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mème vingt-quatre heures, pour qu'elle se colore en noir. M. Devergie, afin d'accélérer cette réaction, propose de verser peu à peu quelques gouttes d'acide sulfurique sur les mélanges organiques, dans lesquels on a préalablement immergé la lame d'argent. On peut ainsi en outre, constater le dégagement du chlore par l'odeur et le papier tournesol. Nous nous sommes assurés en effet que la coloration était plus prompte. Ce toxicologiste préfère l'acide sulfurique aux acides nitrique et hydrochlorique, parce que ces derniers auraient pour inconvénient de colorer l'argent en noir. S'il en était ainsi (car d'après M. Orfila, cet effet n'a lieu que lorsque l'argent n'est pas pur), on s'exposerait à des erreurs, puisque les matières organiques renferment habituellement des nitrates, des hydrochlorates qui sont décomposés par l'acide sulfurique; aussi, préférons-nous l'acide acelique, qui ne décompose pas ces sels. M. Devergie approuve explicitement le procédé Orfila, puisqu'il le conseille dans les cas où l'eau de javelle est en petite quantité. Lorsque la quantite est un peu forte, le procédé ordinaire suffit; il est d'ailleurs plus prompt, et n'est pas susceptible d'enduire en erreur.

On décèle la présence de la potasse dans les mélanges or. ganiques qui contiennent de l'eau de javelle, par l'un des trois procedés que nous avons indiqués en parlant de la potasse, et surtout par celui de la carbonisation par l'acide sulfurique, toutefois, après avoir constaté la présence du chlore, soit par la lame d'argent , soit en le dégageant par l'acide sulfurique. Si l'on agissait sur du lait, l'acide aurait pour avantage de le coaguler, en opérant à chaud. M. Orfila, à cet effet, conseille l'alcool, et M. Devergie, le chlore (Voyez potasse).

Effets toxiques et altérations pathologiques. L'eau de javelle agissant et par la potasse et par le chlore, ses effets doivent par conséquent varier selon la prédominance de l'un de ces deux corps. Comme le chlore se combine facilement et promptement avec les matières organiq.es, nul doute que les effets de la potasse soient plus persistants. D'après M. Orfila, l'eau de javelle serait poison pour les chiens, à la dose de 60 à

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150 gram. , l'æsophage étant lié. A l'autopsie, il a trouvé de petites ulcérations de la muqueuse stomacale. L'observation suivante démontre le peu de nocuité de ce poison, et que bien certainement, il est beaucoup moins actif que la même quan tité de chlore ou de potasse, employés isolément. Ces deux corps se trouvant réciproquement neutralisés, leurs effets doivent être en partie annulés.

Obser. 1re. Avaïs, âgée de 17 ans, sur la nouvelle que son amant s'était suicidé, prit, le lendemain 22 octobre, à 9 heures du matin, un plein verre à bière d'eau de javelle. Elle n'éprouva aucun accident pendant un quart-d'heure; mais, s'étant placée sur son lit, elle eut immédiatement des convulsions qui durèrent (à son dire) une demi-heure, perdit ensuite connaissance jusqu'à deux heures du soir. 'Transportée alors à i hôpital, elle offrit les symptômes suivants : Douleurs trèsvives et sensation de chaleur intense dans le pharynx et toute l'étendue de l’æsophage ; déglutition difficile et douloureuse; muqueuse des lèvres, de la langue et de la bonche sèche et blanchâtre; douleur à la pression, au larynx, à la région cervicale antérieure, épigastrique et ombilicale ; céphalalgie légère; peau chande, un peu moite; pouls régulier, soixante-seize à soixante-dix-huit pulsations; pas de selles; urines faciles : Émétique; 20 sangsues sur l'abdomen; eau albumineuse pour boisson ; un lavement. La malade eut plusieurs vomissements abondants, contenant une grande quantité de flocons d'albumine coagulée; il n'y eut pas de selles. Tous les symptômes s'amendèrent; il ne resta qu’un peu de sensibilité dans le ventre, surtout dans la direction du colon, qui, fut combattne par l'applicatiou de 20 sangsues et l'emploi des boissous, des lavenients émollients. Le rétablissement était complet le 25 octobre ou le troisième jour de l'empoisonnement.

Traitement. Donner des boissons, des lavements mucilagineux, albumineux, huileux, pour faciliter l'expulsion du poison par les vomissements ou par les selles. D'après M. Devergie, les boissons albumineuses conviennent mieux, parce que l'albumine formant avec le chlore un composé insoluble,

agit en outre comme contre-poison. Faire ensuite la médecine des symptômes.

B. Soude. Chlorure ou hypochlorite de soude. A. Soude. On trouve dans les arts 10 la soude à alcool, à la chaux ou caustiqué, qui, du reste, offrent les mêmes caractères physiques que la potasse ; 2° le carbonate de soude, sel blanc, translucide, cristallisé en octaèdres et efflorescent à l'air; 3o la soude du commerce dont les caractères varient selon le inode de préparation; 40 enfin, la liqueur de savonniers, qui est une solution de soude décarbonatée, marquant depuis 5 a 25°, et qui sert à préparer le savon. Les solutés de soude, comme ceux de potasse, ont une réaction alcaline, sont dépourvus d'odeur ammoniacale, ne précipitent point par un courant d'acide carbonique ou d'air expiré ; mais ils s'en distinguent, en ce que, ils ne précipitent pas par l'hydrochlorate de platine, les acides tarIrique, carbazotique et per-chlorique, qu'ils donnent parl'acide fluo-silicique un précipité blanc gélatineux d'un aspect cristallin au microscope, et, qu'un fil de platine, qui en est imprégné, plongé dans la flamme d'une lampe à alcool lui communique une couleur jaune. Enfin, ils donnent avec l'acide acétique un sel neutre inaltérable à l'air, et avec le sulfurique un sulfate efflorescent.

