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La marche, la durée, la terminaison de l'intoxication arsenicale sont très-variables : la mort survient ordinairement en 12 ou 48 heures. Cependant plusieurs cas ont été mortels en 4, 5, 6 heures. Pill et Jonsthone en citent même qui l'ont été en 3 heures, et, le docteur Male, un, en 4 heures. Un jeune homme prend une solution arsenicale pour se guérir de la fièvre : peu après, vomissements, syncopes, vertiges, délire, convulsions, mort au bout de 5 heures. Mettzer rapporte un cas où le malade succomba en 6 heures, après avoir éprouvé des coliques aiguës, des vomissements violents, une diarrhée abondante. Un homme avale quelques fragments d'arsenic et meurt en quelques heures, après avoir éprouvé seulement quelques syncopes (Chaussier Ehtmuller). Une femme mange un gâteau d'amandes arsenical, et meurt en 12 heures dans une prostration excessive des forces et sans souffrir (Morgagni). Un jeune homme était atteint de vomissements et de diarrhée, qu'on attribuait à une indigestion ; sa physionomie était calme, l'appétit intact, le ventre souple, indolore; le pouls s'abaissa prompteinent, et il mourut en 11 heures dans un état d'abattemeut extrême. Nous rapportons, plusieurs observations offrant aussi quelques-unes de ces anomalies.

La terminaiion de l'intoxication arsenicale n'est pas nécessairement funeste. Il y a dans la science un assez bon nombre de cas où le rétablisseinent a été complet et assez prompt. C'est surtout ceux dans lesquels les vomissements sont survenus iminédiatement ou peu après l'ingestion du poison, et lorsque celui-ci, sauf quelques exceptions, était en dissolution, conime M. Coze l'a observé sur tous les sous-officiers d'un régiment, ou lorsque l'acide arsénieux était mêlé en petite quantité avec les matières alimentaires. Alors il peut ètre complétement expulsé, et, la portion absorbée, être éliminée peu à peu par les urines, etc. Dans tous ces cas, le rétablissement peut être complet : cependant, assez souvent, il reste, pendant quelques jours, de l'épigastralgie, de la faiblesse. Lorsque la durée de l'intoxication se prolonge au delà du troisième jour, et que l'économie a reçu une atteinte profonde, les malades s'affaiblissent de plus en plus, le vomissement, la diarrhée ou la constipation persistent, le sang rendu disfluent, incoagulable, transsude à travers les parois des vaisseaux; d'où, maculatures à la peau, engorgement du système capillaire, hémorragie passive des membranes muqueuses, et la présence du sang dans les matières des selles, des vomissements,comme dans l'observation VII,efsets, qui peuvent aussi s'observer dans les cas d'intoxication prompte comme chez Soufflard. Christison rapporte qu'une dame, empoisonnée par un mélange d'acide arsénieux et de poudre aux mouches, introduits dans sa soupe, éprouva, pendant 2 jours, des vomissements, des coliques atroces, des évacuations alvines, de la douleur en urinant, eut une éruption vésiculeuse au palais, et chez laquelle, 3 jours après, il se manisesta une inflammation de la plupart des membranes muqueuses, avec excoriation des parties genitales et de l'anus. Elle succomba le 6e jour. Il cile un autre cas, à peu près semblable, dans lequel, l'inflammation des muqueuses fut même plus générale, la langue était tuméfiée, rouge, excoriée, les vomissenients et les selles devinrent sanguinolents, et la mort eut lieu le 9e jour.

Effets consécutifs. Aux effets immédiats succèdent quelquefois des effets consécutifs, ou plutôt, des désordres organiques ou fonctionnels qui peuvent se dissiper complétement, après un temps plus ou moins long, ou persister pendant toute Ja vie. Ces désordres s'observent dans les fonctions de la digestion, de l'assimilation et de l'innervation. Les malades conservent quelquefois une excitabilité telle de l'estomac que cet organe ne peut supporter les aliments. Wepfer a observé un cas de dispepsie qui a duré pendant 3 ans. D'autres fois l'individu tombe dans un état l'émaciation, est tourmenté d'une fièvre lente; il y a désassimilation, chute des ongles, des cheveux, desquamation de la peau, hydropisie, etc. Mais, un des effets consécutifs les plus constants, c'est la modification du système nerveux de la vie de relation, modification qui se traduit par la paralysie, la contraction permanente des muscles des membres, et moins souvent par la diminution de la sensibilité. Le Dr Falconer considère la paralysie générale ou partielle des mains, des pieds,

des doigts, comme l'effet corsécutif le plus constant. Dans les Éphémérides allemandes, il est question d'une cuisinière, qui, après avoir éprouvé les effets de l'empoisonnement aigu, fut atteinte d'une paralysie complète des membres qu'elle conserva toute sa vie. Une femme prend de l'arsenic par inadvertance, éprouve les symptômes habituels, se trouve bien le 3e jour; mais, le fe, elle a des crampes, des douleurs, de la faiblesse dans les jambes et dans les bras, jusqu'à ce que toutes les extrémités deviennent graduellement paralysées, la peau se desquama; le mouvement revint d'abord aux mains, puis aux bras ; elle ne se rétablit complétement qu'au bout de onze mois. Les autres fonctions restèrent intactes Dehaen). Un homme,eut, le 5 jour de l'intoxication, une éruption de postules blanches, isolées ou confluentes, analogues, par leur forme et leur marche, à celles de la petite vérole, et une impuissance presque absolue des membres avec diminution de la sensibilité. La mobilité revint peu à peu dans les bras et les jambes, mais elle était encore impossible le 53 jour dans les doigts,les orteils et les mains,qui, étaient toujours fléchis (Dr Coqueret). Nous rapportons un cas ( observation XV ), dans lequel les muscles fléchisseurs l'emportaient tellement sur les muscles extenseurs, que les doigts des mains étaient fortement fléchis contre la paume; il en était de même des doigts des pieds, ce qui rendait la marche trèspénible et même impossible. La malade était dans un état conplei d'énaciation. Christison cite quelques cas où les désordres nerveux ont revêtu un caractère épileptisorme, tætanique, hystérique, maniaque; mais ces cas sont si rares et si peu connus que nous nous dispenserons d'en parler. Cet auteur parle aussi de l'insens:bilité pre que générale de la peau.

