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catholique? Pourquoi, parlant de l’Eucharistie, le concile de Trente dit-il qu'il « déclare ici la doctrine saine et sincère que l'Eglise catholique a toujours tenue, et qu'elle conservera jusqu'à la fin des siècles ? » Pourquoi n'a-t-il pas mis l'épiscopat et rédigé son décret de la manière suivante : « Le concile déclare ici la doctrine saine et sincère que l'épiscopat catholique a toujours tenue, et qu'il conservera jusqu'à la fin des siècles? » Pourquoi, là même, appelle-t-il l'Eglise, et non pas l'épiscopat « la colonne de la vérité ? » Pourquoi ce langage constant depuis que l'Eglise existe? Pourquoi est-ce toujours elle qui enseigne, qui dispense les secours divins, qui proclame la vérité et qui sanctifie, et jamais l'épiscopat? Comment le langage catholique, si admirable de propriété et d'exactitude, se trouverait-il, sur ce point capital, si prodigieusement en défaut?

Pour substituer l'épiscopat à l'Eglise, ou, ce qui revient au même, pour réduire tous les pouvoirs de l'Eglise à l'épiscopat, il faut, monsieur l'Archevêque, que vous ayez des raisons terriblement décisives. Et, qu'alléguez-vous ? les paroles de Jésus-Christ : « Allez, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, el du Saint-Esprit '». Mais si ces paroles concernaient uniquement les évêques, les laiques ni les prêtres n'auraient pas plus le pouvoir de baptiser, que vous leur reconnaissez sans doute, que le pouvoir d'instruire, que vous leur déniez. Or, puisqu'elles confèrent aux prêtres et aux laïques le pouvoir de baptiser, elles leur confèrent aussi le pouvoir d'instruire. Il est clair, en

· Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti.

dent pour

effet, qu'elles regardent l'Eglise entière, à qui Jésus-Christ communique ce double et indivisible pouvoir. Il en est ainsi des paroles qu'il adresse à Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux '. » Le don du sacerdoce fait aux divers membres de l'Eglise dans la personne, soit de tous les apôtres ensemble, soit de Pierre seul, est évi

celui

que n'obsède point une fausse théo. logie. Les Pères le remarquent quand les occasions le deinandent. Saint Augustin le répète plus de vingt fois. Souvent il dit que les apôtres, que Pierre portaient la personne de l'Eglise. « Ecclesiæ personam gerebant, gestabant,ougerebat, gestabat.»

Ainsi l'évêque, le prêtre, le laïque participent au sacerdoce, quoiqu'en disférentes mesures. L'évêque le possède pleinement, le laïque dans la plus petite parlie, le prêtre dans un degré intermédiaire. Le sacerdoce, essentiellement un, comprend trois fonctions inséparables : il enseigne, il gouverne,

il célèbre les sacrements. L'évêque les célèbre tous; celui de l'ordre passe le pouvoir du prêtre, qui donne les autres, même, à ce qu'il parait, la confirmation extraordinairement. Si le laïque ne peut que baptiser, le baptême est le sacrement fondamental. Les fonctions d'enseigner et de gouverner leur sout départies, selon la même proportion que la fonction de sacramenter, si j'ose me servir de ce mot. Elles se développent au plus haut degré dans l'évêque, à un degré moindre dans le prêtre, et au plus bas dans le laïque. Mais, toute minime que soit sa part, il en a une.

Entendez, dans la question sur la célébration de 'Tibi dabo claves regoi cælorum.

la Pâque, Polycrate, évêque d'Ephèse, écrivant au pape Victor, au nom des évêques d’Asie; entendezle invoquer l'autorité même de trois femmes, aussi bien que celle des évêques et de deux apôtres, « Nous solennisons, dit-il, le même jour scrupuleusement, sans rien ajouter, ni retrancher. Dans l'Asie sont ensevelies au Seigneur, ces grandes lumières qui reluiront à son majestueux avénement : Philippe, l'un des douze apôtres, qui a fermé les yeux à Hiérapolis, et deux de ses filles qui ont vieilli dans la virginité, et une autre de ses filles qui était inspirée du Saint-Esprit, et qui s'est endormie à Ephèse ; Jean, qui reposa sur la poitrine du Seigneur, qui a été évêque, portant au front la lame d'or, martyr, docteur, et qui s'est assoupi pareillement à Ephèse; Polycarpe, évêque et martyrà Smyrne, où il repose; Thraséas, évêque d'Euménie, et martyr, qui repose de même à Smyrne. Faut-il rappeler Sagaris, évêque et martyr, qui sommeille à Laodicée, et le bienheureux Papirius, et Méliton, vivant du Saint-Esprit , infatigable à servir le Seigneur, et qui attend à Sardes l'immortelle résurrection? Tous, gardiens fidèles des traditions de l'Evangile et observateurs des canons de l'Eglise , ils ont célébré la Pâque le quatorzième jour de la lune '. »

