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5. ALLUMETTES PHOSPHORÉes. Elles se composent d'une pâle formée de : phosphore, 20 p.; gomme arabique, 50 p.; chlorate de polasse, 30; bleu de Prusse, 0,5, fixée à l'extrémité d'une allumette soufrée. Elles s'enflamment par frottement; comme elles ont l'inconvénient de déflagrer, de répandre l'odeur sulfureuse, on a remplacé le chlorate par l'azotate de potasse, de plomb, et imprégné le bout de l'allumette d'acide stéarique. On emploie aussi comme colorants le vermillon, le bi-oxyde de plomb. Voici la composition d'une pâte à la colle : phosphore, 2,5; colle forte 2,5; eau, 4,5; sable fin, 2; ocre rouge, 0,5; vermillon, 0,1. La colle peut être remplacée par la même quantité de gomme. Les allumettes ainsi que

les bougies stéariques brûlent plus longtemps, donnent plus de lumière sans odeur ni déflagration.

6° PATES PROSPHORÉES. Quoique de composition variable, elles peuvent être considérées comme du phosphore associé à des corps gras et féculents. Ainsi phosphore, 4 p., fondu au bain Marie, dans : eau, 10 p., rendue mucilagineuse par 5 p. de farine, mélangée ensuite dans un morlier avec lard, 5 p.; farine, 750; sucre, 50, et suffisante quantité d'eau pour faire une pâte consistante, qui est divisée en petites boulettes destinées à intoxiquer les souris.

Recherche du phosphore dans les matières organiques.

Le phosphore, qu'il soit administré à l'état solide, comme dans les allumettes, les pâtes , ou en dissolution dans un vehicule, passe peu à peu, au contact de l'air, des matières

niques à l'état d'acides phosphoreux, hypophosphorique et phosphorique qui, en se combinant avec les bases de ces matières, donnent lieu à des phosphates. Il peut donc se rencontrer sous ces quatre élats dans les matières alimentaires, celles des vomissements, des déjections, le tube inteslinal, etc. Comme l'acide phosphorique, les phosphates font partie constituante des aliments, de nos organes, de nos liquides, de la terre, il faut, autant que possible, rechercher ce poison à l'état de phosphore, d'acide phosphoreux et hypophosphorique, parce qu'il ne se rencontre pas ainsi dans les matières qui sont habituellement le sujet des expertises. Les expériences seront comparatives avec des matières vierges de même nature, surtout pour la recherche de l'acide phosphorique, des phosphates.

A. Recherche du phosphore en nature. 1o Examiner si, dans les matières suspectes, le tube intestinal, sur les parois ou au fond des vases, il n'y a pas de fragments de phosphore, de pâles, d'allumettes phosphorées, qu'on séparerait par le triage, le lavage. 2° Séparer les parties liquides des solides, en les passant à travers un linge, et les analyser séparément. 3° Etaler par couches les matières solides sur des plaques de verre et s'assurer si à l'obscurité elles ne sont pas phosphorescentes, surtout en les remuant, si elles n'ont pas l'odeur alliacée, caractères qui peuvent manquer, quoiqu'elles contiennent du phosphore. 4o Chauffées ensuite graduellement, elles dégagent des vapeurs blanches, phosphorescentes, alliacées, avec flamme et décrépitation s'il y a du phosphore entier ; après, si l'on ajoute un soluté d'azotate d'argent, elles brunissent, noircissent, se couvrent, au bout d'un certain temps, d'une couche ayant l'aspect métallique; elles offrent enfin les caractères des acides phosphoreux et hypophosphorique. 5° Délayées dans l'eau seule ou acidulée d'acide sulfurique, pour saccharifier l'amidon, et chauffées audessus de 44°, le phosphore se liquifie, gagne le fond du vase, se prend, après refroidissement, en un petit bouton translucide, qu'on sépare par décantation. Si c'étaient des allumettes, une pâte phosphorées, la graisse surnageraits la. gomme, la gélatine, le chlorate, l'azotate de potasse dissous par l'eau, seraient séparés par l'alcool qui précipite les deux premières substances, et les sels obtenus par évaporation. Si les matières colorantes, oxyde de plomb, vermillon, etc., se déposaient avec le phosphore, on les isolerait par l'éther qui dissout

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ce dernier. 6. Desséchées et mises à digérer dans 8 à 10 p. d'éther à 22, après évaporation, ce liquide laisse une matière grasse, inflammable et phosphorescente, et un charbon difficile à incinérer.

B. - Recherche des acides phosphoreux et hypophosphorique. Etant solubles dans l'eau, ils se trouvent dans les parties liquides et peuvent être séparés des matières solides par ce véhicule. Dans les recherches légales on n'est pas encore parvenu à isoler ces acides, mais seulement à constater les réactions par l'azotate d'argent, le sulfate d'indigo, l'iodure d'amidon, le persulfate de manganèse (S 2). Dans l'affaire Riehl, assises de Strasbourg, MM. Persoz, Oppermann, Villemin, mêlent, d'une part, 18 centim. cubes de sulfate d'indigo à 32 centim. cub. d'eau, et d'un autre coté à 32 centim. cub. du liquide de l'estomac, versent goutte à goutte, d'une solution de chlore jusqu'à décoloration. Dans le premier cas, il a fallu 1 centim.cub., 5 de chlore, et 83 centim. cub. dans le second. Les autres réactifs seraient aussi expérimentés comparativement.