Empoisonnement lent. L'acide arsénieux peut-il produire un empoisonnement lent; c'est-à-dire, peut-il, étant donné à dose minime et fréquemment répétée, amener un dépérissement progressif suivi de mort ? Cette question, à priori, peut être résoli e affirmativement. 1o Ce poison, donné à dose médicamenteuse it top lo: gtemps continuée, amène le dérangement des organes gastriques, prrvertit la digestion, les phénomènes d'assimilation, conduit à l'hydropisie, à la phthisie d'après quelques auteurs, détermine la chute de l'épiderme, des ongles, des cheveux, etc. M. Devergie, dans les affections chroniques du système cutané, dit n'avoir jamais pu dépasser la dose de 20 gouttes de liqueur de Fowler, que l'organisme était alors saturé d'arsenic, qu'il survenait de la toux, de l'oppression, de l'épigastralgie, de la diarrhée. 2° Il est un fait historique qui a été contesté par quelques toxicologistes, et qni cependant ne nous paraît pas dénué de fondement. Nous voulons parler de laqua toffana, aquetta de Napoli, composée, d'après Garelli, médecin de Charles VI d'Autriche, d'acide arsérieux dissous dans de l'eau distillée de cymbalaire. Cette liqueur, limpide, incolore et sans goût, était un poison redoutable au seizième siècle, et, le monstre qui l'inventa avoua avoir fait périr pour sa part plus de six cents Napolitains. Ce poison, administré tous les jours à la dose de 5 à 6 gouttes, produisait , d'après Behrends et Hannemann, un état de malaise général indefinissable qui s'aggravait de plus en plus, du dégoût pour les aliments. Les personnes tombaient dans un état de langueur, dépérissaient graduellement, et, malgré les secours de la médecine, impuissante par l'ignorance de la cause, succombaient, après avoir mené une vie languissante pendant des mois, des années, etc. Des hydropisies, une diarrhée colliquative, etc., fermaient quelquefois la scène.

Alterations pathologiques. L'acide arsénieux appliqué sur la peau, sur une plaie, sur une muqueuse externe, laisse toujours des traces très intenses de son action locale, parce que constamment en contact avec le même tissu, il pent

ainsi

pro duire complétement son effet caustique. Ces parties sont fortement enflammées, ulcérées, scarifiées; le tissu cellulaire sousjacent et des parties environnantes est infiltré d'un liquide sanguinolent, et les glandes non éloignées sont tuméfiées : Dans tous ces cas, on a trouvé dans le tube intestinal, des lésions de même nature, et quelquefois aussi intenses que dans l'empoisonnement par ingestion. Ces lésions sout dues probablement à l'arsenic absorbé éliminé par cette voie, il

est à remarquer que, dans l'empoisonnement, soit externe, soit interne, presque constamment, quelques parties du corps sont cyanosées, offrent des lividités cadavériques, qui, par leur position, ne paraissent pas dépendre de la pesanteur, mais bien de la liquéfaction du sang. Notons encore que la rigidité cadavérique a été aussi très-fréquemment observée, ainsi

que

la dilatation des pupilles.

Les diverses parties du tube intestinal, et surtout l'estomac, le duodénum, peuvent offrir des lesions, qui, dans la plupart des cas, n'intéressent que la muqueuse, et consistent en des modifications de coloration, de consistance, et plus rarement de structure. L: bouche, l'æsophage, le pharynx, ne sont pas souvent leses, du moins les auteurs sont sort peu explicites à cet égarı, ce qui dépend peu!-être du séjour peu prolongé du poison sur ces parties. Cependant, l'observation première nous en offre un exemple très-remarquable. A la vérité, le poison avait été pris en poudre et non suspendu dans un liquide, par conséquent, dans les conditions les plus favorables au développement de son effet caustique. La lèvre inférieure était vioJamment enflammée, comme cautérisée par un acide, la langue tumėliée, etc. Campbell, Wilber, etc., ont trouvé aussi chez les anima'ıx l'æsophage rouge, injecté, enflammé.

L'estomac, est, de toutes les parties du tube intestinal, celle qui offre le plus souvent des altérations. Sa niuqueuse a été rencontrée d'un rouge cerise ou brun rouge foncé, ecchymosée, plus ou moins injectée, sans cependant être altérée d'une manière remarquable dans sa texture, sa consistance. D'autres fois elle est épaissie, ramollie, sc laisse facilement déchirer par l'ongle, oli se détache par petites plaques. Dans quelques cas plus rares encore, elle est plus ferme, plus consistante, coinme tannée en quelque sorte. Rarement elle est scarifiée, si ce n'est lorsque l'acide arsénieux a été pris en poudre et en grande quantité, et que les vomissements n'ont pas eu lieu immédiatement, comme chez Soufflard, et, d'après MM. Flawdin et Dangir, sur les moutons. Nous avous aussi observe ce genre de lésion sur les chevaux, qui, comme on sait, n'ont pas

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