doc-vaux ; oui, mon fils, Emilie conteur L'Aposème, ni d'incision! au sent à s'unir avec toi. Que ne lui contraire, je vais vous apprendre devras-tu point ainsi que nous ? une bonne nouvelle ; ah ! cela vous Em. Ah madame ! si vous saviez émeut. Eh bien ! vous ne devinez ce que cet hymen a de charmes

pour moi! (A Mervain, père) Mais, Mervain, fils, fait signe que non. monsieur, c'est de votre main que Il est pourtant question d’Emilie. je veux tenir celle de votre fils.

SCÈNE XIII.

pas ?

Mer. père. Volontiers, belle

Mer. père.

Ma fille ! un peu Emilie. (Il mel la main de son fils trop d'art peut-êtredans celle d'Emilie.) Soyez heu- Em. Vous vous trompez, monreuse, et comptez sur le père le plus sieur; ce n'est point ce dénouetendre et le plus reconnaissant. ment heureux que j'avais envisagé,

Em. Mon bonheur est sûr, et en exigeant de votre fils qu'il ne le vôtre aussi, monsieur, et le vôtre, parlât que lorsqu'il en recevrait mère charmante d'un fils à qui je l'ordre de moi. Je voulais éprouvais ordonner de sécher vos larmes. ver son amour, et surtout m'assuOui, Mervain, oui, je suis satis-rer qu'il savait se taire, et dompter faite, oui, vous méritez mon cælir: un penchant que je lui soupçonnais oui, vous savez aimer- pariez. à l'indiscrétion. Le succès a passé

Mer. fils (avec transport) Ah! mon attentemon père ! oh! mère adorable ! Mer. fils. Il a comblé la mienne, oh! divine Emilie: vous le savez, Emilie: je suis à vous, et j'y suis si sais me soumettre, et vous pour la vie ; je n'ai point trop obéir.

acheté le plus grand des bonheurs. La Ro. Miracle !

Mais laissez-moi parler désormais, Mde. Mer. Oh! mon fils ! oh pour vous dire sans cesse combien moment délicieux ! Je respire à je vous adore. peine.

SCÈNES CHOISICS, TIRÉES DE MOLIÈRE,

11
ET D'AUTRES AUTEURS CELEBRES,

Scène de l'Amour Médecin.

Nos conseils sont souvent plus conformes à nos intérêts qu'à ceux des

personnes qui nous les demandent. Sganarelle, richebourgeois, A- n'étais pas fort satisfait de sa conminte, Lucrèce, M. Guillaume, duite, et nous avions le plus souM. Josse.

vent dispute ensemble. Mais enfin

|la mort rajuste toutes choses Elle Sga. Ah! l'étrange chose que est morte, je la pleure Si elle la vie! et que je puis bien dire était en vie, nous nous querelleriavec ce grand philosophe de l'an-ons. De tous les enfans que le tiquité que “ qui terre a, guerre ciel m'avait donnés, il ne m'a laissé a," et qu’un malheur ne vient qu'une fille, et cette fille est toute jamais sans l'autre ! Je n'avais ma peine : car enfin je la vois dans qu'une femme qui est morte. une mélancolie la plus sombre du

M. Gui. Et combien donc en monde, dans une tristesse épouvouliez-vous avoir ?

vantable, dont il n'y a pas moyen Sga. Elle est morte, monsieur de la retirer, et dont je ne saurais Guillaume. Mon ami, cette perte même apprendre la cause.

Pour m'est très-sensible, et je ne puis moi j'en perds l'esprit, et j'aurais m'en ressouvenir sans pleurer. Jelbesoin d'un bon conseil sur cette

« PrécédentContinuer »