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cependant cette observation n'est pas rigoureusement applicable à tous les cas. Dans l’Amphitryon de Plaute, Sosie signifie conservé dans la guerre; Blépharon, grandeur des paupières ou des sourcils; Bromia , frémissement. Dans l'Asinaire , Argyrippe est un nom donné à l'amant de Philénie, parce qu'à la prière des deux esclaves Liban et Léonida , il consent à les laisser monter à cheval sur son dos, afin d'obtenir , pour prix de cette ridicule complaisance , l'argent qu'ils ont entre les mains ; le mot Philénie exprime l'amour que cette courtisane inspire , et celui dont elle est éprise (1); Léonida, qui a la ressemblance d'un lion (2); Démenète signifie louange populaire ; Diabole, calomniateur. Il serait plus difficile de se rendre raison des mots Cléérète et Artemonę; le premier signifie choix de la renommée ; et c'est à la maîtresse d'un lieu de débauche qu'il s'applique; le second exprime l'artimon, la grand'voile d'un vaisseau , qui , surtout chez les anciens, influait beaucoup sur la marche ; mais Artémone est bien loin de conduire toujours son mari comme elle veut. Je suppose donc que les auteurs drainatiques employaient certains noms par antiphrase. Plaute donne à un banquier le nom de Misargyrides , qui signifie celui qui hait l'argent. C'est bien une antiphrase. Le même poète donne à l'avare

(1) Plusieurs interprètes disent que le mot Philénie exprime l'amour de la louange ou du vin.

(2) Probablement cette ressemblance se rapporte à la forme du masque de l'acteur.

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le nom d'Euclion, qui signifie bonne renommée : ce ne peut être encore que pour exciter le rire. Je ne citerai plus que quelques noms de personnages , avant de passer à ceux dont Térence a fait choix. Dans les Captifs, Philopolême signifie l'amour des combats ; Philocrates, celui de la victoire et de la puissance ; Hégion, celui qui gouverne. Dans le Curculion , le parasite a reçu ce nom que porte un insecte qui ronge les blés ; comme dans le Soldat fanfaron , appelé lui-même Pyrgopolinices , qui signifie victoire des villes fortes, un autre parasite porte le nom d'Artotrogue , qui correspond au mot panivore. L'auteur veut-il peindre la force, l'autorité ? le personnage s'appelle Alcésimarque. Veut-il caractériser un fourbe consommé ? il le désigne par le mot Pseudolus. S'agit - il d'un homme qui prend toutes les forines ? il l'appellera Ballio. Périplectomène est opiniâtre à l'excès; Philocomasie aime les repas de nuit; Philoxène est un homme hospitalier; Callidamates triomphera de la beauté; Agorastoclès a de la réputation au barreau. Le motif du choix des noms est beaucoup plus sensible à l'égard des valets. Plaute a caractérisé la finesse , la souplesse d'un valet , en le nommant Strobile, et selon quelques commentateurs, Strophile. Epidicus, dans la pièce de ce nom , cause des disputes, de vives altercations. Dans la Mostellaire, Tranion trompe par son maintien et son air uni et franc. Dans Térence , Parménon est un esclave fidèle ; Syrus et Géta sont des noms qui marquent l'infidélité; et sans doute une infidélité qui tenait au

caractère du pays; Thrason et Palémon annoncent un caractère guerrier; Pamphile est un jeune homme aimant tout ce qui se présente ; Philumène est persévérante en amour; Chrysis , remarquable par la richesse de ses ornements; Dromon, par sa promptitude à exécuter les ordres de son maître ; Criton, par son esprit conciliateur; Glycérie, par sa douceur. Enfin, l'un et l'autre poète , à l'imitation de leurs devanciers, avaient souvent égard au pays où leurs personnages avaient pris naissance; et cela , pour marquer une des principales circonstances de l'action , ou pour répandre plus de variété dans les caractères. Ainsi Liban, Lyconides, Thessala , Messénion, Tyndare (nom spartiate ), Lyco, Lydia , Cappadox, Persa , dans les comédies de Plaute ; Andria , Byrrhia , qui s'écrivait anciennement Pyrrhia , Mysia , Lesbia , et toute la famille des Daves, dans les pièces de Térence, ne doivent point être regardés comme des noms toujours pris au hasard , et sans aucun motif.

Je croirais faire injure à la sagacité de mes lecteurs, si je justifiais la coutume des anciens par de nombreux exemples puisés dans les comédies des auteurs modernes; et j'abuserais infailliblement de leur patience, si je donnais plus d'étendue à une Dissertation que je n'ai entreprise que pour faciliter autant qu'il était en moi, par tous les moyens, la lecture des auteurs dramatiques de la Grèce et de Rome.

J.-B. LEVÉE.

LES

COMÉDIES

DE

PLAUTE.

TRADUCTION DE J. B. LE VÉE.

AULULARI A.

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