Images de page
PDF
ePub

fils, il n'est pas question du doc-vaux ; oui, mon fils, Emilie con contraire, je vais vous apprendre devras-tu point ainsi que nous ? une bonne nouvelle; ah ! cela vous Em. Ah madame! si vous eaviez émeut. Eh bien! vous ne devinez ce que cet hymen a de charmes

Il est pourtant question d'Emilie, je veux tenir celle de votre fils.

y a été sensible; et, si vous le vou- L'agitation de Mervain, fils, est lez, elle épouse votre fils. encore plus grande.

La Ró. Quoi! tel qu'il est ? Oui, d'Emilie- que je ne con malgré toutes les paralysies possi- nnaissais point, mais que je trouve bles ? Voilà une bien honnête per- charmante comme vous.

Mervain, fils, prend les mains Mde. Mer. Décidez vous, mon de son père et les baise. mari

. Et que savez-vous, si, en lui Demandez-la moi en mariage, accordant ce que vous lui aviez dé-et je vous la donne. fendu d'espérer

, vous ne lai cause Mervain, fils, ouvre dix fois la rez pas une révolution contraire à bouche

, la referme aussi-tól, et fait celle qui lui a ôté la parole. signe à son père qu'il ne peu: la

Mer. père. Oui, vous avez rai-lui demander, son ; cela est très-possible

. Je vous Il faut donc y renoncer; car, avoue de tout, ma femme ; mais ou assurément une fille comme elle ne avez-vous laissé Emilie?

L'Apo. Eh non! mon voisin ; il revoie. Votre fils est muet, et n'y a qu'à le faire attacher. c'est à moi de le guérir. Mervain, fils, veut fuir; le doc

SCENE XI. teur le retient.

Doucement, s'il vous plait. Oh! vous me montrerez la langue, ou Mervain, père, La Rose. vous direz pourquoi.

La Ro. S'il est muet, comment La Ro. Le docteur s'en va mé. voulez-vous qu'il vous le dise? content; car vous avez oublié la

L'Apo. (à la Rose) Vous avez petite cérémonie de le payer. raison, mon ami. Ce valet a de la Mer. père. Ah! tu as raison : justesse.

mais il reviendra. Voilà mon fils La Ro. Monsieur, vous êtes bien décidément muet : cependant, quej bon.

suis malheureux ! Il fallait qu'il L'Apo. Allons, beau muet, ne aimât prodigieusement cette Emi vous faites point tirailler, et faites lie que je lui ai défendu de voir ! les choses de bonne amitié.

La Ro. Voici madame. La Ro. Pardi, je tirerais fort bien la langue à M. le docteur.

SCÈNE XII. Mervain, fils, rit, et montre sa langue,

Madame Mcrvain, les précédens. L'Apo. Belle et brillante pour des yeux ignorans ; mais infla Mde. Mir. Je viens de renconmmatoire, engorgée pour les miens trer le docteur. Eh bien! que -- voilà qui est clair - et j'ai juste-vous avais-je dit? Mervain, est ment ici sur moi une lancette pro-muet incontestablement. pre à faire une petite incision dans

Mer. père. Je le sais bien : j'en cette langue paresseuse.

suis désespéré ; car, nous ne pouMervain s'échappe et s'enfuit. rrons plus le marier.

La Ro. Oh! notre jeune mai Mde. Mer. Ce serait le comble tre n'aime

pas la saignée; je le sa- de l'infortune, si je ne m'étais pas vais bien.

conduite comme je l'ai fait. J'ai L'Apo. Monsieur, monsieur, été voir cette Emilie que vous revoilà une conduite bien légère: fusiez à mon fils. Grâces, esprit, c'est une rebellion en forme à la beauté, talens, c'est un prodige, et médecine: on n'en agit pas ainsi je serais étonnée que Mervain ne avec un homme tel que moi. Que l'eût pas adorée après l'avoir codiable, je vous dis de faire attacher nnue. J'ai fait plus : j'ai voulu voir cet homme-là, et vous n'en faites son père; vous le croyez de vos rien, et vous m'exposez à cet a- ennemis, il n'en est rien ; vous en ffront.

avez cru de mauvaises langues

, à Mer. père. Monsieur, on lui fera ce qu'il m'a dit, et je l'ai trouve entendre raison.

