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ment probable, car on ne peut méconnaître les caractères de la colique de plomb, qu'ensuite, parmi les personnes, il en est qui n'ont pas touché à la peinture. De trois chiens, renfermés dans une mansarde récemment peinte, et dont la température était maintenue à 25°, l'un d'eux fut atteint de la colique des peintres du septième au neuvième jour. Les deux autres n'éprouvèrent aucun accident, même après quinze jours.

C. Empoisonnement par ingestion. L'intoxication saturnine, soit aiguë, soit lente, peut aussi avoir lieu exclusivement par l'introduction des préparations saturnines dans le tube intestinal, données comme médicaments, dans les aliments, les boissons. Des ouvriers ont été atteints de colique saturnine, après deux jours de séjour dans une fabrique de céruse, pour avoir bu de l'eau conservée dans l'atelier. Il est rare que cette assection se développe aussi promptement chez les personnes exposées seulement aux émanations plombiques. L'eau distillée, conservée dans des estagnons en cuivre, soudés avec un mauvais étamage, a produit aussi de semblables accidents. L'usage de l'eau qui avait séjourné dans des vases en plomb terni, qui avait été puisée à l'aide d'une pompe dont le réservoir ou citerne était aussi en plomb, a occasionné, chez deux familles entières, la maladie saturnine. On cessa l'usage de cette boisson, et les accidents disparurent. L'eau qui passe à travers les conduits en plonib, peut, dans les premiers temps, produire les mêmes accidents. Ce fait était connu de Vitruve, de Galien. Tronchin attribue la colique épidémique, si fréquente de son temps à Amsterdam, à l'usage de l'eau qui tombait sur la plate-forme des maisons recouvertes en plomb, et qui était reçue et conservée dans des citernes en ce métal. D'après Wanstroostwyk, ce fait ce serait passé aussi a Harlem.

Le vin, le cidre, la bière et autres boissons acides donnaient liou autrefois, très-souvent, à des accidents saturnins, accidents qui, dans quelques contrées, ont régné en quelque sorte épidémiquement et ont reçu les noms de colique végétale, du

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Poilou, de Madrid, de Devonshire, etc., selon le lieu , la cause présumée de cette asfection. Il est à peu près démontré que ces accidents dépendaient de ce que ces boissons avaient été préparées et conservées dans des vases en plomb ou fraudées avec une préparation plombique, la lijbarge, par exemple, afin d'en masquer la saveur acide. Ces usages, autrefois trèsfréquents en Allemagne, en Angleterre, le sont moins de nos jours; aussi cette maladie est-elle moins commune. Un individu eut des coliques violentes après avoir bu quelques verres de liqueur trouble, ce qu'il n'avait pas éprouvélorsque la liqueur était claire. On trouva, enchatonnés au fond de la bouteille, 10 grains de plomb qui, peu à peu, s'étaient carbonatės, de telle sorte qu'il ne restait plus qu'un pelit nogan au centre (Dr Hanle). Apparemment que le plomb s'étaitoxydé avant l'intraduction de la liqueur dans le vase, car il n'est personne qui n'ait bu sans accidents du vin d'une bouteille où se soient trouvés plusieurs grains de plomb. Il serait prudent, cependant, de remplacer ce métal par tout autre corps non nuisible. Bourdelin, en 1775, cut à traiter, au faubourg Saint-Antoine, cinquaite-quatre malades atteints de colique épidémique qu'il attribua au vin liiharziré. Des ouvriers éprouvèrent des coliques vives après avoir bu du vin; plusieurs même faillirent succomber. Le marchand avoua naïvement au docteur Tessier, chargé de faire un rapport sur cette affaire, avoir ajouté de la liiharge au vin pour lui communiquer une saveur sucrée. L'analyse donna environ 5 centigram. (1 grain) d'acétate plombique par bouteille. Dans la maison de Newcastle, en Hanovre, trente personnes, après avoir bu du vin blanc plombique, éprouvèrent la colique saturnine, plusieurs même eurent des rechutes, du delire, des attaques épileptiformes qui les condnisirent au tombeau. Du temps de Musgrave, d'Huxam, on observait assez souvent une colique semblable que ces auteurs altribuaient aux boissons aigres: G. Backer, frappé de la dislerence qu'il y a entre le suc de ponime et la qualité vénéneuse du plomb, de l'analogie de la maladie avec celle que produit ée métal, démontra, en présence de plusieurs membres de l'Académic de Londres, que le cidre renferinait du plomb: 18 bguteilles donnèrent 4 grains 1/2 de ce métal, Le plombservait, en effet, à sceller, à Joubler les moulins, les cuves, los pressoirs des linés à écraser les pommes, à conserver le suc; les fermiers in troiluisajent même dans ce liquide des morceaux de plomb alin d'en retarder la feridentation acide. Les habitants des contrées voisines, qui ne suivaient pas ces visages, n'ciaient pas sujets à celle espèce de colique, quoiqu'ils bussent du cidre très-aigre. Ce chimiste dit que plusieurs propriétaires du comté de Kent, ayant fait bouillir du cidre dous des vnses en p'omb, ou l'ayant conservé dans des cuves de ce métal, furent aiteints de la colique saturnine. John Hunter altribue la colique de plomb, autresois si fréquente à la Jamaïque, à l'usage du rhum distille dans des alambics de plomb.

