Images de page
PDF
ePub

Altérations pathologiques. Les lésions locales, dans l'intoxication par les poisons minéraux, sont presque les seules qui aient fixé l'attention des toxicologistes de nos jours. Cela tient, sans doute, à ce qu'ils attribuent la mort plutôt aux effets locaux qu'aux effets généraux. Ce sont des congestions actives, des ecchymoses, des inflammations simples ou gangreneuses, des ulcerations, des perforations, des colorations des organes qui ont reçu l'action direcie du poison. Ces alteracions s'observent surtout dans la bouche , le pharynx, l'æsophage, l'estomac, quelquefois dans le duodénum, et bien rarement dans les petits et les gros iotestins. Elles sont d'autant plus prononcées, que le contact du poison a été plus prolongé, par conséquent, sur les parties les plus déclives et surtout dans le grand et le petit cul de-sac de l'estomac. Les organes continus ou contigus peuvent aussi présenter de semblables lésions, dues, soit à l'appel du sang vers les parties irritées, soit à l'absorption du poison, soit à sa pénétration dans la cavité péritonéale, par suite de la perforation du tube intestinal. Ainsi, les parois peritoneales de l'estomac et des petits intestins sont plus ou moins conges. tionnées, et leurs vaisseaux remplis d'un sang noir, coagulé ou diffluent. Le péritoine lui même peut être enflammé. Quelquefois les portions du foie, de la rate, du diapbragme, et même des poumons, correspondantes à l'estomac, offrent des lésions particulières, par suite de l'imbibition du poison qui s'est opérée après la mort.

Les altérations du sang, des liquides sécrétés ou excrétés, et des organes qui n'ont pas reçu l'action immédiate du poison, ont été encore fort peu étudiées; cependant, depuis que les idées rasoriennes ont pénétré en France, on s'occupe davantage de ce genre de recherches. On a trouvé le sang plus foncé en couleur, coagulé, ou difluent, et ressemblant en quelque sorle à de la gelée de groseilles. On a noté aussi des congeslions des membranes du cerveau, de la membrane interne du cour, des poumons et autres organes parenchymateux; mais ce dernières lésions, qui ne s'observent que dans quelques cas, ne sont pas même toujours constantes dans la même espèce d'empoisonnement. Enfin, les liquides sécrétés et excrétés peuvent présenter des modifications dans leurs qualités physiques et chimiques , et dans la plupart des cas offrir des traces du poison.

Tels sont les symptômes et les altérations pathologiques qu'on observe en général dans l'intoxication par les poisons inorganiques. Cependant ces effets peuvent varier dans leur intensité et leur succession , selon la nature, le degré de concentration et le mode d'administration des poisons, selon l'état particulier des organes gastriques, et bien d'autres circonstances que nous avons signalées dans l'Introduction. Ces variétés s'observent aussi pour le même poison; ainsi, les acides oxalique et arsénieux donnés en solutés étendus, ne laissent pas ordinairement de iraces de lésion locale , et cependant, leur effet toxique n'en est que plus prompt. D'autres poisons ont une action locale peu intense et modifient principalement le système nerveux (les préparations de baryte). Enfin, les acides, les alcalis sont parini les poisons minéraux ceux qui donnent lieu aux effets locaux les plus marqués.

Traitenient. Expulser le poison par le vomissement ou par les selles; le neutraliser par un contre-poison; combattre ses effets locaux et généraux: telles sont les trois indications à remplir dans l'intoxication par les poisons inorganiques.

10 Expulser le poison par les vomissements, etc. Comme les poisons minéraux provoquent presque toujours le vomissement, rarement on a recours aux émétiques. On favorise les vomissements en titillant la luette avec la barbe d'une plume imprégnée de corps gras, en déprimant la base de la langue, lorsque le poison n'a pas déterminé l'inflammation de ces parties; mais le plus souvent on administre, par tasses, des boissons mucilagineuses, albumineuses, émulsives, lactées, ou huileuses liedes : des décoctés composés avec 15 à 30 grammes de graine de lin, de racine de guimauve, de gomme, du gros son, ou de fécule, pour 6 à 8 verres d'eau : 4 ou 6 blancs d'æuss, ou même les aufs entiers privés de leur coque, délayés dans la même quantiré de véhicule : 3 ou 4 cuillerées d'huile d'olives, d'amandes

[ocr errors]

douces, etc., données seules ou incorporées dans unverre des véhicules précédents : du lait pur on coupé avec parties égales d'eau : enfin, l'émulsion ordinaire. Ces boissons ont non-seulement pour avantage de faciliter les vomissements, mais encore d'invisquer les parois gasiro-intestinales, comme le disaient les médecins anciens, d'affaiblir ainsi l'action locale âcre, irritante de ces poisons, de s'opposer à leur absorption. Les médecins rasoriens préfèrent les boissons huileuses aux boissons aqueuses, parce que ces dernieres auraient pour inconvénient de dissoudre ces poisons, de favoriser leur absorption, ei d'accroître par conséquent leurs effets toxiques. Nous accorderions la préférence aux huileux, ou plutôt aux huileux mêlés aux mucilagineux, parce qué, jouissant des propriétés laxatives, ils auraient pour avantage de provoquer l'expiilsion du poison par les selles. Lorsque le poison a été adniinistre depuis quelque temps, lorsqu'il a déja pénétré dans les intestins, ce qu'indiquent les coliques, les douleurs abdominales, les épreintes, la diarrhée, etc., on donne des laveients einollienis, mucilagipeux, albumineux ou huileux, composés de même que les boissons précitées. Ces lavements pourraient être rendus laxatifs par l'adulilioni de 20 a 60 grammes de inaune, de iniel commun, de cassonade brute, d'huile de ricin, même du sulfate de soude, de senné. Il nous semble qu'o: redoute irop l'einploi des luxatifs par la bouche, car', lorsque ce sont des poisons à ne pas produire une constipation opiniâire, comme les poisons acides, on provoquerait ainsi plus promptement leur expulsion par ces deux voies

