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réunies. Quelle que soit l'opinion qu’on adopte , il est évident que cet effet hyposthenique n'est point en rapport avec la nature âcre, irritante de ces poisons, avec leur effet local, qu'il y a enfin quelque chose de spécial, comme dans les inflammations spécifiques. S'il était démontré que cet état hyposthénique ne dépendit pas de l'intensité de l'inflammation, qu'il résultât, au contraire, de l'action délétère du poison sur le sang, le système nerveux , enfin sur les phénomènes dynaniques ou vitaux, il est certain que, pour relever les forces organiques, et en particulier celles de l'innervation et de la circulation, il conviendrait d'employer les toniques-stimulants, pris surtout parmi les aliments liquides, le vin, le bouillon dégraissé, étendus d'eau, auxquels on pourrait joindre, si on le jugeait nécessaire, les infusés aromatiques de café, de thé, des labiees, etc. Ces divers agents seraient administrés par la bouche et par petites quantités, ou plu:ôt en lavements, si l'ingestion en était pénible, douloureuse. On seconderait l'emploi de ces médicaments

par les stimulants externes, les frictions sèches ou alcooliques, l'application des corps chauds, des cataplasmes sinapisés aux extrémités inférieures. Il faudrait graduer ce traitement au degré de l'hyposthénie, le suspendre lorsqu'on aurait relevé les forces organiques, et surtout l'innervation, la circulation et la calorification. Tel est le traitement recommandé par les médecins rasoriens pour combattre l'effet hyposthenisant des poisons minéraux. N'étant nullement systématique, nous dirons qu'en thérapeutique toxicolog que il n'y a pas plus de méthode exclusive de traitement qu'en thérapeutique médicale proprement dite, et que, dans la majorité des cas, on est obligé de faire de la médecine symptomatique. Heureux celui qui sait bien interpréter les symptômes, en apprécier la nature, la valeur, remonter enfin à leur cause! Si l'on voulait loute notre pensée, nous dirions qu’un relevé d'un certain nombre d'observalions d'empoisonnements par les poisons minéraux, nous a convaincus qu'on avait obtenu autant de guérisons par l'enploi des émollients que par l'emploi des toniques-stimulants,

dans la majorité des cas, lorsque le poison a été expulsé, soit naturellement, soit par les secours de l'art, la nature à fait ensuite elle-inème tous les frais pour remédier aux accidents qu'il avait développés, et qu'on n'avait eu besoin que de la seconder. Il nous serait facile d'étayer ces assertions par le résultat des expérii nces sur les animaux.

et que,

Lorsqu'on a combattu les effets immédiats ou primitifs des poisons, le traitement est ensuite presque tout hygiénique. Il ne faut pas trop se håter de donner une alimentation solide : on commence d'abord par les aliments lactés, mucilagineux, gel: tineux, féculents, et on arrive peu à peu à une nourriture un peu plus substantielle. S'il se manifestait des accidents nerveux, soit pendant les effets primitiss, soit pendant les effets consécutifs, on les combattrait, s'ils ne dépendaient pas de l'inflammation locale, par les antispasmodiques, les opiacés; ces derniers médicainents, conviennent suriouit pour calmer les douleurs qui ont un caractère nerveux, pour procurer un peu de calme, de sommeil aux malades. Nous verrons dans l'empoisonnement par les acides minéraux combien il faut s'astreindre a une diététiqu sévère dans la période des effeis consécutils.

Pronostic. Le pronostic dans l'intoxication par les poisons minéiaux est très-grave, car, s'il existe plusieurs observations de guérison coinplète, on peut aussi citer beaucoup de cas mortels, ou ayant laissé à leur suite des accidents qui ont persisté pendant très-longtemps, et même pendant toute la vie.

Ces idées générales sur les poisons inorganiques découlent de l'observaiion rigoureuse des faits. Elles s'appliquent surtout aux poisons les plus importants et le plus souvent employés. Cependant il n'y a pas de règle sans exception, et la connaissance de ces généralités ne doit pas dispenser de l'étude de chaque poison en particulier. En médecire, comme dans les autres sciences, ce n'est que par l'étude approfondie des faits dont elle se compose, et par la comparaison de ces faits entre eux, qu'on peut arriver à des données positives; les connaissances ainsi acquises sont a jamais ineffaçables. Accueillons les idées du maître, mais ne les acceptons complétement qu'après les avoir vérifiées ou sanctionnées par notre propre observation.

SECTION 1.

POISONS MÉTALLOIDES.

Quoique l'arsenic soit considéré comme un métalloïde, nous le plaçons parmi les poisons de la 4e section, parce qu'il s'emploie toujours à l'état d'oxyde, de sulfure, de sel; que les moyens de réduction, les recherches chimiques, sont établis d'après les mêmes principes. Le phosphore, l'iode, le brome, le chlore, sont les seuls métalloïdes connus sous le point de vue toxique, et encore, il n'y a guère que le premier qui ait acquis une certaine importance, car depuis 1845, on a observé un assez grand nombre de suicides et surtout d'homicides par les pâtes, les allumettes phosphorées. Les deux premiers sont solides, les deux autres liquides; tous donnent, surtout à chaud, des fapeurs acres, caustiques, rougissant ou décolorant le tournesol ; blanches alliacées et phosphorescentes à l'obscurité, avec le phosphore; violacées et bleuissant le papier amidonné, avec l'iode; rougeâtres ou rutilantes, avec le brome; jaunes-verdâtres, avec le chlore. Sous l'influence de l'eau, des matières organiques, surtout en présence de la lumière, des alcalis, ils se transforment en hydracides et oxacides; c'est même par suite de cette transformation, ou plutôt en la subissant, qu'ils agissent comme poisons, donnent lieu aux mêmes effets locaux que les acides, et, en raison de cette analogie , ils pourraient être décrits dans la même section. Tous sont absorbés, mais, en général, après avoir subi cette transformation, s'être combinés avec les bases alcalines, être passés à l'état de sel; c'est ordinairement en cet état qu'ils se rencontrent dans les organes, le sang, les arines et autres liquides.

