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En vue de prendre une attitude en rapport avec les paroles royales, le Cabinet de Paris entreprit deux démarches simultanées qui, logiquement, ne pouvaient être que successives. « Il proposa aux plénipotentiaires des quatre cours d'autoriser l'envoyé britannique près du nouveau souverain de la Belgique, à traiter de la question de la démolition de quelques forteresses construites depuis 1815, avec le Gouvernement belge et un plénipotentiaire français tout à la fois. Puis, sans attendre de réponse à cette proposition, il voulut immédiatement attirer à Bruxelles la négociation elle-même entre la Belgique et la France seules, dans le but d'appuyer l'assertion proclamée par le Roi à l'ouverture des Chambres législatives. M. le marquis de la TourMaubourg fut, en conséquence, envoyé à Bruxelles, où il arriva le 15 août, porteur d'un projet de convention, résumé dans les trois articles suivants :

» I. Les places de Charleroi, Mons, Tournai, Ath, Menin et Ypres seront démantelées et rasées.

» II. L'exécution de l'article précédent fera l'objet d'une négociation qui s'ouvrira entre la Belgique, d'une part, et, d'autre part, la France, l'Autriche, la GrandeBretagne, la Prusse et la Russie.

» III. La présente convention sera ratifiée et les ratifications en seront échangées dans le délai de... ou plus tôt, si faire se peut (1). »

Le Cabinet de Bruxelles pouvait difficilement accepter de mener de front deux négociations à certains égards si concurrentes. Néanmoins, pour accorder quelque satisfac

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(1) LIEUTENANT GÉNÉRAL COMTE GOBLET D'ALVIELLA, op. cit., p.93.

tion au Gouvernement français, le Gouvernement belge ui donna, à la date du 8 septembre, communication de a pièce suivante :

Sa Majesté le Roi des Belges, prenant en considération la position respective de la Belgique et de la France, telle qu'elle résulte des événements;

Voulant d'ailleurs donner une preuve de son désir de vivre en paix avec la France et de sa confiance entière dans les dispositions amicales du Roi des Français, a autorisé le soussigné, Ministre des Affaires étrangères, à communiquer au Gouvernement français, par la voie de Son Excellence le marquis de Latour-Maubourg, qu'elle consent et s'occupe, conformément au principe posé dans le protocole du 17 avril 1831, à prendre, de concert avec les quatre puissances, aux frais desquelles les forteresses ont été en partie construites, des mesures pour la prompte démolition des forteresses de Charleroi, Mons, Tournai, Ath et Menin, érigées depuis 1815 dans le royaume des Pays-Bas.

Ouvrant le même jour la session législative, le roi Léopold s'exprimait en ces termes :

La neutralité de la Belgique, garantie par les cinq puissances, a fait concevoir la possibilité d'apporter des modifications à notre système défensif. Cette possibilité, admise en principe par les puissances qui ont pris part à l'érection des forteresses en 1815, sera, je n'en doute pas, reconnue par la nation. Des négociations auront lieu pour régler l'exécution de mesures qui se rattachent à la démolition de quelques-unes de ces places. Heureuse de pouvoir encore resserrer les liens qui unissent les deux peuples, la Belgique donnera, dans cette circonstance, une preuve de sa reconnaissance envers la France; l'Europe, un gage éclatant de sa juste confiance dans la loyauté du Roi des Français.

Presque au même moment où le Roi prononçait ces paroles, parvenait en Belgique la réponse des cours du Nord à la demande du Gouvernement français. Elle était conçue en ces termes :

Le plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique a communiqué à ceux d'Autriche, de Prusse et de Russie une proposition faite par le Gouvernement français à l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique à Paris, relativement aux forteresses qui ont été construites depuis 1815 pour la défense du royaume des Pays-Bas.

Cette proposition tend à ce que l'envoyé de Sa Majesté Britannique près le nouveau souverain de la Belgique, soit autorisé par les quatre cours à traiter avec le Gouvernement belge et avec un plénipotentiaire français de la démolition de quelques-unes des forteresses ci-dessus mentionnées.

