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soit fait en même temps pour crime de duel et par les mêmes juges, et qu'ils en demeurent convaincus.

ART. 36.

Toutes les peines contenues dans le présent édit, pour la punition des contrevenans à nos volontés , seraient inutiles et de nul effet si, par les motifs d'une justice et d'une fermeté inflexibles , nous ne maintenions les lois que nous avons établies. A cette fin, nous jurons et promettons en foi et paroles de Roi, de n’exempter à l'avenir aucune personne , pour quelque cause et considération que ce soit, de la rigueur du présent édit; qu'il ne sera par nous accordé aucune rémission , pardon et abolition à ceux qui se trouveront prévenus desdits crimes de duels et rencontres.

Défendons très-expressément à tous princes et seigneurs près de nous de faire aucunes prières pour les coupables desdits crimes, sur peine d'encourir notre indignation. Protestons derechef que ni en faveur d'aucun mariage de prince ou princesse de notre sang, ni pour les naissances des princes et enfans de France qui pourront arriver durant notre règne, ni pour quelque considération générale et particulière qui puisse être nous ne permettrons sciemment être expédié aucunes lettres contraires à notre présente volonté, l'exécution de laquelle nous avons jurée expressément et solennellement au jour de notre sacre et couronnement, afin de rendre plus authentique et plus inviolable une loi si chrétienne, si juste et si nécessaire.

Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers , les gens tenant notre cour de parlement, que ces présentes ils fassent lire, publier et registrer, et le contenu en icelles garder et observer inviolablement, sans y contrevenir ni permettre qu'il y soit contrevenu; car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, au mois d'août, l'an de grâce 1679, et de notre règne le 37€.

Signé LOUIS.

Et plus bas :

Par le Roi ,

COLBERT.

Visa , LETELLIER , pour servir à l'édit concernant les duels.

Et scellé du grand sceau de cire verte, sur lacs de soie rouge et verte.

Registrées, oui, et ce requérant, le procureur-général du Roi , pour être exécutées suivant leur forme et teneur.

A Paris, en Parlement, le premier septembre mil six cent soixante-dix-neuf.

Signé Dongois.

«Sire, s'écriaient les prélats présidés par le cardinal Mazarin, dans leurs remontrances au roi, Votre Majesté est le seul dispensateur de la gloire; c'est pourquoi, Sire, si Votre Majesté veut efficacement réformer un désordre qui affaiblit son État; si elle veut ménager le sang de ses plus nobles sujets pour s'en servir dans les armées; si elle veut détourner la colère de Dieu, à qui le sang répandu par le meurtre demande continuellement vengeance; il faut qu'elle déclare ses sentimens

par

des famie sur les coupables ; il faut que ses discours particuliers s'accordent avec ses édits ; il faut qu'elle parle dans le cabinet comme dans les tribunaux de la justice, et qu'étant persuadée qu'il y a de la làcheté dans les duels, elle imprime une opinion si juste dans l'esprit de sa noblesse. »

marques d'in

En effet, le noble cæur du roi ne pouvait s'accorder avec ses ordonnances; il eût souffert avec mé

pris, par respect pour ses lois, et peut-être même chassé de sa cour, le lâche marqué du sceau de l'infamie; il eût dit au courtisan, comme le maréchal de*** (1) disait à M.***

qui

avait reçsu un soufflet sans en tirer vengeance : « Allez vous laver, monsieur. » Et ce gentilhomme resta entaché jusqu à ce qu'il eût trouvé l'occasion de se faire tuer, ce qu'il fit trop tard pour son honneur. Enfin, ces peines terribles, ces déplorables édits, ces infamantes représailles, pliaient devant l'infamie d'un refus de combattre, et rendaient ces lois inutiles et cruelles en même temps : l'esprit du siècle le voulait ainsi.

Une plaisanterie philosophique de Molière les frappa encore d'un nouvel anathème; elles tombèrent en désuétude, et les duels en devinrent moins fréquens :

LE SICILIEN, Scène XIII.

Un personnage arrive et lui dit :

Seigneur, j'ai reçu un soufflet ; vous savez ce

(1) Il était lui-même l'un des juges du point d'honneur, l'un des signataires sévères du Réglement con!re les duels.

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qu'est un soufflet lorsqu'il se donne à main ou» verte sur le beau milieu de la joue. J'ai ce soufflet » fort sur le cæur, et je suis dans l'incertitude si, » pour me venger de l'affront, je dois me battre » avec mon homme, ou bien le faire assassiner.

» - Assassiner, c'est le plus sûr et le plus court » chemin, reprend le Sicilien ; quel est votre en» nemi ?

» - Parlons bas, s'il vous plaît, etc. »

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Au jour où nous sommes, je lis dans les journaux qu'aux États-Unis il vient d'être présenté un projet de loi contre les duels, dont voici les principales dispositions :

« En cas de mort dans un duel, les créanciers du défunt auront sur le survivant la même action qu'ils avaient sur leur débiteur, puisque c'est par le fait du survivant qu'ils sont privés

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