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ALBERT, père de Lacile et d'Ascagne.
POLIDORE, père de Valère.
LUCILE, fille d'Albert.
ASCAGNE, fille d'Albert, déguisée en homme.
ÉRASTE, amant de Lucile.
VALÈRE , fils de Polidore.
MARINETTE, suivante de Lucile.
FROSINE, confidente d’Ascagne.
MÉTAPHRASTE, pédant.
GROS-RENÉ, valet d'Éraste.
MASCARILLE, valet de Valère.
LA RAPIÈRE, bretteur.

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(La scène est à Paris.)

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ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE.
ÉRASTE, GROS-RENÉ.

ÉRASTE.
VEUR-TE

EUX-TU que je te dise? une atteinte secrète Ne laisse point mon åme en une bonne assiette : Oni, quoi qu'à mon amour tu puisses repartir, Il craint d'être la dupe, à ne te point mentir; Qu'en faveur d'un rival ta foi ne se corrompe, Oudu moins qu'avec moi toi-même on ne te trompe.

GROS-RENÉ. Pour moi, me soupçonner de quelque mauvais tour, Je dirai, n'en déplaise à monsieur votre amour, Que c'est injustement blesser ma prud'hommie, Et se connaître mal en physionomie. Les

gens de mon minois ne sont point accusés D'être, grâces à Dieu, ni fourbes, ni rusés. Cet honneur qu'on nous fait, je ne le démens guères, Et suis homme fort rond de toutes les manières. Pour que l'on me trompât, cela se pourrait bien, Le doute est mieux fondé; pourtant je n'en crois rien,

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Je ne vois point encore, ou je suis une bête,
Sur quoi vous avez pu prendre martel en tête.
Lucile, à mon avis, vous montre assez d'amour;
Elle vous voit, vous parle à toute heure du jour;
Et Valère, après tout, qui cause votre crainte,
Semble n'être à présent souffert que par contrainte.

ÉRASTE.
Souvent d'un faux espoir un amant est nourri;
Le mieux reçu toujours n'est pas le plus chéri;
Et tout ce que d'ardeur font paraître les femmes
Parfois n'est qu'un beau voile à couvrir d'autres

flammes. Valère enfin, pour être un amant rebuté, Montre depuis un temps trop de tranquillité; Et ce qu'à ces faveurs dont tu crois l'apparence Il témoigne de joie ou bien d'indifférence M'empoisonne à tous coups leurs plus charmans

appas, Me donne ce chagrin que tu ne comprends pas, Tient mon bonheur en doute, et me rend difficile Une entière croyance aux propos de Lucile. Je voudrais, pour trouver un tel destin bien doux, Y voir entrer un peu de son transport jaloux; Et, sur ses déplaisirs et son impatience, Mon âme prendrait lors une pleine assurance. Toi-même penses-ta qu'on puisse, comme il fait, Voir chérir un rival d'un esprit satisfait? Et si tu n'en crois rien, dis-moi, je t'en conjure, Si j'ai lieu de rêver dessus cette aventure.

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