2. Contre-poisons. Les boissons, les lavements, composés comme nous l'avons indiqué, peuvent, dans quelques cas, agir comme contie poisons, en se combinant avec les poisons, en les enveloppant, et formant des composés insolubles et inertes : iels sont les liquides albumineux pour les acides, les sels d'étain , de cuivre, de mercure, etc. Il est à désirer qu'on trouve un coutre-poison capable de neutraliser tous les poisons inorganiques Le savon, selon nouis, serait la substance qui pourrait le mieux remplir cette indication générale, puisqu'il trans

1

forme en composés insolubles ou neutralise ces poisons, excepté ceux à base de potasse, de soude, d'ammoniaque, d'arsenic. Ce contre-poison, à la portée de tout le monde, peut-être administré sans inconvénient à la dose de 15 à 50 grammes et plus. (Voyez Poisons acides.) Lorsque la substance toxique est connue, on en ploie le contre-poison indiqué par l'observation, par l'expérience : le chlorure de sodiuni, pour les sels d'argent et les protosels de mercure ; le sulfate de soude, pour les sels de plomb, de baryte; le savon, la magnésie, les carbonales alcalins, pour les poisons acides; les boissons acides, pour les poisons alcalins, etc.

3. Combattre les effets du poison. Comme les esfets des poison's minéraux sont locaux et généraux, le traitement se divise en local et general. Cependant ces deux ordres d'effets ne sont pas iellenient indépendants les uns des autres pour qu'on puisse les considérer isoléinent, et quoique, ou plutôt parce qu'ils ne présentent pas la même expression symptômatique, c'est sur leur ensemble qu'on doit asseoir les bases d'une bonne thérapeutique toxicologique.

Les toxicologistes de nos jours ne sont point d'accord sur la thérapeutique de l'intoxication

par les poisons minéraux. MÁ. Orfila et Devergie, ayant égard plutôt à l'action locale âcre, irritante de ces poisons, qu'aux effets généraux, prescrivent le iraitement antiphlogistique. Nous ne parlerons pas de la médication diurétique indiquée tout récemment par M. Orfila, parce qu'elle n'a été expérimentée qu'avec quelques poisons et qu'elle n'a pas encore reçu la sanction de l'observation chez l'homme. Les médecins rasoriens, ayant surtout égard aux effets dynamiques ou vitaux, lesquels sont en général de nature hyposthenique, prescrivedies inédicaments toniquesstimulants. Des expériences sont entreprises par les partisans de ces deux opinions, afin d'apprécier la valeur thérapeutique de ces deux meihodes; mais elles n'apporteront une conviction entière chez les personnes non systématiques, qu'autant que les observations au lit des malades en viendront confirmer les résultais, et nous feront connaitre, s'il convient d'a

son par

dopter l'une de ces méthodes, à l'exclusion de l'autre, ou de les marier ensemble. Dans l'état actuel de la science, pour nous diriger dans le traitement de l'intoxication par les poisons inorganiques, nous n'avons que l'analogie symptômatique et le résultat des observations chez l'homme, deux ordres de faits auxquels nous ajoutons autant et plus de confiance qu'aux résultats des expériences sur les animaux. Pour combattre les effets locaux, après avoir expulsé le poi

les vomissements ou par les selles, après l'avoir neutralisé par le contre-poison, on continue l'usage des boissons éinollientes ou lactées, adninistrées par petites quantités, auxquelles on peut associer quelquefois des fomentations, des bains de même nature. On n'a recours aux antiphlogistiques directs que lorsqne l'inflammation est intense, les douleurs vives, etc. On se contente presque toujours de l'application des sangsnes sur les parties correspondantes à l'organe souffrant, ou à l'anus. Il faut les appliquer en petit nombre, sauf à les réappliquer de nouveau. Ce n'est que lorsque la réaction générale est très-marquée, que le pouls est plein, développé, fréquent, le système capillaire injecté et le malade bien constitué, qu'on a recours aux saignées générales. Elles doivent être peu abondantes, proportionnées à la force du sujet, à l'intensité de l'inflammation locale et à la réaction générale. En s'écartant de ces règles, on s'expose à favoriser l'ab orption du poison, à trop déprimer l'organisme, à enlever aux organes les forces nécessaires pour résister à ses effets meurtriers.

Dans la période hyposthénique, faut-il continuer la médication antiphlogistique, ou bien la remplacer par les toniquesstimulants, comune l'indiquent les médecins rasoriens ? L'effet hyposthénisant des poisons minéraux peut dépendre, soit de leur action locale cautérisante ou désorganisatrice, comme cela s'observe dans quelques inflammations ulcéreuses ou gangreneuses du tube intestinal et dans les brûlures profondes, soit de leur absorption et de leurs effets délétères sur le sang, sur les organes centraux, et en particulier sur ceux qui président à l'innervation, à la circulation, soit enfin de ces deux causes

« PrécédentContinuer »