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défensif sont combinés d'une manière générale, sans éliminer sans doute l'éventualité du fonctionnement de la garantie, mais de manière à se suffire à eux-mêmes. Tout en ne méconnaissant pas la valeur de la garantie et son caractère obligatoire, on a pu, en se plaçant au point de vue dominant de notre sécurité propre et de la liberté politique éventuelle du Gouvernement, considérer comme prudent de ne pas faire entrer dans le mécanisme de notre défense le secours étranger comme une pièce dont l'absence accidentelle ou la prestation retardée enrayerait ce mécanisme.

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Les plans de défense du pays ont suivi, dans leur réalisation, des phases diverses. Voici, en traits généraux, les étapes principales de leur développement.

I. Durant une première période, que l'on peut appeler la période de l'antagonisme hollando-belge et qui s'étend de 1831 à 1839, les efforts du pays dans l'ordre militaire ne prennent point pour guide la claire vue de la position occupée par la Belgique dans le système européen. Ils sont dominés par l'appréhension d'hostilités nouvelles de la part des Pays-Bas et par les nécessités de la résistance éventuelle à ces hostilités. La constitution d'une armée de campagne appareillée à cette tâche et la recherche de quelques éléments défensifs d'ordre matériel entre l'Escaut, le Démer et la Basse-Dyle caractérisent cette phase initiale.

II. Durant une seconde période, que l'on peut appeler la période d'orientation et qui se rattache d'une manière générale aux années 1859 à 1851, la Belgique, rassurée du côté de la Hollande et trouvant dans les engagements et dans l'intérêt des puissances de sérieuses garanties, paraît hésiter à donner de solides assises à la défense nationale. Cependant, en même temps qu'elle est amenée à affirmer devant l'Europe le principe fondamental de son droit public, — la neutralité, -elle tend à se mettre en mesure de remplir éventuellement sa fonction européenne dans cet ordre.

III. Une troisième période, qui s'étend jusqu'en 1859, peut être appelée la période du camp retranché auxiliaire de l'armée de campagne. Le problème militaire s'est compliqué des prévisions d'une lutte à soutenir pour le salut du pays. Les pouvoirs publics, disposés à seconder le rôle qui incombe à l'armée de campagne dans cet ordre, tenant compte du caractère de nos frontières et de la puissance de nos voisins, s'occupent de l'aménagement d'une position – le camp retranché sous la place d'Anvers — qui soit pour l’armée un puissant auxiliaire en même temps qu'un élément de sécurité, et qui favorise l'arrivée des secours à attendre de l'étranger.

IV. Dans une quatrième période, que nous nommerons la période de concentration des forces défensives sur le pivot d'une forteresse de premier ordre, le système de défense nationale se dessine définitivement quant à sa base et à son fonctionnement général. Sur la ligne la plus avancée des fortins du camp retranché, on construit à Anvers une grande enceinte et en avant de celle-ci, à une distance variant d'environ 2,500 à 4,000 mètres, on établit une ceinture de forts constituant un nouveau camp retranché appuyé sur l'Escaut et flanqué des inondations. Répondant parfaitement à toutes les exigences de l'époque et mettant la ville à l'abri du bombarde

ment, la place est de nature à résister indéfiniment à une attaque régulière. C'est là que se transportera au besoin le Gouvernement du pays et que l'armée trouvera, avec sa base d'opération capitale, un réduit assuré en cas de retraite nécessaire. Le 17 avril 1859, le général Chazal, Ministre de la Guerre, caractérise comme suit, à la Chambre des Représentants, le système de défense nationale :

1• Une grande position stratégique pouvant servir à l'armée de base d'opération et de point de refuge en cas de revers;

2° Les places de Diest et de Termonde couvrant la ligne du Rupel, du Démer, de la Dyle et de la Nethe, et quelques autres places qui assureront le libre passage et la défense de nos deux grands fleuves.

On ne peut pas admettre, ajoutait-il, qu'un pareil système équivaudrait à l'abandon du pays et réduirait la défense nationale à la garde de la seule place d'Anvers.

En effet, grâce aux places conservées, l'armée aura des têtes de pont sur la Meuse et sur l’Escaut, et des forts à l'abri desquels la résistance nationale pourrait s'organiser dans tout le pays.

