Images de page
PDF
ePub

M. Orfila donne à un chien, à neuf heures, 150 gram. d'une dissolution de chlore moyennement concentrée; il lie ensuite l'oesophage; dix minutes après, efforts violents de voniissements ; à midi, grand abattement, plaintes; mort dans la nuit. 60 gram. de la même dissolution, étendue de 120 gram. d'eau, est administrée à un chien ; il meurt dans l'abattement le quatrième jour. - Autopsie : Muqueuse estomacale d'un rouge noir dans toute son étendue, dans la première expérience ; peu de rougeur dans la deuxième; petites ulcérations dans le grand cul-de-sac de l'estomac, bordées d'une auréole jaune. L'intérieur du duodenum et du jejunum étaient tapissés d'une couche jaune, assez épaisse, que M. Orfila, attribue à la décomposition de la bile.

Traitement. Provoquer les vomissements par des boissons albumineuses , qui , d'après Devergie, auraient l'avantage d'agir comme contrepoison, en formant un composé insoluble avec le chlore; ensuite on combat les effets toxiques, comme il a été dit dans l'empoisonnement par le phosphore, par l'iode.

Réflexions sur les métalloïdes. Les poisons métalloïdes diffèrent tellement des autres poisons minéraux par leur aspect, par l'odeur et la couleur des vapeurs qu'ils répandent à l'air, par la propriété de décolorer le papier bleu de tournesol ( le phosphore excepté qui le rougit), qu'il n'est guère possible de les confondre. S'acidifiant promptement, ils ont cela de commun et de spécial, d'agir à la fois comme poisons métalloïdes et comme poisons acides. Ils offrent une si grande analogieavec ces derniers, quant aux effets, aux altérations et au traitement, qu'on pourrait les comprendre dans une même section. Leur présence dans les matières organiques peut être facilement démontrée quand ils s'y trouvent à l'état de métalloïde, puisqu'ils conservent et communiquent à ces matières leurs caractères propres. Lorsqu'ils ont subi la transformation acide, ou bien on précipite l'acide par une base, à l'état de sel insoluble, par la chaux pour les acides du phosphore (voyez acide phosphorique), ou le métalloïde par un corps qui s'empare de l'hydrogène de l'hydracide, par le chlore pour les préparations idées ou bromurées.

SECTION II.

POISONS ACIDES.

Tous les acides minéraux concentrés seraient certainement toxiques; mais il n'y en a qu'un petit nombre qu'on ait eu occasion de considérer sous ce point de vue, ou du moins, dont nous ayons à nous occuper ici; ce sont ; les acides nirique, sulfurique, hydrochlorique, chloro-nitrique, phosphorique, hypephosphorique. A l'exemple de MM. Orfila, Devergie et Chris tison, nous comprendrons aussi, dans cette section, les acides acétique, oxalique, tartrique et citrique, parce qu'étant ordinairement employés à l'état de concentration, et à haute dose, ils donnent lieu aux mêmes effets locaux, aux mêmes lésions que les précédents. Quant aux gaz acides sulfureux, nitreux, kydrosulfurique et carbonique, comme c'est presque toujours par les voies de la respiration qu'ils produisent l'intoxication, nous en parlerons dans l'asphyxie et l'empoisonnement par les matières gazeuses. Les acides arsénique, arsénieux, chromique et hydrocyanique, ayant des effets semblables à ceux de leur composés, ne peuvent réellement pas en être séparés.

Caractères génériques. Les acides minéraux se distinguent des autres poisons inorganiques par les caractères suivants : po leur saveur est âcre, caustique, ou acide lorsqu'ils sont étendus ; 2° ils rougissent fortement la teinture ou le papier de tournesol, les fleurs bleues ou violettes, et font effervescence avec les carbonates terreux ou alcalins ; 30 ils ne précipitent pas par la potasse, la soude, l'ammoniaque, ni par l'acide hydrosulfurique, après avoir été préalablement saturés par ces alcalis. Cependant, les acides impurs ou du commerce, qui renferment quelquefois des sels minéraux, pourraient se troubler ou précipiter par ces réactifs.

Acides minéraux et matières organiques. Ces acides sont, de tous les poisons, ceux qui altèrent le plus les matières organiques. Ils leur communiquent d'abord la propriété de rougir le tournesol, de faire effervescence sur le carreau, etc. Ils modifient à peine les liquides peu chargés de matière organique, tels que la bière, le vin, le cidre, le café, le thé, l'eau sucrée. Ils rougissent les infusés végétaux bleus ou violets, et ne troublent point les solutés gélatineux, le bouillon. Ils coagulent les liquides albumineux ou caséeux, le lait, le sang, surtout à chaud. Ils précipitent la matière colorante jaune et verte de la bile. Ils colorent d'abord en blanc-grisâtre, puis en brun ou en jaune, les aliments, les tissus, et, par un contact prolongé, réduisent en bouillie ceux qui sont mous ou humides. Après un temps plus ou moins long, selon la quantité d'acide, et les circonstances dans lesquelles le mélange se trouve placé, l'ammoniaque, résultant de la putrefaction des matières organiques, peut neutraliser complétement leur réaction acide. Les acides concentrés durcissent, racornissent les tissus secs, les aponévroses, les tendons et même les muscles, la peau, surtout, si ces parties sont exposées à l'air. Enfin ils corrodent les vêtements et rougissent ceux qui sont colorés. Ces diverses modifications, quoique variables, selon la nature des matières organiques, selon la nature et le degré de concentration de l'acide, et bien d'autres circonstances, peuvent cependant faire prévoir, à priori, les altérations que doivent présenter les matières des vomissements, les tissus du tube intestinal, les vêtements, etc., dans ces sortes d'empoisonnements.