B. Le chlorure ou hypochlorite de soude, liqueur de Labarraque est liquide, incolore ou légèrement jaune-verdà tre, et offre du reste les caractères physiques et chimiques de l'eau de javelle quant au chlore et ceux de la soude.

Effels loxiques. La soude et la liqueur de Labarraque sont à peine connues comme poisons. Tout porte à croire qu'elles agiraient à la manière de la potasse et de l'eau de javelle; car, dans l'empoisonnement par la liqueur des savonniers on a observé les mêmes symptômes et les mêmes altérations qu'avec l'huile de tarlre par défaillance. D'après Segalas, 90 gram. de chlorure de soude, injecté dans les veines, produisent une mort immédiate par la coagulation du sang. 30 gram. ingéré dans l'estomac occasionnent des vomissements, sans autres effets ; et 60 gram.,

l'æsophage étant lié, de violents efforts de vomissements ; les animaux se rétablissaient en vingt-quatre heures. L'estomac était généralement enflammé et marqué de petites taches gangréneuses. Même traitement que pour l'eau de javelle et la potasse.

C. Chaux.- Chlorure ou hypochlorite de chaux.

A, La chaux caustique ou anhydre est en masses grisâtres, inodore, d'une saveur âcre, caustique. Infusible au feu ordinaire, elle se délite et se carbonate à l'air. Humectée d'eau, elle l'absorbe avec dégagement de calorique, se réduit en poudre blanche ou hydrate de protoxyde de calcium, qui est soluble dans 778 p. d'eau. Le soluté ou eau de chaux est incolore, ramène au bleu le papier rouge de tournesol, précipite en blanc(carbonate de chaux) par un courant d'acide carbonique on d'air expiré, en blanc (oxalate de chaux) par l'acide oxaliqne. Ce dernier précipité, insoluble dans un excès d'acide, se décompose par la chaleur et laisse de la chaux pour résidu. Enfin elle ne précipite pas par l'acide sulfurique. L'eau de chaux, se carbonate et précipite à l'air ; elle ne modifie pas l'aspect physique du lait, des solutés d'albumine, de gélatine, verdit les infusés végétaux, bleus; fait passer au violet la couleur du vin. Pour déceler sa présence dans les mélanges organiques, après avoir constaté la réaction alcaline, on la précipite des parties liquides, à l'état d'oxalate de chaux, par l'oxalate d'ammoniaque; on calcine les parties solides; on traite les cendres par de l'eau aiguisée d'acide nitrique; et on précipite la chaux du nitrate par l'oxate d'ammoniaque. L'oxalate de chaux, obtenu dans les deux cas , est réduit par la calcination à l'état de chaux, dont on constate des caractères.

B. Le chlorure ou hypochlorite de chaux est en poudre blanche, d'une saveur âcre, d'une odeur faible de chlore. Il se dissout en partie dans l'eau, et le soluté (chlorure de chaux liquide) offre les caractères de l'eau de javelle sous le rapport du chlore et ceux de l'eau de chaux.

Effets toxiques. La chaux est un poison pen connu. A l'état solide elle agit comme caustique et en absorbant l'eau hygrométrique des tissus. Projetée à la face, elle peut déterminer une violente ophthalmie, la perte des yeux, et devenir le sujet d'une expertise légale. Gmelin cite un enfant qui, ayant marige de la chaux dans un gâteau de pommes, mourut en 9 jours, après avoir éprouvé de la soif, de l'ardeur dans la bouche, des douleurs brûlantes dans l'abdomen, et une constipation opiniâtre. Balthazar Timæus parle d'une jeune femme, affectée de pica ou appétit dépravé, qui, ayant mangé de la chaux vive, eut des douleurs abdominales violentes, du mal de gorge, de la sécheresse à la bouche, une soif insatiable, de la difficulté de respirer, de la toux; mais, elle recouvra la santé. D'après Orfila, 12 grammes de chaux hydratée, ingérée dans l'estomac des chiens, occasionnent des vomissements, de l'abattement, des plaintes, et la mort en' trois jours : à l'autopsie, la muqueuse buccale, esophagienne étaient un peu enflammées, et la gastrique, d'un rouge intense, dans toute son étendue. Quant au chlorure de chaux, son action est probablement la iême que celle de l'eau de javelle. Le traitement de l'empoisonnement par la chaux et par son chlorure est le même que celui par la potasse et l'eau de javelle.

EMPOISONNEMENT PAR L'ALUN.

L'alun ou sulfale acide d'alumine et de potasse est en gros cristaux octaédriques, translucides, incolore, inodore, à cassure vitreuse, d'une saveur acide, styptique, douceâtre. Il rougit le papier humide de tournesol. Chauffé sur des charbons ou dans un têt, il fond, se boursouffle, perd en grande partie son eau de cristallisation, clont la quantité s'élève à 44 p. 010, une partie d'acide, et se réduit en masses poreuses, blanches, legères, friables, ou alun calciné, sous-sulfale ou sulfate d'alumine et de potasse, et, si la température est assez élevée, passe à l'état d'alumine et de sulfate de potasse ou d'aluminate de polasse, produits presque inertes. L'alun se distribue aussi en poudre blanche, cristalline, el, l'alun calciné en poudre d'un blanc

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