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tôt à la tête de plus de soixante mille combattants (1415). Ce qui était arrivé à Edouard IIId arrivait à Henri V; mais la principale ressemblance fut dans la bataille d'Azincourt, qui fut telle que celle de Crécye. Les Anglais la gagnèrent aussitôt qu'elle commença: leurs grands arcs de la hauteur d'un homme, dont ils se servaient avec force et adresse, leur donnèrent d'abord la victoire. Ils n'avaient ni canons, ni fusils; et c'est une nouvelle raison de croire qu'ils n'en avaient point eu à la bataille de Crécy.

Isabelle de Bavièref et le nouveau duc Philippe » conclurent à Troyes (1420) une paix plus funeste que toutes les guerres précédentes, par laquelle on donna Catherine, fille de Charles VI, pour épouse au roi d'Angleterre, avec la France en dot.

Il fut stipulé dès lors même que Henri V serait reconnu pour roi, mais qu'il ne prendrait que le nom de régent pendant le reste de la vie malheureuse du roi de France, devenu entièrement imbécille: enfin le contrat portait qu'on poursuivrait sans relâche celui qui se disait dauphin de France11. Isabelle de Bavière conduisit son malheureux mari et sa fille à Troyes, où le mariage s'accomplit. Henri, devenu roi de France, entra dans Paris paisiblement, et y régna sans contradiction, tandis que Charles VI était enfermé aVec ses domestiques à l'hôtel de Saint-Paul, et que la reine Isabelle de Bavière commençait déjà à se repentir.

Le Dauphin, retiré dans l'Anjou, ne paraissait qu'un exilé. Henri V, roi de France et d'Angleterre, fit voile vers Londres pour avoir encore de nouveaux subsides et de nouvelles troupes. Ce n'était pas l'intérêt du peuple anglais, amoureux de sa liberté, que son roi fût maître de la France: l'Angleterre était en danger de devenir une province d'un royaume étranger; et, après s'être épuisée pour affermir son roi dans Paris, elle eût été réduite en servitude par les forces du pays même qu'elle aurait vaincu, et que son roi aurait eues dans sa main.

Cependant Henri V retourna bientôt à Paris plus maître que jamais. Il avait des trésors et des armées; il était jeune encore. Tout fesait croire que le trône de France passait pour toujours à la maison de Lancastre1. La destinée renversa tant de prospérités et d'espérances: Henri V fut attaqué d'une fistule. On l'eût guéri dans des temps plus éclairés; l'ignorance de son siècle causa sa mort (1422). Il expira au château de Vincennes, à l'âge de trente-quatre ans. Son corps fut exposé à Saint-Denis, comme celui d'un roi de France, et ensuite porté à Westminster parmi ceux d'Angleterre.

VOLTAIRE. (Voyez lapage 177.)

"Azincourt, bourg de la Picardie (Pas-de-Calais).

h Honfleur, ville et port de France, dans le Calvados.

c L'auteur désigne ainsi Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne.

<L Edouard III, roi d'Angleterre, né en 1312, mourut en 1377. Son règne fut signalé par des guerres sanglantes avec l'Ecosse, et surtout par l'invasion de la France, la prise de Calais, les malheurs de Philippe de Valois, la bataille de Poitiers (1356) et la captivité du roi Jean.

e Crécy était un gros bourg à trois lieues nord d'Abbeville. Voyez la note ", page 291.

1 Isabelle ou Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI, née en 1371, était d'une grande beauté; mais aimant le luxe et les plaisirs, elle se montra bientôt violente, avide, incapable de modérer ses désirs. Elle mourut à Paris en 1445, après avoir vécu dans l'opprobre.

6 Philippe-le-Bon, troisième de ce nom, fils et successeur de Jeansans-Peur, assassiné à Montereau en 1419.

"Le Dauphin depuis Charles VII.

1 Henri IV (père de Henri V), roi d'Angleterre en 1399, fils de Jean, dit de Gand, duc de Lancastre et troisième fils d'Edouard III, est le premier prince de cette maison de Lancastre. qui divisa l'Angleterre en deux factions, celle à'York et celle de la maison de Lancastre, connues sous les noms de Pose rouge et de Rose blanche.

JEANNE-D ARC PRISONNIERE.

La Pucelle-d'Orléans naquit, en 1410, à Domremy, près de Vaucouleurs, de parents pauvres, et fut bergère jusqu'à 18 ans. Le désir de délivrer son pays et de rétablir son souverain dans ses états en fit une fille inspirée. Elle prend l'habit et l'armure d'un guerrier, elle ranime l'espoir des Français, et en peu de temps les Anglais sont contraints de se retirer. Elle conduit ensuite Charles VII à Reims, où il est sacré en 1429. Après plusieurs actions héroïques, elle fut prise an siège de Compiègne, et 1» Anglais la mirent en jugement à Rouen, ou elle fut brûlée vive comme sorcière le 31 mai 1431.

Le dnc de Bourgogne vint mettre le siége devant Compiègne; c'était la principale ville que les Français eussent dans le pays. Le sire Guillaume de Flavy, que le roi y avait pour capitaine, et qui l'avait conservée ensuite malgré ses ordres, était un vaillant homme de guerre, mais le plus dur et le plus cruel peut-être qu'on connût dans ce tempslà. Il n'y avait pas de crime qu'il ne commît chaque jour. Il fesait mourir toutes sortes de gens, sans justice ni miséricorde, dans les plus affreux supplices.

