Images de page
PDF
ePub

l'étude de la nature, et que votre cœur vous retracera vos premières années, vos premiers efforts, vos premiers succès, mêlez quelquefois à ces pensées le souvenir de celui qui alors ne sera plus, mais qui aujourd'hui, et de toutes les facultés de son âme et de son esprit, vous appelle aux plus heureuses destinées.

Lacépède. Dis. de clôture du cours cThist. nat.
(Voyez la paye 100.)

a "On a observé," dit Chamfort, " que les écrivains en physique, histoire naturelle, physiologie, chimie, étaient ordinairement des hommes d'un caractère doux, égal, et en général heureux; qu'au contraire les écrivains de politique, de législation, même de morale, étaient d'une humeur triste, mélancolique, &c. Kien de plus simple : les uas étudient la nature, les autres la société; les uns contemplent l'ouvrage du grand Etre, les autres arrêtent leurs regards sur l'ouvrage de l'homme. Les résultats doivent être différents."

b Voyez la note c, page 194.

'Charles Bonnet, de Genève, naturaliste (1793).

d Bernard de Jussieu, de Lyon, médecin,botaniste et démonstrateur des plantes au Jardin du Roi (1777).

e Le célèbre collaborateur de Buffon, Daubenton, que les sciences ont perdu depuis.

'Pline l'Ancien, le plus célèbre naturaliste de l'antiquité. Ce grand homme périt l'an 79 de l'ère chrétienne: "Déjà le volcan avait couvert de lave la ville d'Herculanum et de cendres brûlantes celles de Pompéia et de Stabia. Curieux de voir de près ce phénomène terrible, Pline s'approcha du volcan, tandis que tous les autres fuyaient, et fut étouffé par la fumée et la vapeur."

8 La Peyrouse, navigateur français, partit en 1786 avec les vaisseaux VAstrolabe et la Boussole pour reconnaître la mer du Sud et les eûtes nord-ouest de l'Amérique septentrionale.

NARRATIONS HISTORIQUES.

EXTRAITS DU VOYAGE DU JEUNE ANACHARSIS EN GRECE.

Combat des Tliermopyles.

Pendant la nuit, Léonidas avait été instruit du projet des Perses par des transfuges échappés du camp de Xercès*; et le lendemain matin, il le fut1 de leurs succès par des sentinelles accourues du haut de la montagne. À cette terrible nouvelle, les chefs des Grecs s'assemblèrent. Comme les uns étaient d'avis de s'éloigner des Thermopyksh, les autres d'y rester, Léonidas les conjura de se réserver pour des temps plus heureux, et déclara que, quant à lui et à ses compagnons, il ne leur était pas permis de quitter un poste que Sparte leur avait confié. Les Thespiens protestèrent qu'ils n'abandonneraient point les Spartiates; les quatre cents Thébains, soit de gré, soit de force*, prirent le même parti; le reste de l'armée eut le temps de sortir du défilé.

Cependant ce prince se disposait à la plus hardie des entreprises. "Ce n'est point ici," dit-il à ses compagnons, "que nous devons combattre; il faut marcher à la tente de Xercès, l'immoler, ou périr au milieu de son camp." Ses soldats ne répondirent que par un cri de joie. Il leur fait prendre un repas frugal, en ajoutant: " Nous en prendrons bientôt un autre chez Pluton." Toutes ses paroles laissaient une impression profonde dans les esprits. Près d'attaquer l'ennemi, il est ému sur le sort de deux Spartiates qui lui étaient unis par le sang et par l'amitié: il donne au premier une lettre, au second une commission secrète pour les magistrats de Lacédémone. "Nous ne sommes pas ici," disent-ils, "pour porter des ordres, mais pour combattre;" et, sans attendre sa réponse, ils vont se placer dans les rangs qu'on leur avait assignés.

Au milieu de la nuit, les Grecs, Léonidas à leur tête, sortent du défilé, avancent à pas redoublés dans la plaine, renversent les postes avancés, et pénètrent dans la tente de Xercès, qui avait déjà pris la fuite; ils entrent dans les tentes voisines, se répandent dans le camp, et se rassasient de carnage. La terreur qu'ils inspirent se reproduit à chaque pas, à chaque instant, avec des circonstances plus effrayantes. Des bruits sourds, des cris affreux annoncent que les troupes d''Hydarnèsc sont détruites, que toute l'armée le sera bientôt par les forces réunies de la Grèce.

Les plus courageux des Perses, ne pouvant entendre la voix de leurs généraux, ne sachant où porter leurs pas, où diriger leurs coups, se jetaient au hasard dans la mêlée, et périssaient par les mains les uns des autres, lorsque les premiers rayons du soleil offrirent à leurs yeux le petit nombre des vainqueurs. Ils se forment aussitôt, et attaquent les Grecs de toutes parts. Léonidas tombe sous une grêle de traits. L'henneur d'enlever son corps engage un combat terrible entre ses compagnons et les troupes les plus aguerries de l'armée persane. Deux frères de Xercès, quantité de Perses, plusieurs Spartiates y perdirent la vie. A la fin, les Grecs, quoique épuisés et affaiblis par leurs pertes, enlèvent leur général, repoussent quatre fois l'ennemi dans leur retraite, et, après avoir gagné le défilé, franchissent le retranchement, et vont se placer sur la petite colline qui est auprès d'Anthéla; ils s'y défendirent encore quelques moments, et contre les troupes qui les suivaient, et contre celles qu'Hydarnès avait amenées de l'autre côté du détroit.