tout disposé à faire tout pour vous. L'.4po. La paralysie a attaqué Mer. père. Comment il désaune partie du cerveau, aussi bien que la langue. Adieu, monsieur, Mde. Mer. Tout. Laissez-moi disposez votre malade, et le rendez achever. Je suis revenue à sa fiile, plus docile, si vous voulez que je le je lui ai conté notre infortune, elle

[graphic]

s'associera pas à un muet.
Mde. Mer. Elle est ici dans la Mervain se jette aux pieds de
chambre voisine.

son père.
Mer, père. Tant mieux ; m’y Pauvre malheureux ! ah! mon
voilà résolu; allons, je sacrifie_ccur se déchire

. C'en est fait

, je mon petit ressentiment au bonheur n'ai plus d'espérance. Venez, ma de mon fils

, au vòtre, au mien ; je femme, venez : dans notre malheur consens à tout

. La Rose, allez nous sommes trop heureux qu'E.
faire descendre mon fils: dites-lui milie se condamne à le partager.
qu'il n'est pas question de méde-
cin. (La Rose sort.) Pour vous,
ma femme, laissez-moi un moment
essayer si la bonne nouvelle que je Les mêmes, Emilie

, Madame Mera
vais lui donner fera quelque effet.
Mde. Mer. Vous ne voulez pas

vain.
que j'en sois témoin?

Mer, père. Rien ne peut réparer. Mer. père. Je vous appellerai sa perte, (4 Emilie) puisque l'on avec Emilie quand il sera temps. ffre que je lui ai fáite de vous a.

ccorder à sa demande, n'a pu lui

arracher un seul mot.
SCÈNE XIII. Etonnement de Mervain, fils, en

voyant Emilie ; il tombe aux pieds
Mervain, père, Mervain, fils de sa mère.

Mde. Mer. Triste infortuné! tu Mer, père. Rassurez-vous, mon vas du moins jouir de l'objet de tes teur L'Aposeme, ni d'incision : au sent à s'unir avec toi

. Que ne lui

voue--

pour moi! (A Mervain, père) Mais, Mervain, fils, fait signe que non, monsieur, c'est de votre main

que

Bonne.

y a été sensible ; et, si vous le vou- L'agitation de Mervain, fils, est lez, elle épouse votre fils.

encore plus grande. La Ro. Quoi! tel qu'il est ? Oui, d’Emilie-que je ne comalgré toutes les paralysies possi- nnaissais point, mais que je trouve bles? Voilà une bien honnête per- charmante comme vous.

Mervain, fils, prend les mains Mde. Mer. Décidez vous, mon de son père et les baise. mari. Et que savez-vous, si, en lui Demandez-la moi en mariage, accorılant ce que vous lui aviez dé- et je vous la donne. fenolu d'espérer, vous ne lui cause Mervain, fils, ouvre dix fois la rez pas une révolution contraire à bouche, la referme aussi-tól, et fait celle qui lui a ôté la parole. signe à son père qu'il ne peut la

Mer. père. Oui, vous avez rai. lui demander. son; cela est très-possible. Je vous Il faut donc y renoncer; car, avoue de tout, ma femme ; mais où assurément une fille comme elle ne avez-vous laissé Emilie ?

s'associera

pas

à un muet. Mde. Mer. Elle est ici dans la Mervain se jette arux pieds de chambre voisine.

son père. Mer. père. Tant mieux; m'y Pauvre malheureux! ah! mon voilà résolu; allons, je sacrifie caur se déchire. C'en est fait, je mon petit ressentiment au bonheur n'ai plus d'espérance. Venez, ma de mon fils, au vôtre, au mien ; je femme, venez: dans notre malheur consens à tout. La Rose, allez nous sommes trop heureux qu’Efaire descendre mon fils: dites-lui milie se condamne à le partager. qu'il n'est pas question de médecin. (La Rose sort.) Pour vous,

SCÈNE

SCENE XIV. ma femme, laissez-moi un moment essayer si la bonne nouvelle que je Les mêmes, Emilie, Madame Mervais lui donner fera quelque effet.

vain. Mde. Mer. Vous ne voulez pas que j'en sois témoin?

Mer. père. Rien ne peut réparer. Mer. père. Je vous appellerai sa perte, ( A Emilie) puisque l'oavec Emilie quand il sera temps. ffre que je lui ai faite de vous aLe voici, rentrez vite.

ccorder à sa demande, n'a pu lui

arracher un seul mot. SCÈNE XIII.

