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parce que , dit un ancien scholiaste de Juvénal, ces acteurs n'entraient qu'à la fin des jeux, afin que les larmes et la tristesse que causaient les passions dans la tragédie, fussent tempérées par les ris et la joie qu'inspiraient les atellanes, connues aussi sous le titre d'exodiae , c'est-àdire , issue , fin du spectacle. Horace se plaint de voir subsister ce genre de poëmes , quand il dit :

Manserunt, hodieque manent vestigia ruris. Cependant on continua de les jouer pendant plus d'un siècle après la mort de ce poète , et Suétone leur donne plus de cinq cent cinquante ans de durée. Leur

personnage principal était le Manducus (1), nom que les Romains donnaient à certaines figures hideuses qu'ils présentaient sur la scène pour faire rire les uns, et pour épouvanter les autres. Ce Manducuş avait un masque énorme, une bouche horriblement ouverte, des dents longues et pointues qui produisaient un bruit épouvantable lorsque l'acteur les appuyait les unes: contre les autres. Les femmes menaçaient les enfants du Manducus quand ils n'étaient

pas

dociles.

Tandemque redit ad pulpita notum
Exodium, cum personae pallentis hiatum
In gremio matris formidat rusticus infans.

(Juvénal, sat. III. v. 174.) Plaute fait dire à un de ses acteurs, dans le Rudens, acte II, scène 6, v. 51, qu'il ne lui manque rien pour faire le personnage de Manducus.

(1) Manducus , chez les Grecs μορμολυκείον, προσωπείον, επίφοβον.

Dans la suite , les atellanes devinrent si libres qu'elles furent reléguées à Atella d'où elles étaient sorties, et les habitants de cette ville les continuèrent avec tant d'indécence que le sénat fut obligé d'en interdire les représentations.

Sous la dénomination de mimes, il faut comprendre et les pièces de ce genre, et les acteurs et les actrices qui les représentaient. On attribue l'invention des mimes à Sophron de Syracuse , dont Platon parle avec éloges , et à Philistion de Nicée , contemporain de Socrate.

Le mime était une imitation de choses et de personnes viles. Ce mot signifie également l'imitation d'un discours quelconque, d'un mouvement indécent, d'actions honteisės ..et quelquefois de personnes illustres, dont un acteur :iinitat:des. gestes, le maintien ou les ridicules , en entremêlant à des louanges et à des éloges, des plaisantéries." 'fadds coliscènes et de mauvais goût. Cette espèce de farce ne se donnait ordinairement que dans les entr’actes d'une tragédie ou d'une comédie régulière. Point de conduite, point de vraisemblance, point de dénouement dans ces sortes de pièces. Pour se tirer d'embarras, dit l'auteur du Dictionnaire des auteurs classiques, lorsque les préparatifs d'une nouvelle déco ration étaient faits, l'un des mimes prenait la fuite, les autres le poursuivaient, la symphonie se faisait entendre, et le grand spectacle recommençait.

Je ne dirai rien des dicélies , scènes représentées dans les orgies, plus licencieuses encore que les atellanes.

Passons maintenant aux différents autres genres de pièces, ou plutôt aux différents noms donnés à la comédie.

On appelait comédies mixtes celles dont une partie se passait en récit, et l'autre en action. Partim statariae, partim motoriae. Les Romains en citaient pour exemple l’Eunuque de Térence. Les comédies où tout était en action, comme dans l’Amphitryon de Plaute, s'appelaient purement motoriae.

On désignait par l'épithète palliatae, celles dont les sujets, les personnages et les habits étaient grecs, et dans lesquelles on se servait du pallium , manteau à la grecque. On les nommait aussi crepidae , nom de la chaussure commune des Grecs.

Les plani-pediae se représentaient pieds nus , selon certains auteurs; et selon d'autres , sur un théâtre de plain-pied, avec le rez-de-chaussée.

Les pièces dont le sujet et les personnages étaient pris dans l'état de la noblesse , et de ceux qui portaient la robe prétexte , sont désignées par le mot praetex

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Le mot rhintonicae servait à indiquer certaines comédies du genre larmoyant, qu'on appelait aussi hilarotragoediae , latinae comoediae , ou comoediae italicae. L'invention en est attribuée, ainsi que je l'ai dit dans ma Dissertation sur Plaute, à un certain Rhinton, qui vécut

peu de temps après Alexandre. Les comédies dans lesquelles il y avait beaucoup de

dialogue et peu d'action, telles que l'Hécy're de Térence et l'Asinaire de Plaute, étaient appelées statariae.

On désignait par l'adjectif tabernarine celles dont le sujet et les personnages étaient tirés des tavernes , lieux de plaisir du bas peuple. Les acteurs y jouaient en robes longues et sans manteaux; Afranius et Ennius se dis-, tinguèrent en ce genre.

Enfin il y avait des comédies appelées trabeatae et togatae. Dans les premières, dont Suétone attribue l'invention à Caïus Mélissus, les acteurs paraissaient in trabeis (espèce de robes ou toges, plus ornées et plus riches que la toge ordinaire) et y jouaient des triomphateurs, des chevaliers, des rois même. Elles devaient se rapprocher plutôt de la tragédie que de la comédie, si nous en jugeons par le costume et par la dignité des personnages. Cette idée seule répand sur la nature de ce spectacle la plus grande obscurité. Pline et Suétone attribuent l'invention des secondes à Stéphanion; Afranius et Quintus Ennius passent aussi pour avoir introduit ce genre de pièces à Rome. Dans ces comédies, qui tenaient le milieu entre

pretextatae et les tabernariae, les acteurs étaient vêtus de la toge. Nous invitons le lecteur à consulter Suétone, Aug., c. XLV, nomb. 2; Pline, liv. VII, c. 48; Vossius, De Instit. poet. , lib. II, c. 7, SS 2 et 6; et les Mémoires de l'Académie des inscriptions.

Examinons maintenant ce qui concerne les titres que les anciens donnaient à leurs comédies, et la raison de leur choix dans les noms de leurs personnages.

les

Quoique l’art dramatique ait fait chez les modernes de tels progrès que nous ayons acquis sur les anciens une supériorité incontestable , il n'en est pas moins vrai de dire que ces derniers mettaient en usage tout ce qui pouvait concourir au succès de leurs pièces, et s'étaient imposé des règles sévères dont les bons auteurs se sont rarement écartés. Les Romains empruntèrent des Grecs les principes de l'unité de temps, d'action et de lieu, et ceux qui ont rapport au choix du titre de leurs comédies, ou des noms donnés aux personnages. L'Asinaire , l'Aululaire, les Captifs , la Cistellaire , le Soldat fanfaron , le Pseudolus , le Marchand , le Rudens , le Stichus , le Trinummus, le Truculentus de Plaute, l’Andrienne, l'Eunuque, l'Héautontimorumenos, les Adelphes, le Phormion , l'Hécyre , sont autant de titres choisis pour annoncer le sujet de la pièce à laquelle ils sont appliqués ; ils indiquent tantôt un caractère , tantôt le

genre de l'intrigue , tantôt le personnage principal , ou bien un fait, une circonstance intéressante ; quelquefois aussi le pays, le rang, l'état, la fortune, le lieu même de la scène.

Les anciens , en général , n'apportaient pas moins de soin dans le choix des noms par lesquels ils désignaient leurs

personnages. Il paraît démontré par le témoignage de Donat, que les auteurs avaient égard au sens et à l'étymologie; de sorte que les noms des personnages annonçaient le caractère , l'esprit du rôle, et même la physionomie que

l'acteur devait prendre et exprimer;

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