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prendre l'initiative de certaines conférences diplomatiques importantes. C'est en s'inspirant de ces précédents que notre Ministre des Affaires étrangères, acceptant de prendre part à la Conférence de Berlin de 1885, disait que « la Belgique sera toujours disposée à prêter son concours à des auvres intéressant la civilisation, le commerce et le progrès général ». Il est souvent arrivé à notre pays de recevoir, dans l’aréopage des nations, des marques de sympathie qui ne peuvent que tourner à l'affermissement de notre nationalité. Rappelons ici que tout récemment la Belgique, sans intervenir dans les grandes questions politiques soulevées par les événements de la Chine, a pu rendre dans le Conseil des Puissances, notamment aux intérêts commerciaux de tous les États, des services importants et universellement appréciés.

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LA POLITIQUE D'UNION ENTRE LES États.

En prêtant leur concours modeste mais vaillant à toutes les améliorations qui peuvent être réalisées sur le terrain si vaste de l'administration internationale, en s'associant selon leurs forces à la réalisation de progrès d'intérêt général, les États neutres à titre permanent ne se bornent pas à collaborer au bien commun de la société des nations; ils s'efforcent d'accomplir une autre tâche bienfaisante : multiplier les liens unificateurs entre les peuples.

« Les États neutres ou secondaires, a dit excellemment M. Rolin-Jaequemyns, ont une mission particulière à remplir dans le développement des relations internationales, mission à la fois glorieuse et utile, privilège en même

! temps que nécessité. Il faut que, sans relâche, ils contribuent à resserrer les liens, non seulement matériels, mais juridiques et moraux qui unissent entre eux tous les membres de la grande famille humaine. C'est en demeurant fidèles à cette mission qu'ils se mettront en mesure de pouvoir, en toute circonstance, établir et invoquer la conformité de leur intérêt particulier avec l'intérêt collectif de l'humanité.

» La tâche peut sembler, au premier abord, difficile et périlleuse. Qui donc donnera aux États neutres ou secondaires les lumières et la sagacité nécessaires pour se guider au milieu des difficultés de toute nature que chaque jour peut amener?

» Heureusement, il est une loi naturelle, vraie pour l'homme et pour les sociétés humaines comme pour tout ce qui a vie : c'est que, chez les êtres doués d'une énergie suffisante pour résister au premier choc, les facultés spéciales se développent à mesure que l'obstacle à surmonter force à les mettre en wuvre. S'il est vrai que la nécessité fasse grandir, chez l'individu et suivant les circonstances où il est placé, la force physique, l'agilité, la finesse des sens, l'esprit d'invention, il n'y a pas de motif pour qu'elle n'aiguise pas aussi chez un peuple l'esprit juridique ou la sagacité politique dans ses relations extérieures. Un coup d'ail jeté sur l'histoire confirme l'exactitude de cette assertion (1). »

Loin de nous la pensée de méconnaitre ce qu'il y a de

(1) ROLIN-JAEQUEMYNS, Le rôle et la mission des nations neutres ou secondaires dans le développement du droit international. Lecture faite à la séance publique de la Classe des lettres de l'Académie royale de Belgique, le 12 mai 1875 (BULLETIN, 1875, p. 751.)

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tutélaire pour l'ordre stable du monde dans les grandes alliances de défense et de pondération qui dominent présentement le système des nations, et surtout dans les efforts incessants faits par les souverains et les hommes d'État

pour faire produire à ces puissants organismes des fruits de pacification. Mais à côté de cette remarquable efflorescence du génie politique de notre temps, il y a place pour une culture plus modeste de cette belle plante de la solidarité internationale dont les rameaux tendent de nos jours à s'entrelacer par-dessus les frontières au point de ne pouvoir plus se déprendre. Les grands États sont rivaux sur trop de terrains pour que leurs desseins et leurs démarches soient à l'abri des soupçons. Que d'euvres utiles se trouvent par là enrayées ! Moins sujets à de pareilles défiances, les États neutres à titre permanent peuvent travailler efficacement, encore que dans une sphère restreinte, à multiplier les cuvres de concorde propres à former de bienfaisants liens entre les États et à contrebalancer par le développement des nombreux facteurs qui rapprochent les peuples, les forces visibles ou cachées qui travaillent à leur antagonisme.

