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bonisation. Ces mêmes expérimentateurs ont immergé pendant un mois de la chair normale dans des dissolutions d'acides arsenieux ou arsenique, et l'ont ensuite soumise à des lavages et compressions répétées comme les foies des animaux empoisonnés. Les eaux de lavages ont seules fournies de l'arsenic, tandis que la chair n'en a pas donné de traces, ce qui tendrait à faire croire que, dans les cas d'intoxication, l'arsenic serait combiné avec les tissus, et qu'il y serait simplement mêlé lorsqu'il les pénètre par imbibition.

Des faits précédents on pourrait conclure, 1° qu'il serait possible de décéler l'arsenic, non-seulement dans un cadavre inhumé depuis longtemps, mais encore soit dans les détritus, soit dans les parois du cercueil, soit dans le terreau; 2° que les eaux courantes, pluviales ou d'inondations, et même les lavages répétés, n'enlèveraient pas complétement l'arsenic aux organcs des personnes empoisonnées, tandis qu'il en serait tout auire... nient, du moins par les lavages répétés, pour l'arsenic qui aurait pénétré ces organes par imbibition, ou qu'on aurait ajouté soit au cadavre, soit au terrain, pour tromper ou détourner les investigations de la justice; 3o quel'arsenic absorbé se localiserait en quelque sorte, ou plutôt, se trouverait en bien plus grande quantité dans le foie, la rate, les reins, les urines, etc., surtout dans le premier de ces organes, et dans le rapport de 20 à 1 d'après MM. Flandin et Danger, tandis qu'il n'en serait point ainsi pour l'arsenic d'imbibition. Ces dernières expériences éclaireraient singulièrement la question d'empoisonnement, mais malheureusement, elles ne peuvent recevoir leur application dans une période avancée de l'intoxication. D'après MM. Flandin et Danger, quelle que soit la voie par laquelle l'arsenic pénètre dans l'organisme vivant, il se localise dans les mêmes organes et dans les mêmes rapports que dans l'empoisonnement par

ingestion. Cette loi physiologique s'applique aussi aux préparations antimoniales. Ces chimistes n'ont pas retiré de l'arsenic des os, du cerveau des personnes intoxiquées. M. Orfila cependant dit avoir obtenu ce métal de ce dernier organe.

Telles sont les causes d'erreur à éviter , les questions qu'on

peut être appelé à résoudre dans l'application de l'appareil de Marsh aux recherches toxicologiques aux expertises judiciaires. Quelques-unes de ces erreurs, de ces questions, ne sont encore qu'énoncées, qu'incomplétement résolues, n'ont pas encore reçu la sanction du temps, de l'expérience. C'est à la sagacité de l'expert à peser toutes ces circonstances, à écarter, à éviter, autant que possible, ces causes d'erreur, à éclairer le jury sur les points encore douteux, à ne pas trop précipiter son jugement, à ne pas donner enfin des conclusions tranchantes, affirmatives, dans le cas où la science toxicologique n'a encore répandu qu'une bien faible lumière. Si nous n'avions craint de trop prolonger cet article, nous aurions encore signalé bien d'autres causes d'erreur, et par exemple, le papier dout on se sert actuellement pour tuer les mouches, et qu'on prépare en immergeant du papier dans un soluté de : arseniate de soude, 1 p.; sucre 2 p.; eau, 20 p., et qu'on dessèche ensuite. Ce papier est plus délétère que la poudre aux mouches. Ces insectes, dans Je court intervalle qui sépare l'ingestion du poison et la mort, ont des déjections qui salissent les objets. Ces déjections doivent contenir de l'arsenic, puisque, 4 grammes de mouches, ainsi intoxiquées, donnent des taches abondantes à l'appareil dle Mar:h. Les préparations de fer, employees comme contrepoison de l'arsenic, renferment fréquemment de ce métal, et, quoique M. Orfila, n'ait pas retiré ce poison à l'appareil de Marsh, du foie, de la raie, des urines des animaux auxquels il faisait prendre du colchotar arsenical, il n'en serait pas

de même des matières du tube intestinal. Nous citerons encore le chaulage du blé. M. Audouard a retiré de l'arsenic des grains et de la paille. Cependant, les expériences des commissions des Académies des sciences et de médecine sont négatives.