Etonnement de Mervain, fils, en

voyant Emilie ; il tombe aux pieds Mervain, père, Mervain, fils. de sa mère.

Mde. Mer. Triste infortuné! tu Mer. père. Rassurez-vous, mon vas du moins jouir de l'objet de tes fils, il n'est pas question du doc-vaux ; oui, mon fils, Emilie conteur L'Aposème, ni d'incision: au sent à s'unir avec toi. Que ne lui contraire, je vais vous apprendre devras-tu point ainsi que nous ? une bonne nouvelle ; ah! cela vous Em. Ah madame! si vous saviez émeut. Eh bien! vous ne devinez ce que cet hymen a de charmes

pour moi! (A Mervain, père) Mais, Mervain, fils, fait signe que non. monsieur, c'est de votre main que Il est pourtant question d'Emilie. je veux tenir celle de votre fils.

pas ?

mirables, assurément: mais je les nimo; et si l'on vient m'en den

que vous me conseillez fort bien ti, et que je ne dois revenir de

d'avoir quelque tenture qui vous Gér. (ayant entendu les dernia

seriez pas fachée de la voir femme je vous trouve d-propos ; et j'allain
d'un autre. Et quant à vous, ma chez vous vous chercher,

Mer. père. Volontiers, belle Mer. père. Ma fille! un peu Emilie. (Il mel la main de son fils trop d'art peut-êtredans celle d'Emilie.) Soyez heu Em. Vous vous trompez, mone reuse, et comptez sur le père le plus sieur; ce n'est point ce dénouetendre et le plus reconnaissant. ment heureux que j'avais envisagé

, Em. Mon bonheur est sûr, et en exigeant de votre fils qu'il ne le vôtre aussi, monsieur, et le vôtre, parlat que lorsqu'il en recevrait mère charmante d'un fils à qui je l'ordre de moi. Je voulais éprolivais ordonner de sécher vos larmes. ver son amour, et surtout m'assuOui, Mervain, oui, je suis satis-rer qu'.) savait se taire, et dompter faite, oui, vous méritez mon cæ!ır : un penchant que je lui soupçonnais oui, vous savez aimer- pariez. à l'indiscrétion. Le succès a passé

Mer. fils (avec transport) Ah ! mon attentemon père ! oh! mère adorable ! Mer. fils. Il a comblé la mienne, oh! divine Emilie: vous le savez, Emilie: je suis à vous, et j'y suis si je sais me soumettre, et vous pour la vie; je n'ai point trop obéir.

acheté le plus grand des bonheurs La Ro. Miracle !

Mais laissez-moi parler désormais

, Mde. Mer. Oh! mon fils ! oh pour vous dire sans cesse combien moment délicieux ! Je respire à je vous adore. peine.

matière

. (A Lucrèce) Vous êtes chère nièce, ce n'est pas mon de manièce, (à Aminte) vous, ma voi-ssein, comme on sait, de marier ma sine, (a M. Guillaume et d M. Josse) fille avec qui que ce soit

, et j'ai et vous, mes compères et mes amis ; mes raisons pour cela; mais le je vous prie de me conseiller tout conseil que vous me donnez de la ce que je dois faire.

faire religieuse est d'une femme M. JO. Pour moi, je tiens que qui pourrait bien souhaiter charila braverie, que l'ajustement est la tablement d'être mon héritière unichose qui réjouit le plus les filles ; verselle. Ainsi, messieurs et mes. et, si j'étais que de vous, je lui dames

, quoique tous vos conseils

acheterais dès aujourd'hui une belle soient les meilleurs du monde, garniture de diamans, ou de rubis, vous trouverez bon, s'il vous plait

, ou d'éméraudes.

que je n'en suive aucun. (Seul.)
M. Gui. Et moi, si j'étais à Voilà de mes donneurs de conseils
notre place, j'acheterais une belle à la mode.
tenture de tapisserie de verdure,

MOLIERE,
ou à personnages, que je ferais
mettre dans sa chambre, pour lui
réjouir l'esprit et la vue.

