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INTRODUCTION.

L'Assemblée constituanțe avait promis de fonder en France une instruction primaire accessible à tous les Français.

Le Gouvernement consulaire a promulgué sur cette matière quelques principes essentiels.

L'Empire a créé l'Université, mais il a fait peu de chose pour l'enseignement élémentaire.

La Restauration a chargé le clergé et l'Université d'administrer l'éducation primaire, mais elle ne leur a donné ni la volonté ni les moyens de la faire prospérer.

La Monarchie constitutionnelle de 1830 a été appelée, sur ce point, comme sur beaucoup d'autres , à réaliser ce que les Gouvernemens précédens avaient fait espérer (1)

(1) Les Lois et Ordonnances les plus notables, antérieurement au 28 juin 1833, étaient :

Loi du 22 décembre 1989, sur l'organisation municipale, section III;

14 septembre 1791, Constitution française, titre ser;

27 brumaire an III (17 novembre 1794), Loi relative aux Écoles primaires;

u floréal an X (1er mai 1802), Loi sur l'instruction publique, Sle;

10 mai 1806 et 17 mars 1808, Organisation de l'Université; 29

février 1816, Ordonnance royale sur l'instruction primaire; 21 avril 1828, autre Ordonnance royale sur le même objet.

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Une Loi vient d'être promulguée (1); elle pose

des principes féconds en résultats, qui vont être rapidement énumérés :

Extension de l'enseignement à toutes les sciences usuelles;

Liberté des Ecoles privées, sous l'inspection de Comités ayant le droit de suspendre les Instituteurs, et sous la garantie du pouvoir judiciaire, qui seul peut prononcer l'interdiction temporaire ou perpétuelle de l'exercice de leur profession;

Nécessité d'établir dans chaque commune au moins une Ecole, et par département au inoins une Ecole normale;

Moyens de recouvrement introduits pour le prix d'écolage; appel des ressources départementales et même nationales pour couvrir l'insuffisance des recettes légalement autorisées en faveur des communes;

Précautions prises pour assurer l'existence et la dignité des Instituteurs;

Création, dans chaque département, d'une Commission nommée par le Ministre de l'Instruction publique, pour examiner les personnes qui sollicitent des breveis d'Instituteurs, et pour vérifier leur instruction et leur méthode d'enseignement;

Organisation, dans chaque commune et dans chaque arrondissement, de Comités chargés d'exercer sur les Instituteurs une discipline salutaire, et de provoquer auprès des communes, des départemens et du Gouver

(1) Le texte de cette Loi et de l'Ordonnance royale publiée pour son exécution se trouve à la fin du présent Manuel,

nement toutes les améliorations et toutes les réformes nécessaires."

Cette analyse suffit pour faire pressentir les bienfaits de la Loi nouvelle. Complète dans ses bases autant que généreuse dans son esprit, elle fait de l'éducation populaire une dette de l'État; elle donne au Gouvernement les moyens de répandre l'instruction dans toutes les localités, et de l'étendre à tous les citoyens.

Pour que cette législation vraiment libérale produise tous ses effets, deux conditions sont désormais indispensables : une bonne direction de la part de l'Autorité, un concours sincère, spontané, universel, éclairé de la part

du

pays. Tout annonce la réalisation de ces circonstances favorables.

D'abord, de la part des populations, il est certain que, depuis plusieurs années, un mouvement général s'est prononcé, dans toute l'étendue de la France, en faveur de l'instruction primaire. La résistance du Gouvernement de la restauration, à cet égard, était devenue un grief irritant : la Loi de 1833 était impatiemment attendue; depuis qu'elle existe, tous les Conseils municipaux ont exprimé non seulement l'intention d'exécuter, mais celle de dépasser la limite des dépenses ordinaires pour réaliser sans délai tous les avantages que cette Loi fait espérer. Nulle part les sacrifices n'ont arrêté l’essor; des ressources ont été rapidement préparées, et si quelques motifs de retard subsistent encore, ils n'ont d'autres causes que les difficultés inséparables du défaut d'expérience dans une matière si neuve et si inconnue jusqu'à présent dans la majeure partie des communes de France.

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De la part du Gouvernement, les intentions ne laissent rien à désirer; des circulaires nombreuses, rédigées par des hommes habiles, ont propagé l'esprit dans lequel la Loi doit être exécutée. De bons livres se composent : ils vont se répandre, et bientôt, il n'en faut

pas douter, tous les partisans de l'instruction populaire, tous les protecteurs généreux de l'enfance auront reçu les renseignemens nécessaires pour concourir à cette vaste création de tous les moyens d'éducation, dont les résultats sont si intimement liés à la prospérité de la France et au maintien des libertés publiques.

Une première circulaire publiée par le Ministre de l'Instruction, le 2 juillet 1 833 (quatre jours après la promulgation de la Loi), a fait connaitre d'une manière succincte, mais précise, la série des établissemens nécessaires pour répandre l'instruction élémentaire sur tous les âges. Il faut d'abord des Salles d'Asile pour la première enfance; il faut ensuite des Écoles élémentaires et supérieures pourl'adolescence; viennentaprès les Écoles d'adultes pour les personnes qui n'auraient pas

été pourvues d'éducation dans les premières années de leur existence; enfin les Écoles spéciales destinées à perfectionner les diverses branches d'instruction qui auront été ébauchées dans les Écoles élémentaires et supérieures.

Les Salles d'Asile, qui forment le premier anneau de cet enchainement d'Écoles, selon l'expression du Ministre (1), méritent, comme création nouvelle, une

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(1) Voici quelques passages de la Circulaire ministérielle du 2 juillet :

« Je veux, dès aujourd'hui, appeler votre attention sur le but

attention particulière. Elles sont à la fois Maisons d'hospitalité et d'éducation; elles concourent au bienêtre et à l'instruction de l'enfance; elles préparent tous les autres genres d'instruction, et par conséquent elles appartiennent à tout le système de l'éducation publique,

Ces petites Écoles avaient été, depuis plusieurs années, l'objet d'expériences intéressantes. Les Administrations municipales de Paris, Lyon, Strasbourg, et de quelques autres villes de France, avaient considéré ees fondations comme étant d'utilité publique; mais n'ayant été jusqu'à présent fondées qu'à titre de bienfaisance, leur existence était précaire, comme l'aumône sur laquelle leur dotation était assise. Classées aujourd'hui parmi les Etablissemens d'instruction primaire, appelées à participer des avantages des autres Écoles ,

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général et sur la portée de cette Loi. Les besoins sociaux auxquels elle se

propose de satisfaire sont non seulement très » nombreux, mais encore très variés, et pour les atteindre tous, » pour accomplir réellement le vau du pays et la pensée du légisa n lateur, des Ecoles de genres divers doivent se combiner, s'en» chaîner les unes aux autres et se préter un mutuel appui.

« En première ligne (ajoute la même Circulaire), se présentent » les Ecoles les plus élémentaires de toutes, celles qui sont con» nues sous le nom de Salles d'Asile, et où sont reçus » enfans de l'âge de deux à six ou sept ans, trop jeunes encore » pour fréquenter les Écoles primaires proprement dites, et que » leurs parens pauvres ou occupés ne savent comment garder » chez eux.

Après les Salles d'Asile viennent les Écoles élémentaires ou supérieures, qui sont l'objet spécial et explicite de la Loi. »

les petits

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