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chent sur tous les marchés du monde et jusque dans les régions qui n'avaient point collaboré jusqu'ici à la civilisation universelle, des débouchés à leurs produits. L'expansion économique sous toutes ses formes est, nous l'avons montré, dans la vocation par excellence des États pacifiques à titre permanent. Dans cette carrière ouverte aux nations manufacturières et commerçantes, s'ils rencontrent des émules plus puissants, sur quel fondement rencontreraient-ils des ennemis?

Le développement de l'activité propre, l'utilisation de loutes les ressources morales et matérielles du pays, la recherche du bien national, l'accroissement de la prospérité publique en tout ce qui ne lèse pas les droits d'autrui, répond à la première et légitime tendance des États. Le progrès est la loi même de l'humanité dans les individus qui la composent et dans les sociétés qui l'élèvent à sa plus haute puissance.

Les nations avec qui nous nous rencontrons sur le terrain économique - disions-nous au Sénat le 14 décembre 1900 savent que si nous recherchons l'extension de nos relations commerciales à l'étranger, nous agissons non seulement en verlu du droit le plus légitime, mais à raison d'un devoir impérieux, inéluctable pour un Etat où la densité de la population est extrême, où l'abondance des capitaux dépasse les richesses naturelles à féconder, où la production est sans proportion avec les besoins locaux et qui éprouve vivement le contre-coup de la politique douanière adoptée par tant de nations. Ils savent que malgré l'inégalité résultant pour nous de la faiblesse de certains ressorts du commerce international, notre activité économique tend loujours à se développer sur le pied d'une loyale concurrence, en esprit d'harmonie avec l'activité économique de tous les autres Etats, sans dessein d'inféodation exclusive.

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Si nous jouissons dans divers pays, exposés plus ou moins aux luttes d'influence d'autres Puissances, d'une situation à certains égards favorable, celle-ci ne peut nous être enviée parce qu'elle découle pour nous d'un ordre de choses adopté dans un intérêt international général et qu'elle tient à ce que le marché belge, entre autres mérites, a la double réputation de traiter les affaires pour elles-mêmes et de payer bien.

Le développement économique du pays dépend en première ligne de l'activité et de l'intelligence de nos industriels et de nos commerçants comme du travail de nos populations ouvrières, secondés par tous les facteurs qui concourent à la production, à la distribution et à la consommation des richesses. La politique économique a pour objet, non de primer ou d'absorber, mais de seconder heureusement ces énergies. Elle tend à favoriser la production et le commerce à l'intérieur par une série de mesures appropriées, telles qu'un bon système d'impôts, le perfectionnement et l'adaptation de ce que l'on appelle d'une manière générale l'outillage économique du pays : routes, voies serrées, canaux, ports, etc. Elle peut favoriser le commerce extérieur de diverses manières importantes, parmi lesquelles nous relevons la création d'un bon corps consulaire à l'étranger, une bonne législation concernant le commerce et la navigation, une aide intelligente accordée à la formation et au développement d'une marine nationale, une sage politique commerciale appliquée au régime douanier et aux traités de commerce et une féconde politique coloniale.

La réorganisation et le développement du corps consulaire belge ont été poussés activement en ces dernières années, sous l'impulsion de nos deux derniers Ministres

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des Affaires étrangères, M. le comte de Mérode-Westerloo et M. le baron de Favereau, admirablement secondés par M. le directeur général Capelle.

L'absence d'une marine nationale marchande abstraction faile d'une marine militaire est une cause d'infériorité réelle et considérable pour le commerce belge. L'importance du « pavillon » n'est pas, ce semble, à démontrer. Les questions que soulève celle situation sont présentement mises à l'étude par le Gouvernement.

La politique commerciale de la Belgique a subi des oscillations considérables depuis le moment où la Révolution belge vint brusquement et d'une manière profonde modifier l'échiquier économique du pays. Trois phases peuvent être distinguées à ce point de vue ; elles se résument bien, comme tendance, dans ces mots : protectionnisme, libre-échangisme, opportunisme.