Am. Pour moi, je ne ferais pas
tant de façons ; je la marierais fort

[ocr errors]

SCENES CHOISIES, TIRÉES DE MOLIÈRE,

Scènes du Mariage Forcé. bien, et le plutôt que je pourrais. Les hommes sont quelquefois la avec cette personne qui vous la fit, dupe des conseils qu'ils de dit-on, demander, il y a quelque mandent

, parce qu'ils n'en veulent temps.

que de conformes à leurs

propres Li. Et moi, je tiens que votre sentimens, fille n'est point du tout propre pour le mariage. Le monde n'est point Sga. (parlant à ceux qui sont du tout son fait; et je vous con- dans sa maison.) Je suis de retour seille de la mettre dans un cou-dans un moment

. Que l'on ait

ET D'AUTRES AUTEURS CELEBRES.

[graphic]

Scène de l'Amour Médecin.

Nos conseils sont souvent plus conformes à nos intérêts qu'à ceux des

personnes qui nous les demandent.

humeur,

Sganarelle, riche bourgeois, A-n'étais pas fort satisfait de sa conminte, Lucrèce, M. Guillaume, duite, et nous avions le plus souM. Josse.

vent dispute ensemble. Mais enfin

|la mort rajuste toutes chos es Elle Sga. Ah! l'étrange chose que est morte, je la pleure si elle la vie! et que je puis bien dire était en vie, nous nous querelleria avec ce grand philosophe de l'an-ons. De tous les enfans que le tiquité que qui terre a, guerre ciel m'avait donnés, il ne m'a laissé a," et qu’un malheur ne vient qu'une fille, et cette fille est toute jamais sans l'autre ! Je n'avais ma peine : car enfin je la vois dans qu'une femme qui est morte. une mélancolie la plus sombre du

M. Gui. Et combien donc en monde, dans une tristesse épou. vouliez-vous avoir ?

vantable, dont il n'y a pas moyen Sga. Elle est morte, monsieur de la retirer, et dont je ne saurais Guillaume. Mon ami, cette perte même apprendre la cause

. Pour m'est très-sensible, et je ne puis moi j'en perds l'esprit, et j'aurais m'en ressouvenir sans pleurer. Jelbesoin d'un bon conseil sur cette

vent, où elle trouvera des diver- bien soin du logis, et que tout aille tissemens qui seront mieux de son comme il faut. Si l'on m'apporte

de l'argent, que l'on me vienne Sgn. Tous ces conseils sont ad- quérir vite chez le seigneur Gérotrouve un peu intéressés, et trouve

mander, qu'on dise que je suis sorpour vous. Vous êtes orfèvre, toute la journée. monsieur Josse, et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise. Vous verdez des tapisseries, monsieur Guillaume, et vous avez la mine

Scène suivante.

incommode. Celui

que vous aimez, ères parales de Sganarelle.) Voilà ma voisine a, dit-on, quelque in-un ordre fort prudent clination pour ma fille ; et vous ne Sga. Ah! seigneur Géronimo,

Sganarelle, Geronimo

Vol.I. Le Lecteur Français.

MOLIERE.

matière. (A Lucrèce) Vous êtes chère nièce, ce n'est pas mon des ma pièce, (à Aminte) vous, ma voi-ssein, comme on sait, de marier ma sine, (a M. Guillaume et d M. Josse) fille avec qui que ce soit, et j'ai et vous, mes compères et mes amis; mes raisons pour cela; mais le je vous prie de me conseiller tout conseil que vous me donnez de la ce que je dois faire.

faire religieuse est d'une femme M. Jo. 'Pour moi, je tiens que qui pourrait bien souhaiter charila braverie, que l'ajustement est la tablement d'être mon héritière unichose qui réjouit le plus les filles ; verselle. Ainsi, messieurs et meset, si j'étais que de vous, je lui dames, quoique tous vos conseils acheterais dès aujourd'hui une belle soient les meilleurs du monde, garniture de diamans, ou de rubis, vous trouverez bon, s'il vous plait, ou d'éméraudes.

que je n'en suive aucun. (Seul. M. Gui. Et moi, si j'étais à Voilà de mes donneurs de conseils votre 'place, j'acheterais une belle à la mode. tenture de tapisserie de verdure, ou à personnages, que je ferais mettre dans sa chambre, pour lni

1 réjouir l'esprit et la vue.

