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du concile de Trente: Deus sud gratiá semel justificatos non deserit, nisi ab eis priùs deseratur (1); et c'est ce que le second concile d'Orange avoit reconnu plusieurs siècles auparavant, déclarant qu'il est de la foi catholique, que tous ceux qui ont été baptisés peuvent, avec la grâce de Jésus-Christ, accomplir tout ce qui est nécessaire pour leur salut, s'ils veulent travailler fidèlement (2).

Voilà ce que les fidèles doivent savoir de ce grand mystère de la prédestination, qui a tant étonné et tant humilié l'apôtre saint Paul. Le reste peut être regardé comme faisant partie de ces profondeurs qu'on ne doit point mépriser, mais qu'on n'a aussi aucun besoin d'établir (3).

Qu'on se garde bien de penser que les saints Pères qui nous ont donné ces vérités saintes, et en particulier saint Augustin, aient excédé; puisqu'au contraire, les papes déclarent que ce Père, dans sa doctrine, toujours approuvée par leurs saints prédécesseurs, «< n'a jamais été atteint du moindre » soupçon désavantageux (4) » : et bien loin qu'il y ait rien d'excessif dans ses derniers livres, dont les ennemis de la grâce ont paru le plus émus, ce sont ceux où un savant Pape a voulu principalement que l'on apprît sur la grâce et sur le libre arbitre les sentimens de l'Eglise romaine; c'est-à-dire, ajoute-t-il, ceux de l'Eglise catholique (5).

(1) Séss. VI, c. II. —(2) Concil. Araus. II, cap. 25; tom. iv, cól. 1672. (3) Auctoritates Sedis apostolicæ, post epist. Cœlestini Papæ ad episc. Galliæ; Concil. tom. 11, col. 1617. — (4) Nunquam hunc (Augustinum) sinistra suspicionis saltem rumor aspersit. Epist. Cœlestini ad Galliæ episcopos. Conc. tom. 11, col. 1612. (5) Hormisd. Ep. ad Possessorem. Concil. tom. iv, col. 1532.

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Ces paroles du saint pontife Hormisdas, qu'un ancien concile de confesseurs bannis pour la foi a opposées à tous ceux qui, manquant de respect pour les ouvrages de saint Augustin, étoient tombés dans l'erreur, méritent d'être répétées en ce temps où notre saint Père le Pape nous renvoie encore à cé même Père, pour savoir « les sentimens que suit l'Eglise romaine, selon les décrets de ses prédé>> cesseurs (1) ». Telle est la saine doctrine de la prédestination et de la grâce de Jésus-Christ. Le principal fruit qu'elle doit produire, est d'inspirer aux fidèles l'humilité et la vigilance chrétienne; de leur faire craindre leur foiblesse ; et de réveiller leur attention pour l'accomplissement de leurs devoirs. En leur faisant connoître qu'ils ne peuvent rien sans le secours de Jésus-Christ (2), elle leur fait sentir qu'ils peuvent tout en celui qui les fortifie (3). Leur crainte est soutenue par la confiance; et ces vertus préparent l'ame à l'amour de Dieu, que le SaintEsprit répand dans nos cœurs (4) avec la grâce; puisque la grâce consiste principalement dans la délectable inspiration de cet amour. C'est à cet amour que la crainte des supplices éternels prépare la voie : le commencement de cet amour ouvre les cœurs à la conversion, comme sa perfection les y affermit. Par l'amour de Dieu toutes les vertus entrent et se perfectionnent dans nos ames; toute la fausse morale s'évanouit, l'amour ne nous rendant pas moins éclairés sur nos devoirs, que fervens pour les remplir. C'est par cet amour que les

(1) Breve ad Facult. theolog. Lovaniensem, 6 febr. 1094. (2) Joan. xv. 5. — (3) Philip, 1v. 13. —— (4) Rom. v. 5.

hommes cessent de chercher de vaines excuses dans leurs péchés, et de toutes ces vaines excuses, dont l'amour-propre se fait un fragile appui, il n'y en a point de plus pernicieuse que celle par où l'on tâche de se décharger de l'obligation d'aimer Dieu, puisque c'est la première et la principale, comme la plus juste et la plus aimable de toutes.

