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à toutes les époques de l'intoxication. L'état morbide a aussi une certaine influence sur l'élimination de ce corps, puisque, dans un cas d'hydropisie, il n'a pu être démontré dans les urines. L'intoxication par l'iode peut s'effectuer par l'intermédiaire du lait de la nourrice. Le docteur Wælher ayant donné à une chienne, qui allaitait ses petits, 20 centigram. d'iode, dissous dans l'alcool, cinq heures après, un des petits étant mort, il découvrit l'iode non-seulement dans le lait caillé renfermé dans son estomac, mais encore dans ses urines. Tieddmann, Gmelin avaient déjà démontré l'iode dans les urines des chevaux. L'iode n'a été découvert dans ces liquides qu'à l'état acide, du moins à en juger par les procédés mis en usage, ce qui tendrait à faire croire qu'il a subi cette transformation, soit dans l'estomac, soit en circulant dans nos organes. L'acidification de l'iode dans l'estomac est très-prompte. 0. Saugnessey n'en a pas trouvé de traces dans les matières des vomissements, quinze minutes après son administration , taudis qu'elles contenaient beaucoup d'acide hydriodique.

Analyse. Si les liquides ont une réaction acide, saturez-les par la potasse, faites passer au travers un courant d'acide hydrosulfurique, filirez, concentrez-les, essayez-les par l’amidon, l'acide sulfurique et le chlore, et en dernier résultat, par le procédé de la carbonisation. Si les liquides étaient albumineux ou caséeux, tels que le sang, le lait, il faudrait , après les avoir saturés par la potasse, les coaguler par la chaleur et quelques gouttes d'acide acétique. C'est surtout dans ces recherches qu'il faut se servir du chlore avec précaution, afin de ne pas dissoudre l’iode précipité, et, ne l'employer que par gouttes; ou bien, on plonge dans ces liquides une baguette légèrement imprégnée de chlore, et, si celui-ci était trop concentré, il conviendrait de l'étendre d'eau. M. Devergie mêle les liquides avec un soluté d'amidon, dans un verre de montre déposé sur une feuille de papier, ajoute une goutte d'acide nitrique, sans agiter (il préfère cet acide à l'acide sulfurique), puis un atome de chlore. Quelquefois, la vapeur du chlore qui tombe du flacon,suffit pour produire la coloration. Wælher remplace le chlore par le

chlorate de potasse, qu'il mêle aux liquides, puis, il ajoute l'acide sulfurique et l'amidon. Wallace, au contraire, propose le chlorite de chaux. Il introduit les liquides, l'urine, par exemple, avec quelques gouttes d'acide sulfurique, dans un tube, ajoute 1 ou 2 gouttes de dissolution d'amidon, et après, 1 ou 2 gouttes d'une faible dissolution de ce sel. Christison emploie le procédé de l'hydrogène sulfuré et de la carbonisation tel que nous l'avons décrit, et O. Saugnessey, un procédé qui, d'après Christison, serait moins fidèle que celui généralement suivi. L'expérience suivante témoigne de la délicatesse du procédé ordinaire.

Une goutte de teinture d'iode étant mêlée promptement à 30 giam. de lait ou de sang, immédiatement après le mélange, l'aspect des liquides n'a pas changé, et, une baguette amidonnée, plongée dans ces liquides, n'a pas été colorée en bleu; preuve évidente de la prompte acidification de l'iode. Le lait a été coagulé par la chaleur et quelques gouttes d'acide acétique, et le sang par la chaleur seule ; les liquides filtrés, qui étaient à peine colorés, ont donné une réaction bien évidente par la colle de pâte, l'acide sulfurique et le chlore. La théorie indiquerait cependant que, le lait et le sang étant coagulés par la chaleur, sans être préalablement saturés par la potasse, l'acide hydriodique devrait faire partie du coagulum.

Effets toxiques. L'iode n'a pas été employé, que nous sachions, dans un but criminel, et nous ne connaissons que deux cas de suicide ; aussi est-il bien plus important à connaître sous le point de vue médical que légal. A dose toxique, l'iode produit un empoisonnement aigu, dont les effets se manifestent principalement sur le tube intestinal C'est ce qui résulte, du moins, des expériences et des observations suivantes sur l'homme.

M. Orfila, prend le matin à jeun, 30 centigr. d'iode : aussitôt, chaleur et sentiment de constriction à la gorge; nausées éructations , salivation, épigastralgie. Dix minutes après, vomissements bilieux assez abondants, coliques légères pendant une heure ; pouls développé, fréquent, 85 a 90 pulsations; urines plus colorées, inais sans trace d'iode. Ces accidents avaient cessé le lendemain, par l'emploi des boissons et des lavements émollients. - M. Magendie avale une cuillerée de teinture d'iode sans autre accident qu'une saveur désagréable qui persista pendant plusieurs heures. — Un enfant de quatre ans en prend par mégarde la même quantité sans autre inconvénient que la coloration en jaune de la langue et des lèvres.-M. Sandras a donné à une femme la teinture d'iode à la dose de 8 gram. (environ 60 centigr. d'iode) sans développer des symptômes d'intoxication ; les matières fécales ainsi que les urines étaient colorées en jaune. Il aurait été important de constater si l'iode existait en nature dans les urines. Ces résultats si différents sur le degré d'activité de l'iode, dépendent probablement, de ce qu'on ne l'a pas employé sous les mêmes formes, ou bien encore, de l'état de plénitude ou de vacuité de l'estomac. Lorsque cet organe renferme des aliments féculents, les effets de l'iode peuvent être annulés, puisque, l'iodure d'amidon qui en résulte, peut être donné comme médicament, à la dose de 4 à 8 gram. (environ 15 a 50 centigr. d'iode) sans inconvénient.

