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rapport, et a remarqué sur la cinquante-unième proposition, qui commence Incantatores, la distinction entre les arts corrompus et criminels dont le fondement est réel, et ceux qui sont faux, nuls pour ainsi dire, et qui ne consistent qu'en tromperies et déceptions; que de ce nombre sont les enchantemens, l'astrologie judiciaire et les autres de même nature, dont l'Ecriture prononce la fausseté et la nullité, Irrita faciens verba divinorum, Isaïe, chapitre XLIV, . 25. Stent et salvent le augures cœli, qui contemplantur sidera, dans le même prophète, chap. XLVII, . 13, qu'on lit aussi dans les Proverbes, chap. xxIII, y. 7. In similitudinem arioli et conjectoris, æstimat quod ignorat. Ce sont ces sortes d'arts, si on les peut appeler de ce nom, qui ne peuvent rendre ceux qui les exercent légitimes possesseurs du salaire qu'ils exigent, parce qu'ils ne sont que des trompeurs.

Mondit seigneur l'évêque de Meaux étant venu à l'article de l'usure, après avoir supposé par le droit civil et canonique les définitions du prêt et du profit qui en provient, avec la distinction d'entre ces contrats et ceux de société, de vente, d'aliénation et autres semblables, il a remarqué en premier lieu, les condamnations des conciles, des papes, et de tous les Pères unanimement, des facultés de théologie, et en particulier de l'assemblée de 1655, qui ne laissoit aucun doute sur cette matière.

En second lieu, que la règle pour connoître la nature des contrats étoit d'en regarder l'intention et l'effet; Dieu en défendant l'usure, défend en même temps tout ce qui est équivalent; ainsi tout

ce qui dans le fond fera tout l'effet de l'usure, que Dieu défend, doit être regardé comme également défendu, quelque nom qu'on lui donne, le dessein de Dieu n'étant pas de condamner ou des mots, ou des tours d'esprit et de, vaines subtilités, mais le fond des choses, que ces contrats frauduleux laissent dans leur entier.

En troisième lieu, il a observé qu'il ne falloit point s'étonner de quelque diversité dans les lois civiles; puisque les SS. Pères avoient décidé qu'elles ne pouvoient préjudicier à la loi de Dieu. Saint Augustin le dit expressément dans la lettre à Macédonius (1); on trouve la même vérité dans saint Chrysostôme, qui remarque entr'autres choses, que la loi civile permettant l'usure au commun des citoyens, la défendoit aux sénateurs; d'où il concluoit qu'elle étoit réputée honteuse, et par-là encore plus indigne des chrétiens, que la loi civile ne la réputoit indigne des sénateurs. Il en étoit de même des divorces que la loi civile permettoit; et quoique ces lois, qui avoient été faites dans le paganisme, subsistassent encore sous les princes chrétiens, l'Eglise ne laissoit pas de les rejeter.

En quatrième lieu, que ces lois qui autorisoient l'usure, dans la suite des temps avoient été corrigées par les empereurs, dont le premier fut Léon le philosophe, qui avoit été suivi par Charlemagne dans ses Capitulaires, par les autres empereurs français, et par tous nos rois, aussi bien que par les autres rois chrétiens.

(1) Epist. LII. ad Maced. n. 15.

En dernier lieu, qu'il étoit vrai que dans quelques provinces on avoit introduit des pratiques contraires; mais qu'outre qu'elles étoient contre les ordonnances, elles ne pouvoient prescrire contre la loi de Dieu qui étoit expresse; qu'il ne falloit pas néanmoins pousser le zèle trop avant en procédant par censures contre les contrevenans, à cause de leur grand nombre, et que c'étoit le cas de garder la règle de saint Augustin: Severitas exercenda erga peccata paucorum.

Que sur le même sujet de l'usure, le conseil de Gerson dans le traité des Contrats, étoit que l'Eglise se contentât d'enseigner la vérité dans les prédications et les confessions, sans en venir aux peines ecclésiastiques.

