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inclination pour le comte de Guiche, inclination que son mari ignorait ; protesta qu'il n'y avait jamais eu entre eux le moindre rapport criminel, se gardant bien de dire de qui cela avait dépendu; enfin, elle soutint qu'elle s'était moquée de Lauzun, et accompagna toute cette explication de tant de larmes et de serments, que le pauvre Molière s'attendrit et se laissa persuader. »

Cette anecdote, rapportée sans examen par un grand nombre de biographes et d'historiens littéraires, a trouvé pour la première fois un contradicteur dans M. Bazin, et il nous paraît hors de doute que M. Bazin a pleinement raison, lorsqu'il la rejette comme une fausseté. La piquante discussion à laquelle se livre l'auteur des Notes historiques sur la vie de Moliere, montre trop avec quelle déplorable facilité se propagent les mensonges biographiques, et combien il faut se défier des livres de seconde main, pour que nous ne la rapportions pas ici. De plus, le livre auquel M. Taschereau a emprunté les faits qu’on a lus plus haut, renferme contre Molière une calomnie infàme, qu'il importe de ne point laisser sans réponse. Sur les deux points, la réfutation de M. Bazin est tout à fait triomphante; la voici textuellement :

« On raconte que le rôle de la princesse d'Élide, joué par la femme de l'auteur, devint funeste au mari; que les charmes qu'elle y montra lui attirèrent force galants, parmi lesquels il y en eut trois, non pas des plus obscurs, qu'elle rendit heureux tour à tour, l'un par intérêt, l'autre par amour, le dernier par dépit. Sans entrer plus avant dans cette intrigue, il faut voir d'abord d'où elle est parvenue aux écrivains de quelque crédit qui l'ont ramassée. Entre les milliers de pamphlets, d'histoires controuvées, de romans stupides, que répandit sur la terre étrangère l'émigration protestante de 1685, s’était trouvé un livret ordurier, fait pour l'amuseinent de ce qu'il y avait de moins délicat dans les gens de théâtre, et dicté par une haine de mauvais aloi contre la veuve véritablement indigne de Molière. Cet ouvrage, publié en 1688, à Francfort, avait pour titre: la Fameuse comédienne, ou Histoire de la Guérin. Quoiqu'il s'en fût fait en peu de temps deux ou trois éditions, on peut tenir pour certain qu'il ne s'était pas élevé encore au-dessus de la classe de lecteurs pour laquelle il était écrit, quand il plut à Bayle, qui ne haïssait pas le commérage graveleux, d'en tirer quelques citations pour son Dictionnaire (1697), et depuis les biographes n'ont pas manqué d'y butiner de longues pages. On est allé même jusqu'à lui chercher un auteur, et nous avons sous les yeux ce passage d'un livre justement considéré : « Lancelot » l'abbé Lebeuf croyaient cet ouvrage de Blot ou du célèbre » la Fontaine (note lirée des Stromates de Jamet le jeune, par » l'abbé de Saint-Léger); » ce qui fait quatre noms employés au

'service d'une sottise pour le moins, l'ouvrage étant certainement postérieur à 1685, et Blot étant mort dès 1655. Quant à la Fontaine, nous laisserons toute liberté à ceux qui croient trouver son style dans le verbiage plat et vulgaire de ce libelle, que l'homme le moins habitué au commerce des coulisses reconnaîtra sans peine pour venir de là et devoir y rester. Maintenant il faut dire que l'auteur, quel qu'il fût, comédien ou comédienne, qui pouvait connaître quelque chose du portier de l'hôtel Guénégaud, ne savait pas le premier mot de la cour de France, où il place l'historiette dont nous parlons. C'est à Chambord qu'il fait jouer la Princesse d'Élide, et les trois amants qu'il donne à mademoiselle Molière sont : l'abbé de Richelieu, le comte de Guiche et le comte de Lauzun. Prendre ces noms n'était pas chose difficile, car ils avaient assez retenti; mais, outre que l'on ne voit nulle part la moindre trace d'une liaison pareille chez les deux derniers surtout, il se trouve encore, par grand hasard, que les deux premiers n'étaient alors ni à Versailles, ni à Paris, ni en France, que l'abbé de Richelieu était en Hongrie et le comte de Guiche en Pologne ; ce qui nous dispense sans doute de chercher s'il n'y aurait pas aussi un alibi pour le troisième.