C. - Recherche de l'acide phosphorique libre. Cet acide se trouve dans les parties liquides, et on peut le séparer de matières solides en les traitant par l'eau. fo Orfila metà macérer l'estomac ou son contenu dans l'eau distillée, fait même bouillir si la macécration est insuffisante, filtre, évapore les liqueurs à siccité, soumet le résidu pendant 10 minutes à l'action de l'alcool à 44o, filtre, évapore et obtient l'acide phosphorique, dontilconstate les caractères en le chauffant avec du charbon dans un creuset de Hesse, dont le couvert offre une petite ouverture; il s'en dégage des vapeurs phosphorescentes. 2° Aux assises de Châlons(Toxicologie générale page 208), M. Boissenot fait bouillir les matières de l'estomac et cet organe dans l'eau, filtre, concentre les liquides au 8me, les sature par le bi-carbonate de potasse, évapore à siccité, dissout le résidu dans l'eau, précipite le soluté filtré par l'azotate d'argent. Le phosphate d'argent, lavé et suspendu dans l'eau,

D.

est réduit par un courant de gaz sulfhydrique. Le liquide filtré, évaporé à siccité, laisse un résidu déliquescent, qui offre les réactions de l'acide phosphorique par l'eau de chaux, de baryte, l'azotate d'argent. Mêlé à du charbon pulvérisé et chauffé dans un tube de verre réfractaire, au moyen d'une forte lampe à émailleur, il donne des vapeurs de phosphore. Afin de ne pas perdre la portion du phosphore qu'on n'aurait pu isoler et celle qni serait passée à l'état d'acides phosphoreux et hypophosphorique, on pourrait préalablement faire

passer à travers un courant de chlore, comme l'a fait M. Lassaigne, au sujet de l'affaire de Beauvais, ou bien les faire bouillir dans l'acide azotique (assises de la Nièvre), réactifs qui oxydent ces corps, les ramènent à l'état d'acide phosphorique. Dans l'article suivant, nous verrons comment on peut doser cet acide et par suite le phosphore renfermé dans les matières suspectes.

Recherche des phosphates. L'acide phosphorique peut se combiner avec les bases de nos liquides, de nos organes, la terre du cimetière et passer à l'état de phosphate, Comme ces sels en font partie constituante, il faut expérimenter comparativement avec des matières de même nature à l'état vierge, afin d'apprécier la quantité proportionnelle et relative de phosphore, d'acide phosphorique qu'elles contientiennent. Aux assises de Strasbourg, dans l'affaire Riehl, après avoir essayé une portion des liquides de l'estomac par le sulfate d'indigo pour y déceler les acides phosphoreux et hypophosphorique, MM. Persoz, Oppermann, Villemin en évaporent une autre portion à siccité. Le résidu, qui pesail 2 gr. 273, mêlé à environ trois fois son poids de nitre pur et autant de carbonate sodique, humecté d'un peu d'eau, chauffé dans un creuset d'argent, d'abord jusqu'à fusion aqueuse, puis jusqu'à fusion ignée, donne une masse qu'ils dissolvent dans l'eau. Ils traitent par l'acide chlorhydique la liqueur, pour la saturer et éliminer les nitrites, concentrent dans une capsule de porcelaine, ajoutent du sulfate de magnésie, et neutralisent par l'ammoniaque. Il se forme un dépôt cristallin, insoluble, possédant tous les caractères du phosphate ammoniaco-magnésien qui, lavé, desséché, pesait 0 gr. 4080, représentant O gr. 1,002 de phosphore, ou 4,2 de phosphore pour 0/0 de liquide de l'estomac. La matière cérébrale, la plus riche de l'organisme en ce produit, en renferme neuf fois moins ou 0, 46 pour0/0. Une troisième partie du liquide étant évaporée à siceité, laissa un résidu qui, carbonisé, s'incinéra ensuite très-difficilement. Le pouvoir réducteur du liquide de l'estomac, l'obtention du phosphate ammoniaco-magnésien, l'incinération difficile du charbon portent les experts à conclure que du phosphore a été ingéré dans l'estomac de Riehl.

E. – Recherche du phosphore dans la terre. Les mêmes experts, après avoir séparé les pellicules de raisin et autres matières organiques, les cailloux de la portion de terre d'une vigne sur laquelle Riehl avait vomi, la desséchent par calcination, la pulvérisent, en mêlent 15 gr. à du nitre et du carbonate sodique, agissent enfin à peu près comme sur le résidu des liquides de l'estomac, et obtiennent, en définitive, cinq fois plus de phosphate ammoniaco-magnésien que de la même quantité de terre sur laquelle Riehl n'avait pas vomi (voyez Toxicologie générale, page 224).

Dans cette même affaire, pour apprécier la quantité de phosphore dans la pâte de l'estomac, en ayant en trop petite quantité pour l'extraire en nature, ils en desséchent 0 gr. 034, la déposent dans un creuset de platine très-étroit, la recouvrent du sulfate mercurique pur, chauffent le creuset de haut en bas dans le but d'oxyder le phosphore, de détruire la matière organique. Ils dirigent ensuite dans l'intérieur du creuset, porté à la température de 450 centigr., un jet de vapeur d'alcool, afin de décomposer l'excès du sulfate mercurique, et obtiennent pour résidu une matière fusible, presque transpa-rente qui, dissoute dans 3-4 gouttes d'eau, rougissait fortement le tournesol, précipitait en blanc l'azotate d'argent, coagulait la solution d'albumine, offrait enfin les caractères de l'acide

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