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moins reconnaissance et respect aux législateurs qui font leurs efforts pour le bien-être et la conservation des hommes; et si ces efforts sont vains, c'est que la première loi, celle qui soumet toutes les autres à son empire, est la loi du cœur.

Ainsi donc, en compulsant les lois de toutes les nations, en voyant leurs résultats déplorables et le peu de frein qu'elles apportent, chacun ne peut-il avoir cette conviction, qu'il est impossible d'empêcher le duel; mais que le rendre équitable, qu'en régler non seulement les chances, mais encore le droit, le droit, j'appuie sur ce mot, c'est prévenir non seulement les résultats funestes de pareilles rencontres, mais c'est les diminuer, c'est donner aux faibles la part des avantages qu'ils perdent par le choix de témoins qui ne savent pas imposer leur volonté, c'est rendre cette volonté nulle devant ce droit, c'est rendre le duel moins nécessaire, moins fréquent, moins dangereux.

dans tout autre pays, tombée en désuétude; qu'en général ces poursuites, si elles sont faites, ne le sont que contre celui qui, réellement ayant tort, aurait, sans raison, envoyé un cartel ou provoqué une rencontre par une injuste et impardonnable insulte.

Quel est celui d'entre nous qui n'ait entendu raconter l'histoire de duels où l'assassinat est resté sans vengeance? Qui n'en a vu d'affreux par leurs formes? Quel est l'homme d'honneur qui ne voudrait mettre un terme à ces déplorables résultats, qui ne s'empressera de me donner ses conseils, et de venir tendre une main amie à celui dont la faible voix'ne pourrait être entendue sans un généreux concours ? Vous tous qui avez du cæur, reculerez-vous devant une æuvre que vous avouez bonne et philantropique? Ne serait-il pas encore méritoire d'avoir donné l'essor à une idée conservatrice, quand même vous échoueriez devant une volonté plus forte? Ce n'est pas l'apologie du duel que vous entreprenez de faire, quand vous viendrez dire que l'expression du regret d'avoir fait une offense est d'une énergie plus noble peut-être que

celle
que
l'on

porte au combat; quand vous viendrez joindre vos efforts aux miens pour éviter des résultats funestes; quand vous viendrez proclamer que le plus bel apanage du vrai courage est la générosité.

Et vous, critiques irréfléchis, voyez mon intention et non le livre; attachez-vous à la pensée et non aux formes. Vous viendrez me demander, sans

doute , de quel droit nous érigeant en censeurs, nous venons régler vos volontés. Pouvons-nous donc rien imposer? Pouvons-nous vous empêcher de la suivre, cette volonté que vous revendiquez? Est-ce que ceux qui prendront pour règle les conseils qui partent de notre profonde conviction et de notre conscience ont rien qui les y force ?

Répondez à votre tour, mais ne tentez pas de m'arrêter dans le chemin d'une action que je crois bonne, noble et généreuse. Venez à mon aide, tous les braves de ma patrie; à mon aide, vous tous qui m'avez dit : Osez !

Rappelez-vous les fautes absurdes que vous avez vu faire aux témoins (1); les querelles mal rapatriées où les antagonistes restent mécontens d'euxmêmes et des autres ; les divergences d'opinions parmi les seconds; les demandes injustes, les querelles qu'elles suscitent; les exigences difficiles à combattre, les propositions inadmissibles et souvent ridicules, et permettez-moi de vous citer quelques exemples :

(1) « Ce ne sont ni les balles ni les épées qui tuent, ce sont les » témoins. » (Opinion rationnelle d'un maitre d'armes.)

« Vous m'avez insulté dans ce que j'ai de plus » cher, disait un homme à un autre; je viens moi» même vous en demander raison.

» Je suis à vos ordres, quels que soient vos. motifs.

A merveille; mais j'ai le choix des armes.

Vous avez le choix des armes. » — J'ai le choix des distances.

Vous pouvez prendre vos distances.

Et comme je suis l'insulté, je dois tirer le premier.

Tuez-moi donc de suite, reprit l'autre, ou » remettons à nos témoins le soin de régler cette allaire.

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Privé du libre usage d'une jambe par suite d'une blessure, ne pouvant se fendre, M. *** reçoit une insulte aussi grave qu'inattendue. Il avait le choix des armes; il fait un mauvais choix de témoins; ceux de l'adversaire imposent leur volonté. Forcé de se battre à l'épée, victime facile à abattre, il trouve la mort au lieu de la vengeance.

M. B., gravement insulté, pouvait choisir ses armes. L'adversaire demande l'épée, puis ensuite veut le pistolet, puis le sabre, puis de la convention du sabre sans pointe. Les droits de B. sont méconnus : tout est accepté.

M. de C., dans un duel au signal, accepté sans son consentement, tire au troisième coup frappé, comme l'honneur lui en faisait une loi, et son adversaire reste à le viser long-temps, et jusqu'à ce que M. de C. se soit tourné vers ses témoins en leur disant : « J'ai » sans doute tiré au second coup, Messieurs. » Seulement alors les témoins se précipitent et arrêtent l'adversaire , qui n'avait

pas
tiré

parce qu'il avait oublié d'armer, et seulement à cause de cet oubli; autrement, il n'était plus temps. Qu'en serait-il résulté ?

M. ***, dans un duel au signal, tue son adversaire avant le troisième coup, et reste impuni.

Qui ne pourrait venir encore citer de nouveaux et douloureux faits à l'appui de ceux-ci?

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