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GENTILHOMME,

COMÉDIE - BALLET,

ENCINQ ACTES, EN PROSE,
AVEC DES INTERMIDES, MÊLÉS DE CHANTS

ET DE DANSES,

PAR MOLIERE,

MUSIQUE DE LULLY.

A PARIS,

Chez

Bélin, Libraire , rue Saint-Jacques ;

près Saint-Yves ,
BRUNET , Libraire , rue de Marivaux ,

Place du Théatre Italien.

M. DCC. LXXXVIII,

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S U J ET

DU BOURGEOIS GENTILHOMME.

M. JOURDAIN, fils d'un riche Marchand de Drap , de Paris, et qui a épousé la fille d'un Marchand, de même sorte , riche aussi, ne fait plus de commerce, et a la manie de ne vou. loir voir que des gens de qualité, auxquels il donne , sans cesse , des fêtes, qui lui empruntent son argent, et l'entretiennent dans ses idées folles. Il veut les imiter en tout , et, à près de cinquante ans, il prend un Maître à Danser, un Maître Armes et un Maître de Langue , pour commencer ses exercices. Il a une fille , nommée Lucile, qu'il ne veut marier qu'à un Gentilhomme ; mais elle est aimée d'un jeune homme nommé Cléonte , qui est roturier, qui cependant a servi avec distinction , qui a de la fortune, des meurs, qu'elle aime, et qui lui convient , à tous. égards. Madame Jourdain approuve leur

amour er desire , autant qu'eux , leur union ; mais M. Jourdain n'y veut absolument point consentir. Covielle , valet de Cléonte, imagine un moyen extravagant pour arracher le consentement de M. Jourdain. Il vient, sous un déguisement, lui annoncer l'arrivée du fils du GrandTurc à Paris , et il lui persuade que ce jeune héritier de l’Empire Ottoman est amoureux de Lucile , qu'il a le dessein d'épouser. Cléonte paroît , dans le costume Asiatique, avec une nombreuse suite , fait la demande de Lucile, par interprete , et donne à M. Jourdain la dignité de Mamamouchi, qui lui fait prendre le turban, et à laquelle on le reçoit dans une cérémonie bizarre , qu'il croit véritable. Madame Jourdain et Lucile sont inises dans la confidence ; on signe le contrat , et le mariage est célébré par des fêtes, que forment des Peuples, de différentes nations, et qui terminent la Piece.

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LE Bourgeois Gentilhomme, est un des plus heureux sujets de Comédie que le ridicule des hommes ait jamais pu fournir, observe Voltaire , dans ses Jugemens sur les Pieces de Moliere. La vanité, attribut de l'espece humaine, fait que des Princes prennent le titre de Rois, que les grands Seigneurs veulent être Princes, et, comme dit La Fontaine :

Tout Prince a des Ambassadeurs ,
Tour Marquis veut avoir des Pages.

Cette foiblesse est précisément la même que celle d'un Bourgeois qui veut être homme de qualité ; mais la folie du Bourgeois est la seule qui soit comique et qui puisse faire rire au Théatre. Ce sont les extrêmes disproportions des manieres et

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