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DISSERTATION.

Les Romains, qui établirent leur empire par les armes sur les débris des plus puissantes monarchies, furent si forts partisans du duel, comme étant la loi la plus naturelle, celle de la force, qu'en lisant leurs plus anciens et leurs plus célèbres historiens, on voit

qu'ils ne connaissaient d'autres juges, pour le partage même de leurs biens, que le hasard des combats.

Les plus sages d'entre eux proposèrent des lois pour terminer ces différends sans effusion de sang.

Les Gaulois avaient les mêmes coutumes, mais ce caractère de valeur était poussé encore plus loin ; et toujours armés (usage qu'on ne trouve ni chez les Grecs, ni chez les Romains), ils aggravaient le danger par la facilité de combattre. Lorsqu'ils n'avaient point d'ennemis, ils se battaient entre eux. Les combats singuliers étaient une sorte d'amusement : les juges les leur ordonnaient lorsqu'ils avaient des différends. Les témoins prouvaient leur témoignage en se' battant. Les femmes étaient guerrières. Les prêtres, après la mort du chef des druïdes, se disputaient sa dignité les armes à la main.

Si les compagnes des Gaulois étaient guerrières et valeureuses, de nos jours il n'y a point de meilleurs juges du point d'honneur que les femmes. La faiblesse même de leurs organes leur donne de l'admiration pour la force. Elles regardent l'homme pusil

lanime comme indigne de leur affection. Leur tact plus fin que le nôtre, la générosité de leur cæur, donnent à leur jugement le sentiment du vrai. Mieux que nous, elles savent supporter, avec cette énergie qui ne se dément jamais, les grandes infortunes, les grandes douleurs et tous ces maux qui , longs et accablans, nous énervent et nous abattent. Anges sauveurs, nous les retrouvons lors de nos souffrances; anges consolateurs, elles viennent prendre part à nos peines. Le jour de l'infortune est leur jour de gloire; vous les voyez se grandir, fières et radieuses. S'il faut donner sa vie, s'il faut donner son avenir, d'avance elles sont préparées, et consentent à ces sacrifices avec cet abandon délicieux et ce même sourire qui les embellissaient au jour des hommages et des fêtes.

Une femme voit-elle l'objet de son choix injustement agresseur; bientôt elle lui fait sentir ses torts; il trouvera sa condamnation dans le moindre de ses mouvemens; chaque geste sera un tacite reproche : pourtant elle saura souffrir et se taire, elle n'a pas été consultée.

Mais qu'elle voie insulter celui qu'elle aime, elle viendra lui presser la main avec ce regard tendre et

fier qui semble lui dire : Fais ton devoir, aie du courage : j'en aurai bien, moi!

Jusqu'au xiire siècle, la fureur des combats singuliers avait passé aux Français. Saint Louis en condamna l’abus, et le champ clos fut interdit. Les rois ses successeurs lancèrent de nouveaux édits, firent de nouvelles lois répressives, sans pouvoir arrêter le cours de ces duels. La multitude des remèdes irrita le mal; leur violence l'aggrava au lieu de l'éteindre. Ces lois furent violées avec arrogance et impunité; il semblait que le courage s'accrût quand on acceptait et qu'on recevait un appel d'honneur. On risquait deux fois sa vie pour se venger. La valeur des champions redoublait à l'aspect des dangers. Le glaive de la loi et celui de l'adversaire se croisaient sur leurs têtes; mais poussés par cette fierté d'amour-propre et de vaillance innée dans le caractère français, ils n'en couraient que plus joyeux au combat.

On lit dans l'histoire de France, au commencement du règne de Louis XIII, au xvil siècle :

«La fureur des duels faisoit alors les plus terri» bles ravages : c'était une véritable frénésie. Le ca

ac

» price et la vanité, comme les passions violentes, im» posaient l'obligation de se battre. Les amis devaient » entrer dans les querelles de leurs amis, et les ven> geances devenaient héréditaires dans les familles. » On comptait près de huit mille lettres de grâce ac» cordées en moins de vingt ans à des gentilshommes » qui en avaient tué d'autres dans ces combats sin» guliers. C'est ce qui avait déterminé Henri IV à » renouveler la défense des duels; mais, imbu lui» même de certains préjugés de bravoure, il ferma » les yeux sur les infractions à la loi. La sévérité de » Louis XIII, ou plutôt de Richelieu, semblait né» cessaire pour extirper cet abus. Ils n'en vinrent pas » à bout. L'humanité et la raison ont plus de force » que les lois contre un préjugé barbare : il fallait » adoucir les meurs et faire sentir aux hommes l'ab» surdité d'un point d'honneur qui les rend injustes » et meurtriers. .

» Les comtes de Chappelles et de Bouteville , sei» gneurs distingués par leur bravoure, dont le seul

crime était de s'être battus en duel, eurent la tête » tranchée. Ils furent condamnés à mort par arrêt du » parlement, en 1627. ,

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