EMPOISONNEMENT PAR LE PHOSPHORE, SES ACIDES.

PaOSPHORE. Découvert par Brandt en 1669, il est en

TOME 1.

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petits bâlons cylindriques, plus rarement en masses ou en petits gtains (phosphore en poudre), translucide, incolore ou opalin, flexible, sécable, fusible dans l'eau à + 44', volatil à + 250°. Il se colore en rouge à la lumière solaire, en noir, quand il est chauffé à + 70° et refroidi subitement. Conservé dans l'eau aérée, il se couvre d'une couche blanche, opaque (hydrate de phosphore), conserve sa transparence à l'intérieur et devient cassant. Sa densité est de 1,770.

Caractères chimiques. À l'air il donne des vapeurs blanches, alliacées, phosphorescentes à l'obscurité, en passant à

l'état d'acides phosphoreux et hypophosphorique. 2° Dessé..ché au papier joseph, déposé sur une capsule et couvert d'une

cloche aussi bien desséchée, si on l'enflamme, il brûle avec une lumière très-vive, donne des vapeurs blanches d'acide phosphorique, qui se condensent en flocons neigeux, se dissolvent dans l'eau avec décrépitation, et laisse un disque rougeâtre (oxide rouge de phosphore), insoluble dans ce liquide. 3o Chauffé à + 90° et plongé immédiatement dans l'eau froide, le phosphore ne s'enflamme plus à l'air (M. Schroetter).

2° PUOSPAORE ROUGE OU AMORPAE, OXIDE ROUGĖ. Ce produit, envoyé d'Allemagne, est pulvérulent, de couleur brune briquetée, inodore, non lumineux à l'obscurité, très-peu altérable à l'air. Sur les charbons ardents il s'enflamme, brûle plus lentement que le phosphore, sans répandre d'odeur. Chauffé à l'abri de l'air, il se volatilise en petits globules transparents (phosphore) et en sublimé rouge-orangé, laisse un résidu noir, charbonneux et siliceux, et un peu d'acide phosphorique. A chaud, avec l'acide azotique, il donne , comme le phosphore, de l'acide phosphorique ordinaire ou tri-hydraté.

3° ACIDES DE PHOSPHORE. Le phosphore forme quatre composés acides. Tous, mêlés à du charbon et chauffés fortement dans un creuset de platine ou de Hesse, dont le couvert est muni d'une petite ouverture, ou dans un tube de verre réfractaire, donnent du phosphore qui s'enflamme à l'air. Les acides phosphoreux et hypophosphorique fournissent, par l'action seule de la chaleur, des vapeurs phosphorescentes. Ils réduisent les sels d'argent qu'ils précipitent en noir, ainsi que les sels d'or, décolorent le persulfate de manganèse, le ramènent à l'état de protosel, retardent l'action décolorante du chlore sur le sulfate d'indigo, sur l'iodure d'amidon (voyez ci-après). L'acide phosphorique ordinaire ou tri-hydraté est solide ou liquide, ne précipite pas l'albumine; saturé par la potasse, il précipiteen jaunel'azotate d'argent. L'acide pyrophosphorique ou bi-hydralé précipite l'albumine, en blanc l'azotate d'argent. Ces deux acides donnent, avec les .sels de plomb, l'eau de chaux, de baryte, un précipité blanc, soluble dans un excès d'acide et l'acide azotique, qui, chauffés avec du potassium dans un tube sont transformés en phosphure, lequel, au contact de l'eau, dégage du gaz hydrogène phosphoré, spontanément inilammable à l'air.

4. PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES. Le phosphore est insoluble dans l'eau, mais il communique à ce liquide les propriétés des acides phosphoreux et hypophosphorique. Par 30 gram. l'alcool, l'acide acétique contiennent 10 centig. de phosphore; l'éther, l'huile, 20 centig. ; l'axonge, 60 centig. Ces préparations, chauffées ou agitées dans l'obscurité, sont phosphorescentes, rougissent le papier tournesol, réduisent les sels d'or, d'argent, décolorent le persulfate de manganèse, retardent la décoloration du sulfate d'indigo, de l'iodure d'amidon par le chlore, propriétés qu'elles doivent à la présence des acides phosphoreux et hypophosphorique, donnent de l'acide phos phorique par l'acide azotique, le chlore. L'eau, l'acide acétique, l'alcool, l'éther, évaporés, laissent un résidu qui noircit par l'azotale d'argent; les deux derniers sont inflammables, dégagent, vers la tin, des vapeurs blanches, laissent un résidu adhérent aux parois du vase (acide phosphorique), qui rougit le tournesol. Pour constater ce caractère avec l'huile, la pommade phosphorées, il faut en imprégner un papier et l'erflammer.

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