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traiter successivement environ 2 kilogr. de terre, prise autour de la fosse et dans un lieu où il n'y a pas eu de sepulture, d'abord par l'eau froide, puis par l'eau bouillante, et enfin par l'eau acidulée d'acide sulfurique. Les liquides filtrés et concentrés sont essayés séparément par les réactifs généraux, puis évaporés à siccité, et le résidu carbonisé par l'acide sulfurique, etc. (Pour la recherche des poisons dans l'atmosphère, voyez Matières gazeuses.)

EFFETS.—LÉSIONS.—CLASSIFICATION.

La toxicologie, science complexe, a pour but la connaissance des effets et la recherche des poisons dans les matières suspectes. Une classification établie sur ces deux bases serait certainement la meilleure. Dans cette impossibilité , les auteurs, chacun à son point de vue, ont pris l'une des deux. Pour ne parler que des toxicologistes de nos jours, MM. Orfila, Devergie, Cbristison ont divisé les poisons en 4 classes ; po irritants; 2° narcotiques ; narcolico-acres; 49 septiques, fondées sur les effets, autrement dit, sur les modifications organiques et fonctionnelles accessibles à nos sens; et les médecins rasoriens en hyposthéniques et hypersténiques, d'après les effets dynamiques ou constitutionnels. En prenant les effets et les lésions pour base de classification, il conviendrait de faire subir à celle des premiers toxicologistes les modifications suivantes, c'est-à-dire d'y ajouter deux autres classes, les anesthésiques et les tétaniques. Voici en peu de mots les effets, les lésions qui caractérisent chacune d'elles.

fre Classe. -- Poisons acres, irritants, caustiques, hyposthenisants.-Ces poisons irritent, enflamment, cautérisent les tissus, donnent lieu à un état febrile, bientôt remplacé par un état hyposthéniqne, sans troubles de l'intelligence, quelquefois avec symptômes convulsifs. Ils laissent pour lésions des traces de congestion, d'irritation, d'inflammation, de cautérisation des parties qui en ont reçu le contact, avec coloration noire et liquéfaction du sang, et, assez souvent, congestion des organes parenchymateux.Poisons minéraux, substances acres, drastiques parmi les végétaux, cantharides, viandes de charcuterie parmi les animaux.

2° Classe.Poisons narcotiques.-Sans effet local appréciable, si ce n'est qu'ils diminuent la sensibilité; ils agissent spécialement sur le cerveau, produisent le parcotisme, tels que délire, hallucinations, dilatation ou contraction pupillaire, soif, sécheresse de la bouche, difficulté d'avaler, de parler, d'uriner, stupeur, coma, paralysies partielles, relâchement des sphincters. Pour lésions, élat congestionnel du cerveau, de ses membranes, des poumons, plénitude des sinus du système veineux, sang non coagulé.~Opiacés, solanées, ombellifères, gaz de la combustion, etc.

3° Classe.—Poisons anesthésiques. - Après une exaltation passagère ils abolissent successivement l'intelligence, la sensibilité, la motilité, la respiration , la circulation, etc. Les lésions sont nulles, ou celles de la syncope, de l'aspbyxie. -Éther, chloroforme, etc.

4° CLASSE.- Poisons tétaniques.-Soit par action directe ou réflexe sur la moelle épinière et le bulbe rachidien, ils donnent lieu à des accès tétaniques intermittents avec gêne de la respiration, laissent pour lésions la congestion des poumons, l'inflammation de la moelle épinière, de ses membranes, qui étaient le siége des convulsions tétaniques.-Strychnées, etc.

56 Classe.-Poisons narcotico-dcres. Ils participent du mode d'action des narcotiques et des irritants, et, par conséquent, donnent lieu à des effets, à des lésions mixtes,Aconits, ananthes, etc.

6° Classe. —Poisons septiques.- Soit par inoculation, soit par la voie gastro-intestinale ou pulmonaire, ils produisent une altération particulière du sang qui se propage bientot à toute l'économie, et se traduit par des syncopes, des lipothymies, un grand affaiblissement, etc. Le sang est incoagulé, très-putrescible, ainsi que les organes.- Venins, viandes putréfiées, gaz hydrosulfurés des égoûts, des fosses d'aisance,

etc. Nous verrons dans le cours de ce traité combien il est difficile d'établir une classification basée sur les effets, les lésions, puisque les poisons irritants ne laissent quelquefois aucune trace de leurs action locale, que les narcotiques, les anesthétiques peuvent intoxiquer rapidement dans les convulsions, que des poisons donnent lieu à ces divers ordres d'effets, que d'autres, la nicotine, abolissent la contractilité musculaire sans agir sur la sensibilité. Le curare agit dans un sens inverse. A cause de l'imperfection de cette classification, et dans l'impossibilité de l'établir à la fois sur les deux buts de cette science, nous disposerons les poisons, à l'exemple d'Anglada et autres auteurs, d'après leur analogie chimique et naturelle, comme se rapprochant mieux de l'objet le plus important de la toxicologie légale, la découverte du poison. Nous les diviserons en poisons inorganiques, organiques et gazeux.

