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( 7 ) et il attendait, pour agir, que ce développement naturel ouvrit un jour favorable aux remèdes. Belle et sage conduite, formellement recommandée par Hippocrate: conduite qui fait le salut du malade , la gloire du médecin , et la meilleure apologie d'un art qui souvent ne triomphe que par l'inaction. Toutefois M. Vitet savait mettre une juste mesure à sa circonspection. Toujours en garde contre les piéges de Papparence , et toujours préparé à l’action , souvent il déconcertait le mal avant qu’il pût éclater , et ne semblait temporiser dans les maladies graves , que pour porter des coups plus rapides et plus sûrs. Aussi ne maniait-il que des médicamens héroïques , et spécialement le quinquina , remède qui, dans des mains habiles , produit quelquefois des prodiges‘ comparables à ce qu’il y a de plus merveilleux dans les fables de Yorient. Que ce mélange si heureusement tempéré d’audace et de prudence est supérieur à la servile témérité de Phabitude! Aussi M. Vitet avait en horreur la médecine qui ne fait qu’agir et brouiller, et dont tout Part consiste à aigrir les maladies en les défigurant. Cette prétendue médecine lui avait coûté la vie de. son père et presque la sienne. Du reste, il serait superflu. de rappeler ici qu’à tant de connaissances et de talent, M. Vitet joignait le désintéressement le plus noble , la bienfaisance la plus empressée , et la plus; tendre humanité pour les malheureux. Plein de candeur et de droiture, de sévérité pour lui-même et dïndulgence pour autrui ; ennemi de tout mensonge et de tout manège {quelquefois ombrageux , par Pardeur de sa vertu; mais prompt à revenir quand on le" détrompait ; jaloux de sa liberté , mais ne cherchant Pindépendance que dans sa soumission aux lois; aimant Pordre, l’économie , la simplicité: tel était le médecin éclairé , le citoyen utile , le père de famille estimable , qu’à Page de 75 ans , la mort a frappé tout d’un coup , le 25 mai dernier , au milieu de ses travaux , de ses projets (1), nous pourrions dire au milieu de ses malades qu’il venait de visiter , et presque au milieu des siens , qu’il

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(I) M. Vilet préparait une Topographie de la ville de Lyyon.
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tenait de quitter pour goûter un peu de repos. Jllâqlfilll
moment fatal, il avaitconservé toute la vigueur de sa
constitution , et tout le feu de son esprit. « Cette énergie
» physique ct morale , qui Pavait rendu capable de tant de
» choses , le mettait au-dessus des atteintes mêmes de la
» vieillesse. On aurait dit qu’il n’avait pas le tems d’y son-
» gefr ». Il s’est éteint dans la plénitude de sa force, et, pour
ainsi dire , tout entier ; fin tranquille et désirable, digne prix
d’une vie consacrée au bien public , et qui n’a été doulou-
reuse que pour les amis qui survivent à sa perte.

M. Vitet avait une taille élevée, une physionomie imposaute et vénérable, des manières simples et ouvertes , un langage naturel et sans apprêt. Il avait été membre correspondant de Tancienne Société royale de médecine de Paris, et membre de llAcadémie de Lyon , où il avait succédé à M. Poivre. Il était dans ses dernières années membre lionoraire de la Société dhgricultnre ‘du département de la Seine. ‘

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LE Traité de la sangsue médicinale , fruit. de longues recherches , et de nombreuses observations ,, étoit en- majeure partie imprimé , lorsqtfune mort aussi funeste quïmprévue a frappé Pauteur , mon digne et respectable père : ainsi s’évanouissent les espérances les plus naturelles et les mieuxfondées! il se flattoit ajuste titre de voir bientôt paroître ce nouvel ouvrage et de recueillir , dans le jugement des savants et des praticiens obser

vateurs, le prix de son travail 5 une santé et une activité étonnantes donnoient cette

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1j AVERTISSEMENT DE UÉDITEUR.’

assurance à l’homme qui ne connoissoit encore aucune infirmité , et nous goûtions pleinement cet espoir, nous qui avions Pavantage d’entourer et de soutenir avec tant de charme et d’empressement son heureuse vieillesse : le sort cruel en a décidé autrement.

Mais les intentions de Yanteur n’auront pas été vaines; j’ai regardé comme une dette sacrée d’achever sans délai la publication de son ouvrage , et j’ai tâché de remplir cette obligation avec le zèle et les soins les plus actifs : au sein dema douleur, j’ai même trouvé une consolation dans Pidée que je rendois hommage ‘à la

mémoire du ‘meilleur des pères. . ‘i Je

Yavoisdéjä secondé dans diverses parties de-son travail , et récemment encore nous

avions revu ensemble la totalité du manus

scrit; j’ose donc annoncer au public que ce Traité nbffrira point de’ lacunes, iet que nulle-disparate ne sauroitexister entre

ses premières et dernières parties.

Je n’e'ntrerai point ici dans un examen anticipé d’un ouvrage que 1’abondance des matières rend déjà très volumineux; il suffit , je crois , pour exciter Pintérêt et la curiosité , d’exposer qu’un des moyens curatifs les plus utiles etmême les plus usités en médecine, la sangsue, étoit fort imparfaitement connue jusquïä cc jour, qu’on avoit sur sa structure , ses fonctions et ses: effets beaucoup d’idées fausses essentielles à rectifier", enfin que ses avantages précieux sont encore ou négligés , ou prodigués, et plus souvént contrariés par les mains de la routine et de Pignorance. « , a a J Ces considérations générales avoient inspiré à mon père, il ,y a plus de quinze ans , le projet de composer un Traité ea professe sur cette matière : c’est en Suisse , dans la retraite momentanéequïl fut contraint d’y chercher contre les orages de la révolution , destidans l’asile de Pamitié qu’il mit la première main à cet

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