Dans la période initiale de notre émancipation nationale, le protectionnisme domina notre politique commerciale. Le monopole du marché intérieur était représenté comme une compensation de la perte du marché hollandais et du commerce colonial. La loi du 31 juillet 1834 établit l'échelle mobile des droits sur les céréales et décupla certains droits d'entrée, tels que les droits antérieurement modérés sur les tissus de lin. A la suite d'une enquête industrielle et commerciale décrétée en 1840, le mouvement protectionniste se généralisa. Les agriculteurs, les industriels reçurent d'amples satisfactions à leurs doléances. Le commerce fut associé aux faveurs protectionnistes. C'est ainsi que la loi du 21 juillet 1844, en vue de favoriser la navigation directe et le pavillon national, établit des tarifs différents suivant la provenance des marchandises et le mode d'importation. Ces mesure

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ne produisirent pas les résultats attendus. Les projets d'union douanière avec la France ou avec le Zollverein échouèrent de même. Et bientôt se dessina une orientation nouvelle dans la législation et dans les traités. Dès 1847 et surtout à partir de 1850, le déclin du protectionnisme est accentué et la politique commerciale du pays s'achemine vers le libre échange.

Les traités de commerce conclus par la Belgique, de 1861 à 1865, sur le type libéral du traité anglo-français du 23 février 1860, et la loi du 14 août 1865, décrétée peu de temps après le grand acte du rachat du péage de l'Escaut, consacrèrent la nouvelle réforme douanière, laquelle concourut pour une part considérable à la merveilleuse expansion du commerce et de l'industrie belges durant une longue période de prospérité économique.

L'incidence et les répercussions du mouvement protectionniste qui se dessina en France dès la fin de l'Empire et se développa après la chute de l'établissement impérial, l'orientation nouvelle accusée dans le même sens par la politique de la plupart des grandes Puissances commerciales, remirent en question en Belgique le principe du libre échange auquel il semblait que l'on füt fermement et universellement rallié. Le renouvellement laborieux du traité de commerce avec la France en 1882 fut le signal chez nous d'un revirement d'opinion assez prononcé. Au Parlement, on qualifia, à diverses reprises, de « duperie certaines franchises sans réciprocité. Le libre échange pur n'était plus, même chez ses défenseurs, ce dogme économique auquel était due une foi absolue. La période opportuniste était ouverte. Les principales étapes dans cette voie sont marquées par la loi du 8 juin 1887, éta

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blissant un droit d'entrée sur les bestiaux et les viandes, et la loi du 12 juillet 1895, modifiant le tarif des douanes.

En 1892, dans l'Exposé des motifs d'un projet de loi concernant la réduction des droits de fanal et la modification d'autres droits, M. Beernaert, Ministre des Finances, s'était exprimé de la manière suivante :

Les relèvements de tarifs de douanes récemment opérés par plusieurs des pays avec lesquels nos relations commerciales sont les plus importantes, font à quelques-unes de nos grandes industries une situation difficile. Sans doute, le passé démontre qu'à force d'énergie, d'activité et d'intelligente économie dans l'organisation du travail, elles triompheront de ces difficultés comme elles l'ont fait jusqu'ici, et qu'aux débouchés compromis on trouvera à en substituer d'autres. Mais il se produit toujours, en pareil cas, une période transitoire, où le trouble apporté dans les conditions de la production se fait sentir cruellement, et il devait d'autant plus en être ainsi cette fois que, par suite de circonstances de tout genre, la situation économique est partout difficile. Il était du devoir du Gouvernement de se préoccuper de cet état de choses, et il croit ne pouvoir mieux venir en aide à l'industrie que par des réductions de tarifs de transport sur le chemin de fer, par la réduction à moitié des droits sur les feux et fanaux, et par quelques réductions des droits d'entrée qui frappent certaines matières premières.

L'évolution nouvelle a été caractérisée comme suit par M. le comte de Smet de Naeyer, Ministre des Finances, dans l'Exposé des motifs du projet de loi de 1895 :

Aujourd'hui, comme en 1892, le Gouvernement estime qu'il est de son devoir de se préoccuper de la situation faite à la production nationale par les relèvements de tarifs

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