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viandes défendues, d'absoudre de l'hérésie et des autres cas réservés ; cela s'entend pour la conscience.

Le roi m'a commandé de faire un mémoire : je le tiendrai prêt, si votre éminence me fait la grâce de m'envoyer les censures et permissions de M. de Péréfixe : si je puis les avoir dès aujourd'hui, votre éminence trouvera le mémoire fait. Je la supplie de n'oublier pas la permission donnée par votre éminence au catéchisme de Montpellier.

Le roi ne croira qu'aux faits constans. J'espère que se réduisant à ces chicanes, M. le chancelier sera confondu. Respect et obéissance.

† J. BENIGNE, Ev. de Meaux.

A Versailles, samedi matin, 18 novembre 1702.

Il faudroit l'arrêt de 1667, cité dans l'ordonnance de son éminence, pour voir si le mot de permission est formel, comme il paroît.

y

LETTRE AU MÊME,

Sur le même sujet.

Je viens, monseigneur, de trouver l'équivalent de la censure de Mons, et il ne manque que la date: ainsi j'espère mettre demain matin le mémoire en état d'être présenté lundi prochain. J'espère en Dieu, et je crois qu'il déterminera le roi, sur qui la vérité et la justice peuvent beaucoup. Plus je recevrai de mémoires, plus je fortifierai le raisonnement. Je rends compte à votre éminence, afin

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qu'elle prenne son temps plus elle sera proche plus je ferai tôt: mais elle peut venir en assurance qu'elle trouvera, s'il plaît à Dieu, le mémoire. Il faudra le revoir, le fortifier, le polir. Respect et obéissance.

† J. BENIGNE, Ev. de Meaux.

A Versailles, samedi soir, 18 novembre 1702.

IV. MÉMOIRE

SUR LES ORDONNANCES DES ÉVÈQUES,

Pour répondre à la difficulté principale que faisoil M. le chancelier.

IL plut au roi, par sa grande bonté, de m'appeler dans son cabinet, samedi 18 de novembre, pour me dire de sa propre bouche en quoi consistoit la difficulté que formoit M. le chancelier, sur l'ordonnance de M. le cardinal de Noailles et sur la mienne.

Ce sage ministre prétend qu'il n'a innové en rien, et que M. le cardinal de Noailles a innové en se servant des termes dont M. de Péréfixe, archevêque de Paris, ne s'est jamais servi: à quoi il ajoutoit, comme par maxime, qu'il ne convenoit aux évêques que d'examiner et d'approuver; mais que tout ce qui s'appeloit permission ou permettre étoit une appartenance de l'autorité royale: et c'est à quoi sa majesté, avec sa justesse et sa précision ordinaire, réduisoit la prétention de M. le chancelier.

Le

Le Roi m'ayant commandé d'avoir l'honneur de lui présenter un mémoire sur ce sujet, je suis obligé de lui dire ce fait constant, que ceux qui ont informé ce grand ministre, sauf respect, ne lui ont pas dit la vérité.

Il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour en être convaincu, et à lire l'Ordonnance du 18 de novembre 1667, de M. de Péréfixe, portant censure du nouveau Testament de Mons, pour y voir en termes formels que le fondement de la censure de cette version est, «< qu'on y a manifestement contrevenu aux >> ordonnances et décrets des conciles, qui ont dé» fendu d'imprimer les livres sacrés sans autorité et » permission spéciale des évêques, dans leurs dio» cèses » à quoi l'ordonnance ajoute, qu'il est nécessaire « de réprimer une telle contravention», et que ce prélat « voyoit avec douleur, qu'au préju» dice de cet ordre et d'une police si saintement » établie, on débitoit dans la ville métropolitaine, » sans sa permission, une nouvelle traduction du >> nouveau Testament en français, imprimée en la » ville de Mons ». Voilà donc déjà le terme de permission employé par M. de Péréfixe, en cas pareil à celui-ci.