CARACTÈRES DES AUTRES PRÉPARATIONS ARSENICALES.

A. ARSENIC COBALTIQUE, -POUDRE AUX MOUCHES, OXYDE NOIR D'ARSENIC, L'arsenic ne se trouve pas dans le commerce à l'état pur, ou tel qu'on l'obtient de la réduction de l'acide arsénieux par le flux noir; d'ailleurs, ce métal est très-oxydable.

On donne pour de l'arsenic, l'arsenic cobaltique ou testacé, désigné aussi sous les noms de cobolt ou cobalt, cobalt arsenical, parce qu'il s'obtient des mines de cobalt. En partie oxydé, il est en morceaux irréguliers, d'un aspect brun noirâtre, composés de lamelles irrégulièrement disposées, cassants, friables, ternes, offrant, dans quelques points de leur cassure, l'aspect brillant et métallique. Réduit en poudre, l'arsenic cobaltique est d'un gris cendré, noirâtre, et forme la poudre aux mouches ou mine de plomb. Cependant, on donne quelquefois comme telle la mine de cobalt arsenical pulvérisée. Exposé à l'air, l'arsenic en absorbe l'oxygène et se transforme, au bout d'un certain temps, en une poudre noire, floconneuse ou oxyde noir d'arsenic, que, Berzelius, considère comme un protoxyde , et Proust, ainsi que beaucoup de chimistes français, comme un mélange d'arsenic et d'acide arsénieux.

Carac. chim. L'arsenic cobaltique, la poudre aux mouches et l'oxyde noir d'arsenic, offrent les caractères suivants : 10 sur les charbons ardents, ils se vaporisent complétetement en vapeurs brunes et blanches et répandent l'odeur alliacée ; 2° chauffés avec du flux noir dans un tube à réduction, ils donnent de l'arsenic métal; 30 ils se dissolvent à chaud dans i acide azotique ou l'eau régale; le soluté, évaporé à siccité, laisse un résidu blanchâtre, qui se colore en rougebrique par l'azotate neutre d'argent; 40 si on les fait bouillir dans l'eau, ils cèdent à ce liquide de l'acide arsenieux et donnent un dépôt d'arsenic ou d'hydrure de ce métal; la liqueur offre la réaction de l'oxyde blanc d'arsenic; 5° chauffés dans ụn tube fermé, ils se subliment en partie à l'état d'arsenic et d'acide arsénieux, ce qui les distingue de l'arsenic pur ou non oxydé; 60 enfin, ces trois préparations possèdent les autres caractères de ce dernier métal.

Les empoisonnements par l'arsenic cobaltique, la poudre aux mouches, l'oxyde noir d'arsenic, sont assez fréquents, ce qui dépend probablement de leur emploi pour iuer les mouches, et de la facilité avec laquelle on peut se les procurer. Ces

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poisons sont presque toujours mêlés, soit par inadvertance, soit dans un but coupable avec du vin, des poires, des pruneaux cuits, etc., peut-être afin de mieux masquer le crime. Composés d'acide arsénieux et d'arsenic, par conséquent en partie solubles dans l'eau, ils se rencontreront, 1° dans les mavières alimentaires, celles des vomissements, ou seront déposés sur les parois des vases, sur le tube intestinal, sous forme de paillettes métalliques noires, brillantes, ou de poudre noire qu'il sera facile d'isoler par des lavages, comme nous l'avons indiqué par l'acide arsénieux solide; 2° en dissolution, et à l'état d'acide arsénieux, non-seulement dans ces matières, dans ces organes, mais encore dans le foie, la rate, les reins, les urines, etc. En ce cas, on suivra les mêmes procédés analytiques que pour ce poison.

