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Cicéron : Amphitruo, Asinaria, Aulularia, Captivi, Curculio, Casina, Cistellaria, Epidicus, Bacchides, Mostellaria, Mencechmi, Miles Gloriosus, Mercator, Pseudolus, Ponulus, Persa, Rudens, Stichus, Trinummus, Truculentus.

Tel est l'ordre selon lequel elles se présentent dans les manuscrits. A la suite du Truculentus se laissent voir le titre et des fragments de la Vidulara, aujourd'hui perdue, mais qui vraisemblablement faisait partie de la même collection.

L'AULULARIA Paraft avoir été composée vers l'an 195, date du consulat de Caton'. On a démontré que les pièces qui nous restent de Plaute sont des dernières qu'il ait écrites, et de remontent guère au delà de l'an 200 av. J. G. Le rapport qui existe entre la description détaillée que le poëte nous fait du luxe des femmes, et l'abrogation de la loi Oppia, permet de placer en ce temps la représentation de la comédie. Les réflexions de Mégadore sur les moyens de réprimer le luxe et de concilier les divers ordres de la cité, en donnant aux dots une limite, ne sont pas sans analogie avec les projets que nourrissaient déjà Caton et ses partisans, dont il mit quelques-uns à

1. M. Naudet, Théâtre de Plaute, traductiofi pouvelle, 1833, t. II, p. 4 et 5.

exécution dans sa censure qui suivit de près la mort de Plaute, et qui enfin se réalisèrent dans la loi Voconia (169 av. J.C.) sur le droit des femmes à hériter.

La pièce est évidemment empruntée à un modèle grec sans que l'on puisse en indiquer le titre et en retrouver l'auteur. Nous y reconnaissons un tableau de la vie grecque sur lequel sont venus se placer des traits empruntés à la vie romaine. C'est justement le propre de l'art de Plaute d'opérer ce mélange d'une façon si habile que le génie des deux peuples se montre ensemble, et que le poëte, tout en imitant, quelquefois même en traduisant, de sorte que le lecteur ne peut s'y méprendre, toutefois reste original.

La scène se passe à Athènes, comme l'indique un des personnages mêmes *; les veilles de Cérès, où est outragée la fille d'Euclion, appartiennent au culte grec; la mention du roi Darius?, les personnages des cuisiniers, le souvenir du marché au poissons, l'allusion aux distributions d'argent", aux tuteurs, tout cela est grec. Le prologue 'même a son parfum de prologue de la nouvelle comédie. On y voit le Héros domestique, ýpws tatpãos, venant ouvrir la scène et se mêler à l'action, sans y paraître, une fois la

1. Acte V, v. 3.
2. Acte I, sc. III, v. 8.
3. Acte II, sc. VII.

4. Acte 1, sc. III, V. 29; acte II, sc. II, v. 3.

5. Acte III, sc. V, v. 14.

pièce commencée, comme les personnages yui sont chargés de débiter le prologue dans la tragédie d'Euripide. C'est même au milieu de l'incertitude générale qui règne sur l'authenticité des prologues de Plaute, un argument en faveur de l'antiquité de celui-ci?. Enfin les noms sont empruntés à la langue grecque, et ont dans cette langue une signification qui est en harmonie avec le caractère que le poëte prête à ceux qui les portent. Euclion, est l'homme de bonne renommée (eủ xhéos), avec lequel Eunomie voit volontiers son frère s'allier, pour lequel les amis de Mégadore ont de la considération. Mégadore est riche et libéral (uéya, cūpov); Eunomie est la femme digne d'éloges (sů, vóuos), à laquelle son frère donne l'épithète si rarement méritée d'optuma “. Lyconide a la violence et l'emportement du loup (aúxos). Staphyla (otaçúan) aime le vin purs, comme la plupart des vieilles servantes de la comédie antique; Strobile tourne comme une toupie (otpóbios) quand son maître lui donne des ordres. Congrion doit son nom aux

1. On ne peut pas dire en effet qu'il soit absolument de Plaute; il a dû être remanié après la mort du poëte. Le mot avonculus y est employé avec une quantité qui diffère de celle qu'on lui trouve dans la pièce, et que Plaute a seule connue. Dans le Prologue il

forme quatre syllabes; dans la
pièce il ne compte que pour
trois, à cause de la synizèse
des deux premières.