Si l'on impute à nouveauté à M. de Paris d'aujourd'hui, de s'être appuyé du concile de Trente, il n'y a qu'à lire ces mots dans la censure de M. de Péréfixe : « Le sacré concile de Trente a très-expres» sément défendu, et sous peine d'anathême, toutes » sortes d'impressions des livres sacrés, sans la per>> mission des supérieurs ecclésiastiques, etc. »

Si M. de Paris d'aujourd'hui s'appuie de l'auto-
BOSSUET. VII.

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rité du concile de Sens, il le fait encore à l'exemple de M. de Péréfixe, son prédécesseur, qui produit ce même concile, où se trouve en termes exprès la nécessité de l'autorité « et permission spéciale des

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évêques », répétée deux ou trois fois, pour prévenir les désordres des versions et interprétations arbitraires. C'est ce qui est contenu dans les décrets des mœurs du même concile, chapitres xxx et

XXXIV.

On n'a pas besoin de remarquer combien fut célèbre ce concile (1), où se trouvèrent en personne tous les évêques de la province, à la réserve de celui d'Orléans, qui fut présent par un vicaire; et tous ayant à leur tête un archevêque chancelier de France. Mais on ne doit pas oublier que personne n'a jamais repris ce concile, ni quand il a été tenù en l'an 1528, ni quand il a été allégué par M. de Péréfixe en l'an 1667.

Le même M. de Péréfixe cite encore, en confirmation de la même discipline, comme a fait M. de Paris son successeur, les conciles de Bourges de 1584, et de Narbonne de 1609, et ajoute qu'unë discipline si sainte et si utile devoit retenir ceux qui font gloire d'être du nombre des enfans de l'Eglise, de rien avancer contre des ordonnances faites avec tant de justice, et souvent réitérées.

Si l'on veut descendre au particulier, on trouvera dans l'Ordonnance de M. de Péréfixe, comme dans

(1) Ce concile fut assemblé contre les erreurs des Luthériens, et pour la réformation des abus introduits dans l'Eglise. Le président étoit le cardinal Antoine du Prat, archevêque de Sens et chancelier de France. (Edit. de Deforis.)

celle de M. le cardinal de Noailles, ces trois défenses expresses: la première, « à tous les fidèles de lire » ni retenir cette traduction »; la seconde, « aux » libraires et imprimeurs de la débiter et impri»mer»; et la troisième, «< aux prêtres et directeurs » d'en conseiller la lecture'» et si cette dernière défense est décernée sous peine d'excommunication ipso facto, dans l'Ordonnance d'aujourd'hui, M. dẻ Péréfixe avoit usé dans la sienne d'une pareille distinction de sorte qu'en tout et partout, et comme de mot à mot, son successeur n'a fait que le suivre.

La seule différence qu'on peut remarquer entre l'Ordonnance de M. de Péréfixe et celle de M. le cardinal de Noailles, c'est que la dernière est fondée sur les erreurs particulières de la versión de Trévoux; au lieu que M. de Péréfixe n'appuie sá censure que sur le défaut de sa permission; ce qui montre mieux combien ce défaut est essentiel.

Voilà donc le droit des évêques bien établi. M. le cardinal de Noailles a pu alléguer la nécessité de la permission des ordinaires; puisque son prédécesseur l'a établie pour fondement de sa censure. M. Séguier, qui étoit alors chancelier de France, ne crut point que cette maxime donnât atteinte aux droits. de sa charge; et quatre jours après, la censure de M. de Péréfixe fut suivie d'un arrêt du conseil d'en, haut, qui portoit suppression de l'édition de Mons, sur ce fondement dont M. de Péréfixe s'étoit servi, qui est, « qu'il est dangereux d'exposer au public » des versions de la sainte Ecriture, sans la per» mission et approbation des évêques de France ». L'arrêt se sert du terme de permission, ainsi que

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