§ 6. LA POLITIQUE DE CONCOURS AU DÉVELOPPEMENT DU

DROIT INTERNATIONAL ET A L'ORGANISATION DE LA PAIX

JURIDIQUE.

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La vocation des Étals neutres à titre permanent comme représentants modestes mais persistants de la paix juridiquement organisée, n'est pas moins importante à signaler.

« En reconnaissant, d'une part, la paix fondée sur la justice et non la guerre comme l'état naturel de l'huma

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nité, en garantissant, de l'autre, par des stipulations positives, la neutralité de certains États, assez forts pour subsister par eux-mêmes, pas assez pour inquiéter sérieusement leurs voisins, le droit international moderne confie pour ainsi dire à ces États un dépôt sacré : celui de la paix, de l'ordre, de la liberté raisonnable et du progrès sage dans les relations internationales. Nulle situation ne saurait être plus avantageuse ni plus honorable pour ces États. Mais nulle aussi ne saurait être plus favorable au maintien de l'ordre public européen.

» Une autre considération, d'une nature ethnographique, à l'avantage de nos États neutres actuels, c'est que leur population appartient en général à deux ou plusieurs nationalités différentes. Obligés de tenir compte de ce fait dans leur gouvernement et dans leur politique intérieure, il ne saurait leur être difficile de s'abstenir, dans leurs relations extérieures, de toute préférence exclusive. Il doit donc être possible de former, au sein de ces États, une opinion publique impartiale, calme, propice aux délibérations sérieuses.

» Nulle situation ne sera plus propre à l'étude théorique du droit des gens, à l'abri des passions et des préjugés. Nulle terre ne sera plus hospitalière aux assemblées sérieuses, scientifiques ou diplomatiques, ayant en vue de faire quelque chose pour l'amélioration pratique de ce droit.

» Tel est le rôle, telle est la mission qui me parait assignée aux États neutres ou secondaires dans le développement du droit international. Certes, il n'est pas de rôle meilleur ni plus enviable s'il est vrai, comme il faut le croire, que la place des peuples dans l'histoire, que leur part dans la reconnaissance de la postérité ne se mesure

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pas à leur territoire ni à leur population, mais aux services qu'ils ont rendus (1). »

En relevant à ce point la vocation historique des États neutres à titre permanent, si l'auteur que nous venons de citer a cédé à quelque enthousiasme, il a poursuivi un but plus élevé qu'une vaine satisfaction donnée à la fierté nationale : il a marqué à ses concitoyens un idéal de nature à éveiller dans leurs âmes les nobles sollicitudes et les généreuses activités. Un grand but double les efforts et leur assure parfois une surprenante fécondité.

Dans notre Mémoire aux Puissances sur l'organisation de l'arbitrage international, nous avons essayé de caraclériser en ses traits fondamentaux la communauté juridique des États civilisés.

Malgré tant d'ombres encore et en dépit de tant de défaillances, la civilisation poursuit victorieusement, dans l'espace et dans le temps, son évolution progressive.

Géographiquement, nous la voyons rayonner sur le globe à l'aide de moyens de pénétration inconnus aux autres âges et sous une forme éminemment propre à assurer la stabilité de ses conquêtes. Des liens d'Etat de nature variée rattachent aujourd'hui les unes aux autres presque toutes les populations répandues sur la surface de la terre. Et il semble que nous approchions du moment où il n'y aura plus de races déshéritées dans la grande famille humaine : car les Puissances modernes, dans leur expansion, s'efforcent sincèrement d'allier à la recherche d'avantages légitimes l'accomplissement de la mission civilisatrice qui incombe aux peuples majeurs vis-à-vis des rejetons inférieurs de l'humanité. Voyez d'ailleurs le progrès : au siècle

(1) ROLIN-JAEQUEMYNS, loc. cit.

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