Ombres généreuses! votre mémoire subsistera plus longtemps que l'empire des Perses auquel vous avez résisté; et, jusqu'à la fin des siècles, votre exemple produira dans les cœurs qui chérissent leur patrie, le recueillement3 ou l'enthousiasme de l'admiration.

Avant que l'action fût terminée, quelques Thébains, à ce qu'on prétend, se rendirent aux Perses. Les Thespiens partagèrent les exploits et la destinée des Spartiates; et cependant la gloire des Spartiates a presque éclipsé celle des Thespiens. Parmi les causes qui ont influé sur l'opinion publique, on doit observer que la résolution de périr aux Thermopyles fut dans les premiers un projet conçu, arrêté et suivi avec autant de sang-froid que de constance; au lieu que dans les seconds ce ne fut qu'une saillie de bravoure et de vertu, excitée par l'exemple. Les Thespiens ne s'élevèrent au-dessus des autres hommes, que parce que les Spartiates s'étaient élevés au-dessus d'euxmêmes.

Lacédémone s'enorgueillit de la perte de ses guerriers. Tout ce qui la concerne inspire de l'intérêt . Pendant qu'ils étaient aux Thermopyles, un Trachinien, voulant leur donner une haute idée de l'armée de Xercès, leur disait que le nombre de leurs traits suffirait pour obscurcir le soleil. "Tant mieux," répondit le Spartiate Diénécès, "nous combattrons à l'ombre." Un autre, envoyé par Léonidas à Lacédémone, était retenu au bourg d'Alpénus par une fluxion sur les yeux. On vint lui .dire que le détachement d'Hydarnès était descendu de la montagne, et pénétrait dans le défilé. Il prend aussitôt ses armes, ordonne à son esclave de le conduire à l'ennemi, l'attaque au hasard, et reçoit la mort qu'il en attendait.

Deux autres, également absents par ordre du général, furent soupçonnés, à leur retour, de n'avoir pas fait tous leurs efforts pour se trouver au combat. Ce doute les couvrit d'infamie: l'un s'arracha la vie; l'autre n'eut d'autre ressource que de la perdre quelque temps après, à la bataille de Platée.

Le dévouement de Léonidas et de ses compagnons produisit plus d'effet que la victoire la plus brillante. II apprit aux Grecs le secret de leur force, aux Perses celui de leur faiblesse. Xercès, effrayé d'avoir une si grande quantité d'hommes et si peu de soldats, ne le fut pas moins d'apprendre que la Grèce renfermait dans son sein une multitude de défenseurs aussi intrépides que les Thespiens, et huit mille Spartiates semblables à ceux qui venaient de périr. D'un autre côté, l'étonnement dont ces derniers remplirent les Grecs, se changea bientôt en un désir violent de les imiter. L'ambition de la gloire, l'amour de la patrie, toutes les vertus furent portées au plus haut degré, et les âmes à une élévation jusqu'alors inconnue. C'est là le temps des grandes choses, et ce n'est pas celui qu'il faut choisir pour donner des fers à un peuple libre.

Mort d'Epaminondas.

Epaminondas, célèbre Thébain, fils de Polymne, fut un des plus grands capitaines de l'antiquité. Il gagna la bataille de Leuctres'1 (371 ans avant J.-C), où Cléombrote, roi de Sparte, fut tué. Ayant tenu les troupes en campagne pendant quatre mois de plus qu'il ne lui avait été ordonné, Epaminondas fut remplacé: il servit alors comme simple soldat, et se signala par tant de belles actions, que les Thébains, honteux de lui avoir ôté le commandement, lui rendirent toute l'autorité pour faire la guerre en Thessalie e, où ses armes furent toujours victorieuses. La guerre s'étant allumée entre les Eléensf et les peuples de MantinéeB, les Thébains volèrent au secours des premiers. Il y eut une bataille dans la plaine de Mantinée; et le général thébain, s'étant jeté dans la mêlée pour faire déclarer la victoire, reçut un coup mortel: il était âgé de quarante-huit ans. (362 av! J.-C.)

Les deux armées furent bientôt en présence près de la ville de Mantinée. Celle des Lacédémoniens et de leurs alliés était de plus de vingt mille hommes de pied, et de près de deux mille chevaux; celle de la ligue thébaine, de trente mille hommes d'infanterie, et d'environ trois mille de cavalerie.

Jamais Epaminondas n'avait déployé plus de talent que dans cette circonstance. Il suivit dans son ordre de bataille les principes qui lui avaient procuré la victoire de Leuctres. Une de ses ailes, formée en colonne, tomba sur la phalange lacédémonienne, quelle n'aurait peut-être jamais enfoncée4, s'il n'était venu lui-même fortifier ses troupes par son exemple, et par un corps d'élite dont il était suivi. Les ennemis, effrayés à son approche, s'ébranlent et prennent la fuite. Il les poursuit avec un courage dont il n'est plus le maître, et se trouve enveloppé par un corps de Spartiates qui font tomber sur lui une grêle de

« PrécédentContinuer »