A.-LES POISONS INORGANIQUEs seront divisés en 4 sections : 4 o métalloïdes; 2o acides; 3o alcalins ; 4° salins métalliques, ou dont on peut extraire facilement le métal.

B.-LES POISONS ORGANIQUES seront divisés en 3 sections : 1° Poisons végétaux, distribués par familles; 2° Poisons animaux, divisés en vénéneux et venimeux;

3o Empoisonnement par les matières alimentaires avec un appendice sur leurs falsifications.

C.-LES POISONS GAZEUX seront divisés en gaz simples et mplexes, et, d'après leurs effets, en asphyxiants et toxiques.

Traitement.

Empêcher l'absorption du poison, en faciliter l'élimination, en combattre les effets, telles sont les bases fondamentales de la thérapeutique toxicologique. Pour remplir la première indication, si le poison a été appliqué sur la peau, sur une muqueuse. externe, c'est par des lotions, des injections, par une ligature de coté du cour, ou plutôt des ventouses en caoutchouc vulcanisé ou autres, qui, d'après Barry, arrêtent l'effet du poison, si elles sont appliquées assez longtemps, et d'après M. Reynoso, les suspendent seulement pendant la durée de leur application; enfin par l'emploi des caustiques (voyez animaux venimeux). M. Reynoso, qui a expérimenté comparativement l'iode, le chlore, l'acide sulfurique, le brome, a constaté que ce dernier, en outre de son effet caustique très-intense, détruisait le curare dans la plaie ; aussi le propose-t-il contre la morsure des animaux venimeux.

Si l'intoxication a lieu par les voies pulmonaires, on cherche à rappeler la respiration par les stimulants, les pressions altervatives sur la base du thorax, la titillation de la muqueuse nasale. MM. Abeille, Jobert de Lamballe, ont employé avec succès la faradisation dans l'intoxication par le chloroforme, et même l'électropuncture dans les cas graves. En ce cas, les aiguilles sont enfoncées dans les muscles de la nuque et de la région lombaire. M. Duchenne préfère la faradisation des nerfs phréniques; il est parvenu à rappeler les animaux à la vie, même lorsque le cæur avait cessé de battre. M. Ludger-Lallemand préfère au contraire l'insufflation à l'aide d'une sonde et d'un soufflet, moyen qui a l'avantage de rappeler la respiration, la circulation, et de faciliter en outre l'élimination du poison. L'électricité et l'insufflation ont élé employés aussi dans les cas graves d'intoxication par les narcotiques, l'acide cyanhydrique, les matières gazeuses; le dernier moyen l'est en outre dans l'empoisonnement par les strychnées. Il faut en continuer l'usage jusqu'à ce que l'effet du poison soit en partie dissipé, la respiration rétablie.

Dans l'empoisonnement par la voie gastro-intestinale, si les vomissements, les selles sont assez abondants, il faut les seconder parel'emploi des boissons, des lavements emollients, albumineux, huileux ou laxatifs; dans le cas contraire, les provoquer par les vomitifs (tartre stibié, i péca., sulfate de zinc),

les éméto-catartiques, les purgatifs salins ou laxatifs; ou bien encore, y suppléer par la sonde gastrique, en la faisant fonctionner à la manière d'un syphoni, comme l'indique M. Gay (Toxicologie générale, p. 144), c'est-à-dire en relevant le bout externe à la hauteur du nez, la chargeant d'eau à l'aide d'un entonnoir et la vidant ensuite en abaissant le boat.

Les contre-poisons empêchent aussi l'absorption des poisons en se combinant avec eux et en formant un composé insoluble, inerte ou moins actif. Les contre-poisons généraux sont la magnésie pour les acides, les arséniaux ; l'eau albumineuse, l'eau de savon donnent lieu aussi avec les acides, les poisons minéraux de la quatrième section, à des composés insolables ; les boissons acides sont indiquées pour les poisons alcalins; le tannin précipite aussi les poisons de la quatrième section, mais il est spécialement recommandé dans l'empoisonnement par les champignons, et, ainsi que le soluté d'iodure de potassiumiodé, dans l'intoxication par les alcalis végétaux. Le charbon est aussi un contre-poison général, car il absorbe les poisons minéraux, les alcalis végétauš, agit comme corps étranger, retarde leur absorption et permet ainsi de les expulser plus complétement par les vomitifs ou les seiles. Telle est du moins l'explication la plus probable de l'innocuité de 25 centig. d'acide arsénieux ou de sublimé que Bertrand a constaté sur lui-même (voyez ces poisons). Le sulfure de fer hydraté, la limaille de fer, de zinc sont aussi proposés comme contrepoisons dans l'intoxication par les poisons minéraux de la quatrième section. Un contre-poison est d'autant plus parfait qu'il forme un composé insoluble avec le poison, le sulfate de soude pour les sels de baryte, de plomb; le chlorure de soude pour le nitrate d'argent, etc. Nous reviendrons sur les contrepoisons généraux et spéciaux, el sur leur valeur thérapeutique.

Pour faciliter l'élimination des poisons on cherche à donner plus d'activité physiologique aux émonctoires par lesquels ils sont éliminés: la sécrétion urinaire et gastro-intestinale pour les poisons minéraux ; la transpiration pour les poisons veni

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