Effets toxiques. Les acides qui composent cette section sont, de tous les poisons minéraux, ceux dont les effets locaux sont les plus intenses ; non-seulement ils irritent, enflamment les tissus, mais encore ils les cautérisent, les désorganisent plus ou moins profondément. A cette action cautérisante, si l'organisme conserve encore assez de vitalité, succède une réaction éliminatrice, ou l'exfoliation des parties frappées de mort. C'est surtout, de ces deux ordres d'effets, que découle la symptomatologie locale, dans ce genre d'intoxication. Quant aux effets éloignés, ils peuvent dépendre de l'action locale du poison, ou de son absorption. En général, le système nerveux de la vie de relation est peu modifié; l'intégrité des sens et de l'intelligence se conserve jusqu'à la fin. Les fonctions de la circulation, des sécrétions et de la calorification en reçoivent, au contraire, une fâcheuse influence. Les effets des acides peuvent être immédiats, c'est-à-dire, résulter de leur action irritante cauterisante ; secondaires ou consécutifs, ou dépendre des lésions organiques ou fonctionnelles, et en quelque sorte constitutionnelles qu'ils ont produites dans l'organisme. Les effets immédiats étant ceux de l'empoisonnement en général, par les poisons inorganiques, page 66, nous ne les indiquerons que sommairement, et dans l'ordre dans lequel ils apparaissent ordinairement, en faisant connaître toutefois ce qu'ils offrent de spécial. Quant aux effets secondaires, quoiqu'ils n'appartiennent pas exclusivement à ce genre de poisons, ils sont cependant assez importants et assez caractéristiques, pour que nous leur consacrions un paragraphe.

Effels immédiats. Aussitôt après l'ingestion du poison, le malade accuse un sentiment de brûlure, de cautérisation, accompagné de douleurs très-vives dans la bouche, le pharynx, l'æsophage, la région épigastrique, dans les parties enfin, qui en ont reçu l'action immédiate. Il y a des hoquets, des nausées, des rapports par la bouche et par le nez, de gaz résultant de l'action chimique des acides sur les aliments, sur les tissus. Ces divers symptômes, sont en général bien plus intenses que dans toute autre espèce d'empoisonnement, en raison de la propriété cautérisante et désorganisante de ce genre de poisons. Il survient des vomissements répétés, et, le plus souvent, avec des efforts très-violents. Les matières vomies, ordinairement jaunâtres, brunes, ou noires, ont une saveur très-acide, agacent fortement les dents, rougissent fortement le papier de tournesol, les fleurs bleues, les vêtements colorés, et font effervescence sur le carreau, sur les cendres, etc. Les vomissements peuvent ce pendant manguer, ou cesser lorsqu'ils ont déjà eu lieu, être remplacés par des efforts plus ou moins violents; soit que l'acide ait borné son action à la bouche, au pharynx, alors il n'y a pas de douleurs le long de l'æsophage, ainsi qu'à la région épigastrique; soit qu'il ait déterminé la contraction spasmodi

que ou le rétrécissement de l'æsophage, ce qui est indiqué par la difficulté ou l'impossibilité de la déglutition; soit enfin qu'il y ait perforation de l'estomac, ce qui est indiqué par la rénitence, par le ballonnement de ventre, par les douleurs abdominales générales. La soif est intense, mais le patient éprouve un sentiment douloureux toutes les fois qu'il veut la satisfaire. Il y a ténes me, constipation opiniâtre, que ne peuvent vaincre les lavements. La sécrétion urinaire est suspendue ; le malade éprouve souvent le besoin d'uriner, sans pouvoir le satisfaire ; il rend seulement, et avec difficulté, quelques gouttes d'urine. Le pouls devient petit, enfoncé, quelquefois précipité, tremblottant, intermittent, insensible. Il y a des horripilations; sensation de froid à l'extérieur. La physionomie s'altère profondément; elle porte l'empreinte de la souffrance la plus vive, de l'affection morale la plus profonde. Le faciès devient hypocratique, plombé; les traits sont rétractés, les yeux cernés. Des sueurs froides, visqueuses, couvrent tout le corps, et surtout, la face, la poitrine, où elles se rassemblent en petites gouttelettes. L'intérieur de la bouche, de l'arrière-gorge, les lèvres, le menton, les doigts, la main, enfin les parties exiernes du corps, qui ont reçu l'action du poison, ce qui a lieu assez souvent dans les empoisonnements par inadvertance, sont d'un blanc mat ou d'un blanc grisâtre, et comme échaudées, comme brûlées. Cette couleur, après les huit ou les douze premières heures passe au jaune ou au brun. Les dents, par le retrait des gencives, sont quelquefois vacillantes, et peuvent offrir aussi cette coloration. Le cou et la face sont quelquefois tuméfiés. Si le poison a pénétré dans les voies respiratoires, la respiration devient génée, la voix enrouée; le sthétoscope accuse du râle laryngé et trachéal. Les levres, les pommettes, ainsi que d'autres parties du corps, prennent alors une teinte cyanosée (Acid. sulf., observat. III et IV). Enfin il y a dyspnée, respiration croupale, symptômes qui, dans quelques cas, ont offert assez de gravité, pour nécessiter l'opération de la laryngotoinie, comme le docteur Arnold l'a observé chez un enfant. Les douleurs epigastriques et abdominales augmen

« PrécédentContinuer »