Les matières alimentaires servent assez solvent d'excipient aux molécules plombiques, à leur introduction dans l'écono. mie. Les ouvriers qui mangent les alimen!s conservés dans les fabriques de céruse, de minium, sont plus promptement assec. tés de coliques; un broyeur en sut atteint au bout de quelques jours pour avoir mangé du pain que ses camarades avaient sau. poudré de céruse. Les aliinents préparés avec de l'eau conservée dans des vases en plomb ont produit la colique saturnine chez une famille entière. D'après Gmelin cette affection se serait développée par l'usage du pain dans lequel on avait introduit de la céruse, et, d'après Gaubius,' par du beurre mêlé aussi avec cette préparation plombiqne. Combalusier attribue la coligne qu'il a observée chez neuf jardiniers, à Montrouge, à l'usage du pain cuit dans un four chaussé avec de vieux Treillages peints en vert avec de la céruse et du verdet. Les mêmes accidents, attribués aussi à la même cause, auraient été observés à Marly. De la poussière des potiers, mėlée aux aliments des chiens, proluit aussi la colique saturnine chez ces animaux. Barruel a constaté des symptômes abdominaux graves chez une personne qui avait mangé une andouille cuite dans une chaudière couverte d'un vieil étamage; cet aliment con.' tenait du plomb. En 1775 a régné à La Rochelle une colique

violente dont la ressemblance avec la saturnine fit supposer à Senac qu'elle provenait de vases mal étamés. On ne se servit plus de ces vases et elle cessa. MM. Lazunaga et Hernandez attribuent la colique de Madrid à une cause semblable.

Les bonbons, les papiers qui servent à les envelopper, colorés avec les oxydes, les sels de plomb, peuvent déterminer la colique saturnine; il en est de même du chocolat, de la vanille, etc., enveloppés dans des seuilles en plonub, conservés dans un lien humide. Des accidents graves ont été aussi constatés par les sirops, les mellites, l’eau-de-vie décolorés par l'acétale plombique (Cadet Gass court, Boutigny).

Les préparations plombiques et surtout les acétates, employés comme médicaments, ont occasionné très-fréquemment les accidents saturnins. Plusieurs auteurs en citent des exemples : un malade, a:reiot d'expecloration purulenic, prit, sur l'avis d'un apothicaire, pendant six jours, et trois fois par jour, du sucre de saturne, à la dose de 25 centigr. (5 grains); l'expecloration se supprima dès le moment où la colique se déclara, et celle-ci s'accompagna de la paralysie du bras (l'issot). Un homme, affecté de gonorrhée, prenait, d'après l'avis d'un barbier, du sucre de plomb, à la dose de 60 centigr.(12 grains). Il en avait consommé 3 drachines, dans l'espace de quinze jours, et la gonorrbée était presque supprimée, lorsque se déclarèrent la colique saturnine et la paralysie des pieds et des mains. Backer parle d'un gonorrhéique chez lequel le sucre de salurne élait administré à l'intérieur et en injection, qui, au bout de quelques jours, fut pris de vomissements, de coliqnes, de constipation, de suppression d'urine, de douleurs névralgiques dans les menubres; symptômes qui résistèrent aux antiphlogistiques, et furent conballus par les purgatiss. A ces faits, nous pourrions en joindre encore bien d'autres, où l'acétate de plomb, donné dans les cas de goutte, de fièvre internittente, de pollutions, de gonorrhée, a produit les accidents salurnins. M. Tanquerel des Planches rapporte l'observation d'un jeune homme, qui, pour une hypertrophie du caur, fut mis à l'usage de l'acétale plombique, d'abord à la dose de 3 grains les quatorze premiers jours, et ensuite à celle de 24 grains pendant six jours, et qui, à cette époque, fut atteint de colique saturnine dont il guérit. Environ un mois après on lui donna, pendant quelque temps, le sel de plomb, à la dose de 30 grains, et il lut de nouveau alteint de colique, avec paralysie complète des membres supérieurs, exaltation de la sensibilité, émaciation des parties paralysées, et succonuba à peu près trois mois après, à dater de la première colique. Chez un jeune étudiant, trois pilules d'acétate de plomb de 5 centigr. chaque auraient occasionné des accidents assez graves pour nécessiter une expertise légale. M. Leridon donne à un malade, trois jours de cuire, 30 centig. d'acétate de plomb neutre; le quatrième jour la colique la plus violente se déclare accomp:ignée d'icière, de constipation, de rétraction du ventre, et ne cède qu’au traitement de la Charité (Trousseau). Un jeune homme, pour un écoulement blennorrhagique, fut soumis à l'usage de plusieurs grains d'acétate ploinbique par jour. Vers la fin du premier mois de ce traitement, des attaques de colique se déclarèrent, revinrent à diverses reprises, et, à la fin du second mois, la maladie saturnine se confirma. Prise d'abord pour une indigestion, puis pour une inflammation, les antiphlogistiques, les opiacés furent employés sans succès. M. Fizeau, par les renseignements, la nature des symptômes, l'insuffisance de antiphlogistiques, nut une colique saturnine, laquelle céda au traitement de la Charité.

Après avoir énuméré les principales circonstances dans lesquelles peut s'effectuer l'empoisonnement lent par le plonıb, circonstances que le praticien ne doit pas perdre de vuc, soit pour le diagnostic, soit sous le point de vue de l'expertise légale, terminons par quelques observations d'empoisonnement aigu, malheureusement furt incomplètes.

Obserration IV. Rébecca Adam, âgé de vingt et un ans, faible,' délicate, ayant des chagrins d'ainour, prit, pour se suicider, pour quatre sous de sucre de plomb : aussitôt vomissements, douleurs d'estomac et des intestins. Elle sent ses jambes engourdies et crie qu'elle va mou. rir, perd connaissance. Transportée à l'hôpital, une deni-heure après

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recon

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