Que la condamnation de la proposition cinquante-neuvième ôtoit toute excuse aux chrétiens sur l'usure, en combattant Grotius, Calvin et les autres hérétiques, qui soutenoient que la loi donnée aux Juifs contre ce péché étoit abolie dans la nouvelle alliance, et que leur erreur avoit été renouvelée par l'auteur du Traité des Billets; après quoi il n'y avoit qu'à conclure avec la commission contre les propositions rapportées.

Du lundi 30 août, à huit heures du matin.

Monseigneur le cardinal de Noailles, président.

Monseigneur l'évêque de Meaux a dit, que la plupart des qualifications sur les propositions qui avoient été lues, portoient leurs raisons avec elles ; mais qu'il y en avoit quelques-unes dignes d'une at

tention plus particulière, entr'autres celles où l'on osoit attribuer des équivoques et des restrictions mentales, non-seulement aux prophètes et aux anges, mais encore à Jésus-Christ même : que pour condamner cette impiété, il ne faut qu'entendre d'abord, qu'user d'équivoques ou de restrictions mentales, c'est donner aux mots et aux locutions d'une langue une intelligence arbitraire, forgée à sa fantaisie, entendue seulement de celui qui parle, et qui est opposée à la signification ordinaire que leur donnent les autres hommes.

Qu'on a vu dans la condamnation des propositions précédentes, soixante-troisième et soixante-quatrième, que c'est-là un vrai mensonge; mais qu'il n'y a rien de plus faux que d'attribuer, par exemple, un tel langage à Abraham, lorsqu'il appela Sara sa sœur; puisque bien loin que cette expression fût faite à plaisir, il est certain au contraire, que dans le langage usité, on donnoit le nom de frère et de sœur, à ceux qui descendoient d'un père ou aïeul commun, comme Abraham prend soin lui-même de l'expliquer; Genèse, chap. xx, . 2 et 12. Indicavit sororem, non negavit uxorem, comme dit saint Augustin (1).

Que personne n'ignore ce que le même Père a enseigné si doctement sur la bénédiction de Jacob, dans le sermon quatre, de Jacob et Esau, au livre premier des Questions sur la Genèse, question quatre-vingt, et dans le livre du Mensonge. Il suffit seulement de remarquer, selon la doctrine de ce grand

(1) S. Aug. l. xx1í. cont. Faust. cap. xxxiv.

A

homme, que Jacob ne s'étoit point attribué à luimême le nom et la qualité d'aîné; que la chose avoit été préparée dès la Genèse, chap. xxv, ỳ. 22 et 23; que dès-lors et avant leur naissance, Esaü et Jacob avoient été désignés à Rébecca, comme portant la figure de deux peuples, à savoir, les Iduméens et les Israélites, dont les derniers, quoique les cadets, devoient prévaloir sur les autres, comme la suite de l'histoire le fit paroître : que dans une signification encore plus haute, ces deux enfans figuroient, dès le sein de leur mère, l'ancien peuple et le nouveau; et encore en un sens plus haut, selon saint Paul, les élus et les réprouvés : que Rébecca destinée de Dieu pour être en cette occasion la figure de l'Eglise, savoit tout le mystère et conduisit tout l'ouvrage : que ce ne fut pas sans raison qu'elle fit prendre à Jacob le nom et la qualité de l'aîné, qui lui avoit vendu son droit d'aînesse, Genèse, chap. xxv, . 25, 31: que *. pour accomplir la figure, c'étoit sous le nom d'Esau que Jacob devoit recevoir la bénédiction paternelle, parce que le nouveau peuple devoit être béni sous le nom et sous la figure du peuple ancien : qu'il n'y avoit rien là d'arbitraire, mais que tout avoit été préparé de loin par un ordre exprès de Dieu : c'étoit donc ici une grande prophétie, non par que discours, mais par faits, ou, comme l'appelle saint Augustin, un grand sacrement, un grand mystère, magnum sacramentum, magnum mysterium; mais ce qu'il y a de plus manifeste et de plus certain, c'est qu'Isaac ne fut point trompé; car encore qu'il semblât hésiter selon les sens, une lumière intérieure lui faisoit sentir que Jacob devoit être béni: Bene

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