B. SULFURE D'ARSENIC. L'arsenic se combine en plusieurs proportions avec le soufre. Berzélius admet cinq composés définis. Mais, ceux qu'il importe de connaître, sont les sulfures rouges et jaunes, naturels et artificiels, et surtout ces derniers, comme étant d'un usage plus fréquent dans les arts et bien plus actifs.

Sulfures rouges : 1° le naturel, protosulfure d'arsenic, sulfide hyparsénieux, realgar, arsenic rouge, rubine d'arsenic, sandaraca des Grecs, se trouve en Chine, au Japon, en Transylvanie, en Bohêne, au Mont-Saint-Gothard, et aux environs de quelques volcans. Il est en morceaux d'un rouge terne ou brillant, lamelleux, facile à rayer; 2° l'artificiel, arsenic rouge factice, faux realgar, est en masses homogenes, dures, compactes, d'un rouge foncé, à cassure vitreuse, écailleuse. Il se prépare en Allemagne, en chauffant l'arsenic ou l'acide arsénieux avec un excès de soufre. Ces sulfures contiennent sur 100 p., le naturel 70 p. d'arsenic. L'artificiel renferme en outre de l'acide arsénieux. Sa poudre est rouge hyacinte.

Sulfures jaunes. 1° Le naturel, sesqui-sulfure d'arsenic, sulfide arsénieux, orpiment, arsenic jaune, est en inorccaux, d'un jaune doré, mât on brillant, fibreux ou lamelleux, doux au toucher. Il nous vient de la Hongrie, de la Natolie, et sutres parties de l'Orient. Sur 100 p. il renferme 61 d'arsenic. 20 L'artificiel est 1° en masses dures, compactes, lamelleuses, semi-vitreuses, irrégulièrement colorées en jaune citron, plus ou moins foncé. Il s'obtient en sublimant un mélange d'acide arsénieux et de soufre, et contient, sur 100 part., 94 p. d'acide arsénieux et 6 de sulfure d'arsenic; 2° en poudre jaune, opaque; c'est celui qu'on obtient en précipitant un soluté d'acide arsénieux par l'acide sulfhydrique. Il contient, sur 100 part., 61 d'arsenic.

Caract. chim. Les sulfures jaune et rouge, naturels, sont insolubles ou fort peu solubles dans l'eau. D'après Guibourt, 15 gram. du premier cèdent 0,10 gram. à ce liquide bouillant, et le dernier, 0,15 gram. Les sulfures artificiels cèdent au contraire de l'acide arsénieux à l'eau, et surtout le sulfure jaune en morceaux, qui est presque totalement formé de ce poison. Mais, par un contact prolongé, surtout lorsque l'eau cst chargée de matières organiques, les sulfures naturels et artificiels sont transformés en acide arsénieux, qui, se dissout dans l'eau, et en hydrogène sulfuré, qui, se dégage. (Decourdemanche.)

10 Les sulfures d'arsenic, déposés sur un charbon ardent, se volatilisent complétement et répandent l'odeur alliacée et d'acide sulfureux. Le sulfure rouge artificiel, se liquefie préalablement en un liquide visqueux, brun foncé rougeâtre, donne des vapeurs jaunes et jaune-rougeâtres, avec odeur bien manifeste d'acide sulfureux. Les sulfures jaunes, surtout l'artificiel et en masses, se foncent d'abord en couleur, se volatilisent sans fondre, en vapeurs blanches à odeur plutôt alliacée que sulfureuse ; 20 chauffés dans un tube à réduction avec du flux noir, les sulfures d'arsenic sont réduits en arsenic inétal qui se volatilise et se condense sur les parois du tube, et en sulfure de rotassium, lequel, traité par l'acide chlorhydrique, laisse désager du gaz hydrogène sulfuré, reconnaissable à son odeur. Cz!te réaction est la plus importante et la plus caractéristique ; 3° ils sont solubles dans l'ammoniaque, et se déposent

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