Observ. fre. Une dame de 26 ans, maigre, nerveuse, trèsirritabie, par suite d'affection morale , prend, pour se suicider, 6 gram. de teinture d'iode (environ 45 centigr. d'iode) : aussitôt après, ardeur, sécheresse, depuis la gorge jusqu'a l'estomac, douleurs déchirantes à la région épigastrique, efforts de vomissements. Le docteur Montcourier, qui vit la malade une heure après, a noté les symptômes suivants : souffrances considérablement augmentées ; il n'y a pas eu encore de vomissements; face animée; yeux larmoyants; pouls-petit, concentré; douleurs d'estomac portées au plus haut degré, exaspérées par la moindre pression; tendance à des mouvements convulsifs des membres supérieurs. - Prescription : eau tiède donnée par verres, à quelques minutes d'intervalle. Après le 3me verre, vomissements de la presque totalité du liquide ingéré, coloré en jaune, et offrant l’ocleur et la saveur de l'iode, au dire de la malade. --- Continuation de la même boisson. Chaque verre n'était pas plus tôt avale que rendu, et, chaque fois, les vomisse

ments étaient moins douloureux. Les matières vomies offraient de moins en moins la couleur et la saveur de l'iode. Une potion calmante est substituée à l'eau tiède; des cataplasmes aspergés de laudanum sont appliqués sur l'épigastre. Dès lors, les douleurs, les vonissements et les contractions spasmodiques de membres supérieurs cessèrent, et furent remplacés, au bout d'une heure, par des douleurs abdominales, plus marquées surtout dans le trajet du colon, que calmèrent deux demi-lavemenis, préparés avec un fort décocté de têtes de pavots. Il survint un sommeil d'une heure. On réitéra les lavements et les cataplasmes. La nuit fut bonne. Le lendemain il ne restait qu'une extrême lassitude et un désir de boissons froides et acides. (Journ. de Chim. 1828.)

Observ. II. Une jeune personne, prend, pour se suicider, 6 gram. à peu près de solution d'iodure de potassium iodée : Aussitôt, malaise général, nausées, sentiment d'ustion, de douleur très-aiguë à la région épigastrique. Une heure après, vomissements spontanés d'un liquide jaunâtre, ayant le goût très - marqué de l'iode; agitation extrême; plaintes continuelles ; pâleur de la face; céphalalgie, violents vertiges ; pas de réaction febrile. On prescrivit de l'eau chaude pour faciliter les vomissements, des lavements émollients, une solution concentrée de gomme pour boisson, et quelques cuillerées d'une potion anti-spasmodique. Le rétablissement était complet le cinquième jour. La cephalalgie et les vertiges furent les symptômes qui persistèrent le plus. (0. Dessaignes, Archiv. gén. de Méd. 1829.) L'analogie symptomatique que présente cette observation avec la précédente, nous porte à penser que, les effets toxiques doivent être attribués plutôt à l'iode qu'à l'iodure de potassium. Cependant ce dernier corps, peut bien, par suite de son absorption, avoir retardé le rétablissement et concouru au développement de la céphalalgie, des vertiges, etc.

Le docteur Jahn de Meningin cite un cas dans lequel une forte dose d'iode produisit des douleurs violentes, des vomissements, une diarrhée abondante et sanguinolente, du froid à la peau, des frissons, le clignotement des yeux, de la fréquence

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dans le pouls. (Christison.) L'iode, à la dose de 2 à 3 centigr., peut, d'après Gardner, développer soudainement des accidents très-graves, tels que , vomissements, selles répétées, douleurs aiguës d'estomac, état sabural de la langue, émaciation rapide, crampes, petitesse et fréquence du pouls , quoiqu'il ait été administré pendant plusieurs mois à cette dose sans inconvénient. Ce même médecin a observé aussi des symptômes fâcheux par demi-grain d'iode administré trois fois par jour, pendant une semaine, et Coindet, par 30 gouttes de soluté d'hydriodate de potasse-jodé, donné pendant trois jours.

Ces faits qui n'ont pas besoin d'interprétation, quoique peu nombreux, démontrent, par leur extrệine analogie , que l'iode agit comme irritant local, et que, la plupart des symptômes dépendent de son action acre, irritante sur le tube intestinal. La tendance au mouvement convulsif des membres, notés dans la première observation, la céphalalgie, les vertiges, l'agitation extrême, observés dans la deuxième, peuvent tout aussi bien être sympathiques, que dépendre de l'absorption de ce poison. Dans l'empoisonnement lent, lorsque l'iode est donnée comme médicament, pendant trop longtemps, ou à dose trop élevée, il sature en quelque sorte l'organisme, produit une espèce de fièvre iodique, caractérisée par la perturbation des principales fonctions de l'économie, et principalement des fonctions de la digestion et de l'assimilation. L'innervation et la circulation en reçoivent aussi une fâcheuse influence; c'est ce que démontrent parfaitement les deux observations qui suivent :

Observ. III. Le Dr Neumann, de Neuchâtel, administre l'iode à haute dose, contre un engorgement des ganglions cervicaux, lequel disparaît en peu de temps, mais alors apparaissent les symptômes suivants : Palpitations dans la poitrine et le bas ventre, qui ne cessent que par la position horizontale; grande faiblesse ; fréquentes défaillances; maigreur extrême; infiltration des jambes. Les palpitations étaient si continuelles et si violentes, qu'on crut à une affection organique du cæur ; mais le soulagement constant que produisait la position horizontale. l'absence de la toux, de la dyspnée, avant l'apparition de

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