Am. Pour moi, je ne ferais pas Scènes du Mariage Forcé. tant de façons ; je la maricrais fort bien, et le plutôt que je pourrais, Les hommes sont quelquefois la avec cette personne qui vous la fit, cupe des conseils qu'ils de dit-on, demander, il y a quelque mandent, parce qu'ils n'en veulent temps.

que de conformes à leurs propres Li. Et moi, je tiens que votre sentimens. fille n'est point du tout propre pour le mariage. Le monde n'est point. Sga. (parlant à ceux qui sont du tout son fait ; et je vous con- dans sa maison.) Je suis de retour seille de la mettre dans un cou-dans un moment. Que l'on ait vent, où elle trouvera des diver- bien soin du logis, et que tout aille tissemens qui seront mieux de son comme il faut. Si l'on m'apporte humeur.

de l'argent, que l'on me vienne Sga. Tous ces conseils sont ad-quérir vite chez le seigneur Géromirables, assurément: mais je les nimo; et si l'on vient m'en detrouve un peu intéressés, et trouve mander, qu'on dise que je suis sorque vous me conseillez fort bien ti, et que je ne dois revenir de pour vous,

Vous êtes orfèvre, toute la journée. monsieur Josse, et votre conseil sent son homme qui a envie de se

Scène suivante. défaire de sa marchandise. Vous vendez des tapisseries, monsieur Sganarelle, Géronimo. Guillaume, et vous avez la mine d'avoir quelque tenture qui vous Gér. (ayant entendu les dernia incommode. Celui que vous aimez, ères paroles de Sganarelle.) Voilà ma voisine a, dit-on, quelque in- un ordre fort prudent clination pour ma fille ; et vous ne Sga. Ah! seigneur Géronimo, seriez pas

fachée de la voir femme je vous trouve à-propos ; et j'allais d'un autre. Et quant à vous, ma chez vous vous chercher.

Vol. I. Le Lecteur Français.

Sga. Je quitterais le dessein que vous marier le plus vite que vous

Vai-je pas tous les mouvemens del Gér. Hé! quelle est la personne,

que le

de la faire ; mais les gens de votre tre ses dents.) Ne fais-je pas vi-
age n'y doivent point penser du goureusement mes quatre repas
tout ; et si l'on dit que la plus par jour? Et peut-on voir un es.
grande de toutes les folies est celle tomac qui ait plus de force
de se marier, je ne vois rien de mien? (Il tousse.) Hem, hem,
plus mal-d-propos que de la faire, hem! Hé, qu'en dites-vous ?
cette folie, dans la saison où nous Gér. Vous avez raison. Je m'é
devons être plus sages. Enfin, tais trompé. Vous ferez bien de
je vous en dis nettement ma pen-vous marier

.
sée : je ne vous conseille point de Sga. J'y ai répugné autrefois ;
songer au mariage, et je vous trou- mais j'ai maintenant de puissantes

Gér. Vous l'avez demandée ? plus agréables du monde! Tenez,

Sga. Oui, c'est un mariage que il me semble deja que jy suis, et
je dois conclure ce soir, et j'ai do que j'en vois une demi-douzaine
les choses. Y a-t-il homme de Sga. Vraiment, je suis ravi que
rrosse ou de chaise pour cheminer? Sga. Dorimène.

Na je pas encore toutes mes dents Gér. Cette jeune Dorimene si 66

LE LECTEUR FRANÇAIS.
Gér. Et pour quel sujet, s'il Gér. Oui.
vous plaît ?

Sga. Ma foi, je ne sais ; mais
Sga. Pour vous communiquer je me porte bien.
une affaire que j'ai en tête, et vous Gér. Quoi ! vous ne savez pas à-
prier de m'en dire votre avis. peu-près votre age?

Gér. Très-volontiers. Je suis Sga. Non; est-ce qu'on songe 3
bien aise de cette rencontré ; et cela ?
nous pouvons parler ici en toute Gér. Hé! dites-moi un peu, s'il
liberté.

vous plaît, combien aviez-vous d'a-
Sga. Mettez donc dessus, s'il nnées, lorsque nous fimes connai-
vous plaît. Il s'agit d'une chose ssance ?
de conséquence que l'on m'a pro Sga. Ma foi, je n'avais que vingt
posée; et il est bon de ne rien ans alors.
faire sans le conseil de ses amis. Gér. Combien fümes-nous en-

Gér. Je vous suis obligé de m'a- semble à Rome?
voir choisi pour cela. Vous n'avez Sga. Huit ans.
qu'à me dire ce que c'est.