Ce terrible capitaine avait fait les plus grands préparatifs pour se bien défendre. La ville était suffisamment approvisionnée de vivres et de munitions. Les murailles étaient fortes et réparées à neuf; la garnison, nombreuse; l'artillerie, bien servie. Aussi le duc de Bourgogne assembla toute sa puissance pour un siége si difficile. Il fit entourer la ville presque de tous les côtés: le sire de Luxembourg, le sire Baudoin de Noyelles, sir John Montgomery, et le duc lui-même commandaient chacun les postes principaux.

Dès qu'elle apprit que Compiègne était ainsi resserrée, Jeanne-d'Arc partit de Crespy pour aller s'enfermer avec la garnison. Dès le jour même de son arrivée, elle tenta une sortie par la porte du pont, de l'autre côté de la rivière d'Aisne. Elle tomba à l'improviste sur le quartier du sire de Noyelles, au moment où Jean de Luxembourg" et quelques uns de ses cavaliers y étaient venus pour reconnaître la ville de plus près. Le premier choc fut rude; les Bourguignons étaient presque tous sans armes. Le sire de Luxembourg se maintenait de son mieux, en attendant qu'on pût lui amener les secours de son quartier, qui était voisin, et de celui des Anglais. Bientôt, le cri d'alarme se répandit parmi tous les assiégeants, et ils commencèrent à arriver en foule. Les Français n'étaient pas en nombre pour résister: ils se mirent en retraite. Jeanne-d'Arc se montra plus vaillante que jamais; deux fois elle ramena ses gens sur l'ennemi; enfin, voyant qu'il fallait rentrer dans la ville, elle se mit en arrière-garde pour protéger leur marelle et les maintenir en bon ordre contre les Bourguignons qui, sûrs maintenant d'être bien appuyés, se lançaient vigoureusement à la poursuite. Ils reconnaissaient l'étendard de Jeanne-d'Arc, et la distinguaient à sa huqueb d'écarlate, brodée d'or et d'argent; enfin ils poussèrent jusqu'à elle. La foule se pressait sur le pont. De crainte que l'ennemi n'entrât dans la ville à la faveur de ce désordre, la barrière n'était point grande ouverte; Jeanne se trouva environnée des ennemis; elle se défendit courageusement avec une forte épée qu'elle avait conquise à Lagny sur un Bourguignon. Enfin, un archer picard, saisissant sa huque de velours, la tira en bas de son cheval; elle se releva, et, combattant encore à pied, elle parvint jusqu'au fossé qui environnait le boulevard devant le pont. Pothon le Bourguignon, vaillant chevalier du parti du roi, et quelques autres étaient restés avec elle, et la défendirent avec des prodiges de valeur. Enfin il lui fallut se rendre à Lionel, bâtard de Vendôme, qui se trouva près d'elle.

De Barante.

Barante (Prosper-T5R.VGiF.RE, baron de), Auteur vivant. Il naquit à Riom (Puy-de-Dôme) en 1783. D'abord auditeur au conseil d'Etat sous l'Empire, M. de Barante devint préfet du département de la Loire-Inférieure, et, après la seconde abdication de Napoléon, conseiller d'Etat, secrétaire-général du ministère de l'intérieur, puis député et enfin pair de France. Il a publié un ouvrage intitulé: Des divers projets de constitution pour la France; un autre sur la Littérature française pendant le 19e siècle; mais son plus beau titre à la gloire est l'Histoire des ducs de Bourgogne. Cet ouvrage retrace le moyen-âge tout entier, avec sa physionomie, sa parole, son caractère et ses actions.

a Jean de Luxembourg, gouverneur d'Arras en 1414, et de Paris en 1418, pour le roi d'Angleterre, Henri VI.

b Huque ou hucque, ancien mot qui signifie tunique ou cotte.

LOUIS XI.

Louis XI, fils et successeur de Charles VII, né à Bourges en 1423, monta sur le trône en 1461. Il mourut en 14S3. Son fils, Charles VIII, lui succéda à lage de treize ans.

Ce personnage, unique dans nos annales, ne semble point appartenir à la série des rois français: tyran justicier aux mœurs basses, chéri et méprisé de la populace; fesant décapiter le connétable*, et empoisonner les pies et les geais instruits à dire par les Parisiens: "Larron, va dehors; va, Perrette";" esprit matois1 opérant de grandes choses avec de petites gens; transformant ses valets en hérauts d'armes, ses barbiers en ministres0, le grand-prévôt en compèreA, et deux bourreaux, dont l'un était gai et l'autre triste, en compagnons*; regagnant par sa dextérité ce qu'il perdait par son caractère; réparant comme roi les fautes qui lui échappaient comme homme; brave chevalier à vingtans, et pusillanime vieillard; expirant entouré de gibets, de cages de fer,de chausses-trappes*, de broches3, de chaînes appelées les fillettes du roi, d'ermites, d'empiriques, d'astrologues'; mourant après avoir créé l'administration, les manufactures, les chemins, les postes; après avoir rendu permanents les offices de judicature, fortifié le royaume par sa politique et ses armes, et vu descendre au tombeau ses rivaux et ses ennemis, Edouard d'Angleterre, Galéas de Milan, Jean d'Aragon, Charles de Bourgogne, et jusqu'à l'héritière de ce ducg.

L'idée des chaînes et des tortures était si fortement empreinte dans l'esprit de Louis, que, fatigué des disputes des Nominaux et des Réalistes^1, il fit enchaîner et enclouer dans les bibliothèques les gros ouvrages des premiers, afin qu'on ne les pût lire. Et ce même homme protégea contre l'université et le parlement les premiers imprimeurs venus d'Allemagne que l'on prenait pour des sorciers. L'imprimerie, ce puissant agent de la liberté, fut élevée en France par un tyran.

Le constant travail de la vie de Louis XI, et l'idée fixe qui le domina, furent l'abaissement de la haute aristocratie

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