Après avoir examiné la proposition dont il s'agit, les plénipotentiaires des quatre cours, tout en entrant dans les motifs qui l'ont suggérée au Gouvernement français, sont convenus qu'elle ne pourrait être acceptée, attendu que les forteresses en question ont été érigées, en grande partie, aux frais des quatre cours, sans aucune intention hostile contre la France, mais uniquement dans un but de sûreté commune; que les quatre cours avaient contracté des engagements particuliers avec le souverain des territoires sur lesquels ces places étaient situées; que le nouveau souverain de la Belgique est place à cet égard dans la position où était Sa Majesté le Roi des Pays-Bas; et qu'en conséquence, il serait impossible pour les quatre cours d'associer une Puissance tierce aux négociations dont ces forteresses deviendront l'objet.

D'après ces considérations, les plénipotentiaires ont jugé indispensable de décliner la proposition faite à l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique par le Gouvernement français, malgré la vive satisfaction qu'ils auraient eue de pouvoir accueillir le veu qui leur était exprimé.

Les plénipotentiaires ont résolu, du reste, de donner suite à leur protocole du 17 avril, en avisant aux moyens les plus prompts d'ouvrir, avec le Gouvernement belge, la négociation spéciale à laquelle le protocole se rapporte.

Nous n'avons pas à rappeler ici tous les incidents, – de curiosité surtout historique, -que fit naitre la joute diplomatique engagée sur l'affaire des forteresses, et qui créèrent pendant longtemps à la Belgique une situation aussi délicate que dangereuse. Il fut une époque, nous dit le général comte Goblet d'Alviella, où M. Le Hon écrivait de Paris que l'existence du ministère Périer dépendait de l'affaire des forteresses, et le même jour où cet avis parvenait à Bruxelles, il en arrivait un autre de Londres qui affirmait que le maintien aux affaires du ministère Grey dépendait aussi de cette même affaire des forteresses.

De bonne foi, que pouvait faire la Belgique aux prises avec deux rivaux qui, d'accord presque sur toute la ligne, mais s'acharnant, l'un à conserver, l'autre à démolir ces « deux bicoques » : Philippeville et Mariembourg, cachaient mal sous cette enveloppe d'occasion des visées d'une autre envergure?

Au fond, il s'agissait de savoir dans quelle mesure l'engagement antérieur de la Belgique,

en tant que partie des Pays-Bas, en des liens non seulement étrangers à la France mais formés contre elle, allait se concilier avec sa situation nouvelle d'État indépendant et perpétuellement neutre. La France avait fourni trop d'armes contre elle en rappelant elle-même avec les autres puissances la grande maxime « que les changements intérieurs des États ne modifient pas leurs relations extérieures », le terrain était trop bien préparé à certaines négociations particulières entre la Belgique et les autres puissances, pour que ces dernières ne recueillissent pas les premiers avantages de la lutte.

4. — La convention des forteresses. La déclaration

interprétatire.

La convention suivante fut conclue à Londres, sans la participation de la France, le 14 décembre 1831 :

LL. MM. l'Empereur d'Autrichc, le Roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le Roi de Prusse ct l'Empereur de toutes les Russies d'une part, el S. M. le Roi des Belges, de l'autre, ayant pris en considération l'état aclucl de la Belgique, ct les changements opérés dans la position relative de ce pays, par son indépendance politique, ainsi que par la ncutralité perpétuelle qui lui est garantie, et voulant concerter les modifications que celle situation nouvelle de la Belgique rend indispensables dans le système de défensc militaire qui y avait été adopté par suile des fraités et engagements de l'annéc 1815, ont résolu de consigner à cet égard, dans une convention particulière, une série de déterminations communcs.

Dans ce but, Leurs dites Majestés ont nommé, etc...

Article PREMIER. En conséquence des changements que l'indépendance et la neutralité de la Belgique ont apportés dans la situation militaire de ce pays, ainsi que dans les moyens dont il pourra disposer pour sa défense, les hautes Parties contractantes conviennent de faire démolir, parmi les places fortes élevées, réparées ou étendues dans la Belgique depuis 1815, en tout ou en partie, aux frais des cours de la Grande-Bretagne, d'Autriche, de Prusse et de Russie, celles dont l'entretien ne constituerait désormais qu'une charge inutile.

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