Gér. Quel temps avez-vous doo
Sga. Mais, auparavant, je vous meuré en Angleterre ?
conjure de ne me point flatter du Sga. Sept ans.
tout, et de me dire nettement votre Gér. Et en Hollande, où vous
pensée.

fûtes ensuite ?
Gér. Je le ferai, puisque vous le Sga. Cinq ans et demi.
voulez.

Gér. Combien y a-t-il que vous
Sga. Je ne vois rien de plus con- étes revenu ici?
damnable qu’un ami qui ne nous Sga. Je revins en cinquante-
parle point franchement,

deux.
Gér. Vous avez raison.

Gér. De cinquante-deux à sciSga. Et dans ce siècle on trouve xante-quatre il y a douze ans, ce peu d'amis sincères.

me semble; cinq ans en Hollande Gér. Cela est vrai.

font dix-sept ; sept ans en AngleSga. Promettez-moi donc, sei-terre font vingt-quatre; huit dans gneur Géronimo, de me parler avec notre séjour à Rome font trentetoute sorte de franchise.

deux; et vingt que vous aviez Gér. Je vous le promets. lorsque nous nous connûmes, cela Sga. Jurez-en votre foi. fait justement cinquante-deux: s

Gér, Oui, foi d'ami. Dites-moi bien seigneur Sganarelle, que, sur seulement votre affaire.

votre propre confession, vous êtes Sga. C'est que je veux savoir de environ à votre cinquante-deuxivous si je ferai bien de me marier. ème ou cinquante-troisième année

.
Gér. Qui? vous ?

Sga. Quí? moi? cela ne se peut
Sga. Oui, moi-même, en propre pas.
personne. Quel est votre avis la Gér. Mon Dieu ! le calcul est
dessus ?

juste ; et là-dessus je vous dira
Gér. Je vous prie auparavant de franchement ,et en ami, comme
me dire une chose.

vous m'avez fait promettre de vous Sga. Et quoi ?

parler, que le mariage n'est guère Gér. Quel âge pouvez-vous bien votre fait. C'est une chose à laavoir maintenant?

quelle il faut que les jeunes gens Sga. Moi ?

pensent bien mûrement avant que

[graphic]

verais le plus ridicule du monde, raisons pour cela

. Outre la joie
si
, ayant été libre jusqu'à cette que j'aurai de posséder une belle
heure, vous alliez vous charger femme qui me dorlotera, et me via
maintenant de la plus pesante des endra frotter lorsque je serai las ;
chaînes.

outre cette joie, dis-je, je considère,
Sga. Et moi, je vous dis que je qu'en demeurant comme je suis,
suis résolu de me marier, et que je je laisse périr dans le monde la
ne serai point ridicule en épousant race des Sganarelles

, et, qu'en me
la fille que je recherche.
Ger. Ah ! c'est une autre chose. en d'autres moi-mêmes

. Que
Vous ne m'aviez pas dit cela,

mariant, je pourrai me voir revivre

j'aurai de plaisir à voir de petites Sga. C'est une fille qui me plait|figures qui me ressembleront et que j'aime de tout mon cæur. comme deux gouttes d'eau, qui se

Gér. Vous l'aimez de tout votre joueront continuellement dans la coeur?

maison, qui m'appelleront leur paSga. Sans doute : et je l'ai de- pa quand je reviendrai de la ville, mandée à son père.

et me diront de petites folies les

nné ma parole.

autour de moi. Gér

. Oh, mariez-vous done; je Gér. Il n'y a rien de si agréable ne dis plus mot.

que cela; et je vous conseille de

j'ai fait ! Vous semble-t-il, sei- pourrez.
gneur Geronimo, que je ne sois Sga. Tout de won, vous me le
plus propre à songer à une femme conseillez?
Ne parlons pas de l'age que je puis Gér. Assurément. Vous ne saum
avoir ; mais regardons seulement riez mieux faire,

trente ans qui paraisse plus frais et vous me donniez ce conseil en ve
plus vigoureux que vous me voyea? ritable ami,
mon corps aussi bons que jamais t'is'il vous plait, avec qui vous allez
Et voit-on que j'aie besoin de ca-vous marier ?

les meilleures du monde ? (Il mon-galante et si bien paréc,

« PrécédentContinuer »