Les sièges entrepris par les Allemands en 1870 ayant démontré que le bombardement des places fortes à des distances allant jusqu'à 6,000 et 7,000 mètres était chose possible, le Gouvernement a été amené à reporter en avant, douze ans à peine après sa construction, la ligne de défense extérieure. Les forts de Waelhem et de Lierre, sur la rive droite de l'Escaut, furent les premiers jalons de cette ligne commencée en 1877 et qui n'est pas achevée.

D'autre part, l'invention des obus torpilles en 1886 est venue enlever à la place d'Anvers, considérée comme une des enceintes de siège les plus fortes de l'Europe, une partie de sa valeur. De nouveaux dispositifs ont été recherchés pour protéger l'artillerie que l'on ne pouvait plus laisser à ciel ouvert; on fut amené à mettre les pièces principales sous coupoles et à renforcer, au moyen de béton de ciment, toutes les maçonneries. On sait que ces travaux ne sont exécutés qu'en partie, au moment où l'expansion de la cité et surtout le développement des installations commerciales et maritimes donnent naissance à de nouvelles modifications, amorcées par le Budget des recettes et des dépenses extraordinaires pour l'exercice 1900, et à l'égard desquelles l'entente ne paraît pas nettement établie, même dans les sphères militaires, ainsi que l'attestent les procès-verbaux de la récente Commission. Les principales difficultés se rattachent à la conservation partielle ou à la suppression totale de la grande enceinte, avec les conséquences qui en résultent respectivement dans l'ordre du maintien de la place d'Anvers comme notre forteresse principale et des efforts à faire pour mettre la ville à l'abri du bombardement.

V. Une cinquième période du développement des plans de défense du pays s'est ouverte avec l'érection des fortifications de la Meuse en 1887. On peut l'appeler la période d'adaptation de notre échiquier stratégique à l'objectis integral de la défense. Le dispositif de 1859 s'appliquait par excellence au maintien de l'indépendance nationale. On pouvait lui reprocher d'être moins parfaitement appareillé à la sauvegarde de notre neutralité contre les dangers particuliers qui pouvaient la menacer. A coup sûr, le souci de cette dernière sauvegarde n'avait pas

été complètement abandonné; mais on croyait pouvoir y répondre en déclarant que l'armée devait remplir sa mission sur tous les points du territoire en conservant

Anvers comme centre d'opération. L'importance stratégique de la ligne de la Meuse n'était pas complètement méconnue; mais la concentration devant Anvers de toutes nos forces mobiles dans une position latérale à l'envahisseur, et dans une attitude expectante, était préconisée comme de nature à répondre le mieux à nos intérêts. L'honorable M. Frère-Orban demeurait fidèle à ce point de vue lorsqu'il disait en 1887 :

Quand l'un de nos grands voisins passerait par la Belgique pour attaquer l'autre, notre armée serait toujours mieux placée dans une position d'attente et latéralement à la marche de l'envahisseur, là où elle pourrait à volonté accepter ou éviter la lutte, que déployée transversalement à la marche de l'envahisseur, où elle serait obligée de combattre quand même, dans de bonnes ou de fâcheuses conditions militaires et contrairement à nos intérêts politiques. Dans le cas d'une double invasion, ajoutait-il, la stratégie comme la politique nous conseille de tenir notre armée le plus longtemps possible à l'écart, de l'établir dans une position latérale menaçante, d'où elle puisse agir offensivement ou rester sur la défense, ou courir sus à celui des envahisseurs qui serait le moins favorable ou le plus dangereux pour notre indépendance nationale.

Cette manière de voir, critiquée au point de vue stratégique comme au point de vue de l'observation de notre neutralité, n'a point prévalu. Les événements de 1870 ont montré que la Belgique pouvait être amenée à remplir autrement sa mission à la frontière et à s'opposer aux opérations militaires des belligérants tendant soit à forcer le passage, soit à se servir du territoire comme point d'appui stratégique. L'importance qu'il y avait à fortifier, à cet effet, la ligne de la Meuse apparaissait considérable. Elle avait été mise en lumière, dès 1882, par le général

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