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ACTE PREMIER.

SCÈNE 1.

DAPHNÉ, ÉROXÈNE, ACANTE, TIRÈNE.

ACANTE.

Ar! charmante Daphné!

TIRÈNE.

Trop aimable Eroxène!

DAPHNÉ.
Acante, laisse-moi.

ÉROXÈNE.
Ne me suis point, Tirène.

ACANTE, à Daphné.
Pourquoi me chasses-tu ?

TIRÈNE, à Éroxène.

Pourquoi fuis-tu mes pas ?

DAPHNÉ, à Acante. Tu me plais loin de moi.

ÉROXÈNE, à Tirène.

Je m'aime où tu n'es pas.

ACANTE.
Ne cesseras-tu point cette rigueur mortelle?

TIRÈNE.
Ne cesseras-tu point de m'être si cruelle?

DAPHNÉ.
Ne cesseras-tu point tes inutiles voeux?

ÉROXÈNE,
Ne cesseras-tu point de m'être si fâcheux?

ACANTE.

Si tu n'en prends pitié, je succombe à ma peine.

TIRÈNE.
Si tu ne me secours, ma mort est trop certaine.

DAPUNÉ.
Si tu ne veux partir, je vais quitter ce lieu.

ÉROXÈNE.
Si tu veux demeurer, je te vais dire adieu.

ACANTE.

Hé bien! en m'éloignant je te vais satisfaire.

TIRÈNE.
Mon départ va t'ôter ce qui peut te déplaire.

ACANTE,
Généreuse Éroxène, en faveur de mes feux,
Daigne au moins, par pitié, lui dire un mot ou deux.

TIRÈNE.
Obligeante Daphné, parle à cette inhumaine,
Et sache d'où pour moi procede tant de haine.

SCÈNE II.

DAPHNÉ, ÉROXÈNE.

É ROXÈNE.
ACANTE a du mérite, et t’aime tendrement;
D'où vient que tu lui fais un si dur traitement?

DAPHNÉ.
Tirène vaut beaucoup, et languit pour tes charmes;
D'où vient que sans pitié tu vois couler ses larmes ?

ÉROXÈNE.
Puisque j'ai fait ici la demande avant toi,
La raison te condamne à répondre avant moi.

DAPANÉ.
Pour tous les soins d’Acante on me voit inflexible,
Parce qu'à d'autres væux je me trouve sensible.

ÉROXÈNE. Je ne fais

pour

Tirène éclater que rigueur,
Parce qu'un autre choix est maître de mon coeur.

DAPHNÉ.
Puis-je savoir de toi ce choix qu'on te voit taire?

ÉROXÈNE.
Oui, si tu veux du tien m'apprendre le mystère.

DAPHNÉ.
Sans te nommer celui qu'amour m'a fait choisir,
Je puis facilement contenter ton désir;
Et de la main d'Atis, ce peintre inimitable,
Jen garde dans ma poche un portrait admirable,

Qui jusqu'au moindre trait lui ressemble si fort, Qu'il est sûr que tes yeux le connoîtront d'abord.

ÉROXÈNE.
Je puis te contenter par une même voie,
Et payer ton secret en pareille monnoie.
J'ai de la main aussi de ce peintre fameux
Un aimable portrait de l'objet de ines væux,
Si plein de tous ses traits et de sa grâce extrême,
Que tu pourras d'abord te le nommer toi-même.

DAPHNÉ.
La boîte que le peintre a fait faire pour

moi Est tout-à-fait semblable à celle que je voi.

ÉROXÈNE. Il est vrai, l'une à l'autre entièrement ressemble, Et certe il faut qu'Atis les ait fait faire ensemble.

DAPHNÉ. Faisons en même temps, par un peu de couleurs, Confidence à nos yeux

du secret de nos coeurs.

ÉROXÉNE. Voyons à qui plus vite entendra ce langage, Et qui parle le mieux, de l'un ou l'autre ouvrage.

DAPHNÉ.
La méprise est plaisante, et tu te brouilles bien;
Au lieu de ton portrait, tu m'as rendu le mien.

ÉROXÈNE.
Il est vrai; je ne sais comme j'ai fait la chose,

DAPHNÉ.
Donne. De cette erreur ta rêverie est cause.

ÉROXÈNE.
Que veut dire ceci? Nous nous jouons, je croi:
Tu fais de ces portraits même chose que moi.

DAPHNÉ.
Certes, c'est pour en rire, et tu peux me le rendre.

ÉROXÈNE, mettant les deux portraits l'un à côté de l'autre. Voici le vrai moyen de ne se point méprendre.

DAPANÉ.
De mes sens prévenus est-ce une illusion ?

ÉROXÈNE.
Mon âme sur mes yeux fait-elle impression ?

DAPANÉ.
Myrtil å mes regards s'offre dans cet ouvrage.

ÉROXENE.
De Myrtil dans ces traits je rencontre l'image.

DAPANÉ.
C'est le jeune Myrtil qui fait naitre mes feux.

ÉROXÈNE.
C'est au jeune Myrtil que tendent tous mes voeux.

DAPHNÉ.
Je venois aujourd'hui te prier de lui dire
Les soins que pour son sort son mérite m'inspire.

ÉROXÈNE.
Je venois te chercher pour servir mon ardeur
Dans le dessein que j'ai de m'assurer son coeur.

DAPHNÉ,
Cette ardeur qu'il t'inspire est-elle si puissante?

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