2. Acte II, sc. 1, v. 51.
3. Acte III, sc. V, v. 1 et suiv
4. Acte II, sc. I, v. 16.

5. Acte II, sc. m, v. 10 sc. V, v. 6.

poissons qu'il apprête (róYYPOS), Anthrax au charbon ávopat) à l'aide duquel il fait cuire les mets; Pythodicus (Ttuvoávouar, oixn) cherche en sa qualité de bon surveillant à entretenir la justice dans les rapports de ses maîtres avec les esclaves ou les serviteurs loués à l'occasion.

Mais ces personnages si Grecs parlent du Sénat "; la tribu athénienne est dans leur bouche la curie romaine ?. Ils règlent leurs différends devant le préteur, et les triumvirs 4. Le préfet des mœurs remplace pour eux le yuvaixóvou os d'Athènes 5. Ils savent que les candidats aux magistratures portent des vêtements blanchis à la craie 6. Ils connaissent la semaine romaine de neuf jours”. Ils invoquent Laverna , Silvaino, la Bonne Foi, le dieu Lare", qui apparait sur la scène, pour rendre son action plus sensible. D'ailleurs ils sont de leur temps, de celui où il y a du bruit sur le Forum pour la toilette des femmes, et où cette toilette commence à occuper des ouvriers divers en grand nombre 13, où les femmes dotées commencent à se

1. Acte III, sc. V, v. 72. 2. Acte I, sc. III, v.

29; acte II, sc. II, v. 2.

3. Acte II, SC. IV, v. 34; acte IV, sc. VIII, v. 33.

4. Acte III, sc. II, v. 2. 5. Acte III, sc. V, v. 30. 6. Acte IV, sc. VII, v. 6. 1. Acte II, SC, IV, V. 41.

8. Acte III, sc. 2, v. 24. 9. Acte IV, sc. IV, v. 101.

10. Acte III, sc. V, v. 106, 107, 109; Acte IV, sc. II, v. 10; sc. IV, v. 1,4,7, 10, 14; SC. IV, v. 1, 10.

11. Acte II, sc. VII, v. 16.
12. Prologue.
13. Voyez acte III, sc. V.

rendre insupportables". Ils sont du temps où le culte des Bacchanales trouble Rome et occupe les imaginations ! Le ressort même de l'action est ro. main; car c'est parce qu'ils observaient mal les rites religieux qu'Euclion et son père ont été par le dieu Lare frustrés de la précieuse marmite. C'est parce qu'elle est fidèle à la religion que la fille d’Euclion voit en sa faveur se révéler le secret. Les caractères ont aussi quelque chose de romain. Euclion est âpre au gain, peu dépensier comme les contemporains de Caton, qui déploraient avec lui le luxe nouveau. Le hasard le met en possession d'une grosse somme qui satisfait cette avidité (avaritia), dont les Romains faisaient alors si souvent preuve dans le pillage du monde. Il en est embarrassé, comme tout grossier soldat enrichi à Zama ou à Cynoscéphales; et il donne son or à la fin par une profusion rustique, et l'ennui de conserver une propriété, dont il ne sait que faire, et qui lui cause mille tourments :.

La pièce se développe avec une suite remarquable. Le dieu Lare nous apprend comment et pourquoi il a fait trouver par Euclion la précieuse marmite, autour de laquelle l'action va s'agiter. Euclion lui-même paraft en scène, et les premiers vers nous le montrent,

1. Acte III, sc. V, v. 9; Acte II, sc. 1, v. 46.

2. Acte III, sc. 1, v. 3 et 8.

3. Voir les fragments cités à la fin de la pièce et conservés

par Nonius.

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