Nous exhortons les prédicateurs et les confesseurs, et leur ordonnons par l'autorité du Saint-Esprit, qui nous a établi pasteur pour gouverner l'Eglise de Dieu, de s'attacher fidèlement à la sainte doctrine que nous leur proposons; puisque dans toutes ses parties elle est tirée de l'Ecriture, et exprimée par les propres paroles des saints, que le saint Siége et toute l'Eglise catholique a reçues et canonisées, nous confiant en notre Seigneur, que ceux qui auroient écrit dans un autre esprit n'attendront pas la correction que nous pourrions faire de leurs erreurs, s'ils y persistoient.

Pour achever d'imiter en cette occasion la sage conduite de notre saint Père le Pape, que nous nous proposons pour modèle, il ne nous reste plus que de recommander, comme Sa Sainteté fait, dans les brefs déjà cités, qu'on ne se serve plus de cette accusation vague et odieuse du Jansénisme pour décrier personne, à moins qu'il ne soit convaincu d'avoir enseigné de vive voix ou par écrit quelqu'une des propositions condamnées. Nous nous opposerons aussi fortement que nous le devons à tous ceux qui auront la témérité d'en renouveler la doctrine, et de parler ou d'écrire directement ou indirectement contre les constitutions des papes; mais nous

ne souffrirons pas aussi, que des gens sans autorité, comme sans charité, s'ingèrent de juger de la foi de leurs frères, et donnent atteinte à leur réputation sur de légers soupçons. Nous savons trop combien il est préjudiciable à l'Eglise, de recevoir facilement de mauvaises impressions contre ceux à qui Dieu a donné la piété et la science nécessaire pour la servir; et nous ferons tous nos efforts pour arrêter l'inquiétude des esprits remuans, qui pourroient troubler son repos en altérant sa foi par une mauvaise doctrine, ou sa paix par la division de ses ministres, ut desinat Ecclesiarum quietem inquietudo turbare (1). C'est ce que recommandoit autrefois aux évêques de France un saint Pape, et ce que celui qui nous gouverne aujourd'hui avec tant de grâce et de bénédiction, ordonne aux églises des Pays-Bas. SI MANDONS aux officiers de notre Cour d'Eglise, de tenir la main à l'exécution de notre présente Ordonnance, de la faire afficher aux portes des églises de cette ville et faubourgs, et partout ailleurs où besoin sera. Donné à Paris, dans notre palais archiepiscopal, le vingtième août mil six cent quatre-vingt-seize.

(2) Coelestini Papæ Ep. ad Galliarum episcopos. Loc. cit.

FIN DU TOME SEPTIEME.

DU TOME SEPTIÈME.

STATUTS ET ORDONNANCES SYNODALES. Page 3

Ordonnances synodales de l'an 1691.

5

Ordonnances synodales de l'an 1698.

28

PIÈCES CONCERNANT L'ÉTAT DE L'ABBAYE DE JOUARRE.

Fondation du monastère de Jouarre.

57

83

Changement de discipline et modération des exemptions par les conciles de Vienne et de Trente. Brefs apostoliques pour la visite du monastère de Jouarre.

Arrêt du Conseil d'Etat sur ce sujet.

90

94

Mémoire pour messire Jacques-Bénigne Bossuet, contre dame Henriette de Lorraine, abbesse de Jouarre. 98 Arrêt du Parlement qui déclare l'abbesse et les religieuses de l'abbaye de Jouarre, le clergé, etc. et paroisse dudit lieu, sujets à la juridiction et visite de l'évêque de Meaux.

Procès-verbal de visite.

Ordonnance de visite.

154

158

180

CLERI GALLICANI DE ECCLESIASTICA POTESTATE DECLARATIO.

189

Epistola Cleri Gallicani, Parisiis congregati, anno 1682, ad sanctissimum Dominum nostrum Innocentiam Papam XI.

Innocentii XI ad Clerum Gallicanum responsa.

195

212

Epistola Cleri Gallicani, anno 1682, in comitiis generalibus congregati, ad omnes prælatos per Gallias consistentes, et universum Clerum.

221

Epistolâ

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