» Certes, s'il ne s'agissait que de l'honneur d’Armande Béjart, nous mettrions peu d'intérêt à relever ces mensonges, et nous abandonnerions volontiers la femme de Guérin aux caquets de ses pareilles; mais il s'agit de Molière, et, dans ce livre, publié quinze ans après sa mort, on le fait agir et parler, à tel point que ses biographes ont cru l'entendre et ont dévotement recueilli ces reliques de sa conversation, ces confidences de sa pensée. Ce qu'il y a de pire dans cet emprunt, c'est que, tout à côté des feuillets que l'on copiait avec amour, il y en a d'autres qu'on a fait semblant de ne pas voir, parce qu'ils accusaient Molière d'un vice honteux. Ces feuillets, qui ne sont ni plus ni moins vrais que le reste, il fallait oser les regarder, les éprou. ver, comme nous avons déjà fait, par un peu d'étude historique, et cette confrontation aurait conduit à rejeter le tout avec même dédain. Dans le sale et odieux récit qui concerne Molière et Baron, figure un troisième personnage appelé le duc de Bellegarde, et il n'était besoin que de ce nom pour s'apercevoir qu'on lisait une fable. Le seul duc de Bellegarde qu'il y ait eu en France était Roger de Saint-Lary, mort en 1646. Il eut bien un neveu, fils de sa sæur et mari de sa nièce, Jean-Antoine Arnaud de Gondrin, marquis de Montespan, qui se fit nommer par ses amis, et sans conséquence, duc de Bellegarde; mais c'était, au temps où l'on met cette hideuse aventure, un vieillard septuagénaire, retiré du monde, et qui, mort dans un âge trèsavancé, n'a laissé aucune espèce de souvenir. Les noms célè. bres, ceux surtout qui ont brillé dans les fastes de la galanterie, semblent toujours être à la disposition des romanciers ignorants, et il n'est pas douteux que l'auteur de la Fameuse comédienne n'ait pris celui-ci par quelque mémoire vague du brillant seigneur qui l'avait porté sous Henri IV et sous Louis XIII, sans plus de souci de l’anachronisme que des érudits, hélas ! n'en prenaient tout à l'heure, quand ils attribuaient à un bomme mort en 1655 un ouvrage de 1688. Ce qu'il fallait dire encore sans crainte aucune, c'est que, même à part cette preuve matérielle de fausseté, le récit qui la contient est démenti par toute la vie de Molière, même par ce qui s'y laisse voir de moins glorieux. Son triple ménage avec la Béjart, la de Brie et sa femme, indique assez des habitudes toutes contraires à celles que veut lui prêter ici l'auteur de la Fameuse comédienne, qui raconte d'ailleurs ces choses tout uniment et comme s'il s'agissait de mæurs ordinaires. On sait que, grâce au ciel, l'infamie n'a jamais manqué à ce genre de dépravation, et Molière, souvent attaqué, n'eut jamais à baisser le front devant un reproche qui l'aurait mêlé avec les Boisrobert et les d’Assoucy. »

PERSONNAGES DU PROLOGUE.

L'AURORE.
LYCISCAS, valet de chiens.
TROIS VALETS DE CHIENS chantan's.
VALETS DE CHIENS dansants.

PERSONNAGES DE LA COMÉDIE.

LA PRINCESSE D'ÉLIDE!.
AGLANTE, cousine de la princesse
CYNTHIE, cousine de la princesse :
PHILIS, suivante de la princesse
IPHITAS, père de la princesses.
EURYALE, prince d'Ithaque 6.
ARISTOMÈNE, prince de Messène ?.
THÉOCIE, prince de Pyle.
ARBATE, gouverneur du prince d'Ithaque '.
MORON, plaisant de la princesse 'o.
LYCAS, suivant d'Iphilas",

Acteurs de la troupe de Molière : Armande BEJART, femme de MOLIÈRE

Mademoiselle DU PARC. — 3 Mademoiselle DE BRIE. -. * Magdeleine BÉJART. - SHUBERT. - 6 LA GRANGE. --?DU CROISY. -' BÉJART, -'LA THORIL. LIERE. 10 MOLIÈRE. "PREVOT,

PERSONNAGES DES INTERMÉDES.

PREMIER INTERMÈDE.
MORON
CHASSEURS dansants.

SECOND INTERMÈDE.
PHILIS.
MORON.
UN SATYRE cbantant.
SATYRES dansants.

TROISIÈME INTERMÈDE.
PHILIS.
TIRCIS, berger cbautant.
MORON.

QUATRIÈME INTERMÈDE.
LA PRINCESSE.
PHILIS.
CLIMÈNE.

CINQUIÈME INTERMÈDE.
BERGERS ET BERGÈRES chantants.
BERGERS ET BERGERES dansants.

La scène est en Élide.

PROLOGUE.

SCÈNE I. – L'AURORE, LYCISCAS, ET PLUSIEURS AUTRES

VALETS DE CHIENS, endormis et couchés sur l'herbe.

L'AURORE chante.
Quand l'amour à vos yeux offre un choix agréable,

Jeunes beautés, laissez-vous enflammer;
Moquez-vous d'affecter cet orgueil indomptable,
Dont on vous dit qu'il est beau de s'armer :

Dans l'âge où l'on est aimable,
Rien n'est si beau que d'aimer.

Soupirez librement pour un amant fidèle,

Et bravez ceux qui voudroient vous blâmer.
Un cøur tendre est aimable, et le nom de cruelle
N'est pas un nom à se faire estimer;

Dans le temps où l'on est belle,
Rien n'est si beau que d'aimer.

SCÈNE II.

LYCISCAS, ET AUTRES VALETS DE CHIENS,

endormis.

TROIS VALETS DE CHIENS, réveillés par l'Aurore, chantent ensemble.

Holà | holà ! Debout, debout, deboul.
Pour la chasse ordonnée il faut préparer tout;

Hola! ho! debout, vite debout.

PREMIER.

Jusqu'aux plus sombres lieux le jour se communique.

DEUXIÈME.
L'air sur les fleurs en perles se résout.

TROISIÈME.
Les rossignols commencent leur musique,
Et leurs petits concerts retentissent partout.

TOUS TROIS ENSEMBLE.

Sus, sus, debout, vite debout.

(à Lyciscas endormi.) Qu'est-ce ci, Lyciscas? Quoil tu ronfles encore, Toi qui promettois tant de devancer l'aurore?

Allons, debout, vite debout.
Pour la chasse ordonnée il faut préparer tout.
Debout, vite debout, dépêchons, debout.

LYCISCAS, en s'éveillant. Par la morbleu! vous êtes de grands braillards, vous autres, et vous avez la gueule ouverte de bon matin.

TOUS TROIS ENSEMBLE.

Ne vois-tu pas le jour qui se répand partout?

Allons, debout, Lyciscas, debout.

LYCISCAS.

Hél laissez-moi dormir encore un peu, je vous conjure.

TOUS TROIS ENSEMBLE.

Non, non, debout, Lyciscás, debout.

LYCISCAS.

Je ne vous demande plus qu'un petit quart d'heure.

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