* Nos igitur inviolabilem celebramus diem, neque addentes aliquid, neque dementes. Etenim in Asiâ elementa maxima dormierunt, quæ resurgent in die Domini, quando venturus est de cælis in majestate sua, et suscitaturus omnes sanctos : Philippum loquor de duodecim apostolis, qui dormivit Hierapoli, et duas filias ejus, quæ virgines senuerunt, et aliam ejus filiam, quæ, Spiritu Sancto plena, in Epheso occubuit. Sed et Joannes, qui super pectus Domini recubuit, et pontifex ejus fuit, auream laminam in fronte portans, martyr et doctor in Epheso dormivit; et Polycarpus episcopus et martyr Smyrnæ cubat. Thraseas quoque episcopus et martyr de Eumenia in eadem Smyrna requiescit. Quid necesse est Sagaris episcopi et martyris recordari, qui in Laodicea soporatur; et Papiri beati, et Melitonis in Spiritu Sancto ennuchi, qui semper Domino serviens positus est in Sardis, et expectat in adventu ejus resurrectionem ? Hi omnes observaverunt Paschæ diem decima quarta luna, ab evangelica traditione, in nullam partem declinantes, et ecclesiasticum sequentes canonem.

La scolastique, qui a dénaturé tant de vérités, n'a pas épargné celle qui nous occupe. A l'en croire, quand les Pères disent que l'Eglise, quel'Unité a reçu le sacerdoce, ils entendent que c'est la communauté des laïques , en sorte que ceux-ci auraient la

propriété du Pontificat, et que les prêtres, les évêques, n'en auraient que l'usage. D'abord, puisque les laiques baptisent, ils joignent donc cet exercice du sacerdoce à la propriété, et alors il est faux que d'un côté se rencontre la propriété et de l'autre l'usage. Ensuite, ne serait-il pas étrange, contradictoire, que les simples fidèles qui ont le moindre usage, eussent la propriété totale, tandis que les prêtres qui possèdent un usage beaucoup plus étendu, que les évêques qui possèdent l'usage complet, fussent entièrement exclus de la propriété?

Dans une foule de choses, on sépare parfaitement l'usage de la propriété. Il arrive qu'on a l'usage

de telle maison, sans en avoir la propriété, ou qu'on en a la propriété sans en avoir l'usage. Mais ici cette séparation est absurde. Qu'est-ce que la propriété du sacerdoce, sinon le pouvoir sacerdotal, le pouvoir d'enseigner, et de sacrementer? Conçoit-on qu'on enseigne, qu'on sacremente sans le pouvoir de le faire ? Sion a ce pouvoir, est-il concevable qu'on soit, non pas dans quelque circon

stance, mais toujours, mais radicalement privé de l'exercer? Nécessairement l'usage et la propriétésont inséparables. Loin d'avoir seuls l’entière propriété, les laïques n'en possèdent que la plus petite partie, puisqu'ils n'ont que le plus petit usage.

Quant au droit scientifique , il est personnel, et il peut se faire qu'il soit plus grand dans les prêtres que dans les évêques, et dans les laïques que dans tous. Qui ne connaît les noms des Justin, des Arnobe, des Lactance, des Minucius, des Athénagore, des Dydime d'Alexandrie, des Prosper, des Eusebe de Constantinople, des Boëce, des Nicole, et de tant d'autres? Comparé au savoir de tel d'entre eux, que serait celui de tous les prélats de nos jours ?

Remarquons la corrélation qui existe dans l'usage des pouvoirs pontificaux. De même que les Jaïques ne baptisent qu'extraordinairement ils n'enseignent non plus qu'extraordinairement. Le cours ordinaire réserve le baptème et l'instruction aux évêques et aux prêtres. Les simples fidèles exercent le droit d'enseigner principalement quand il s'agit de propager, d'épurer, de rectifier la doctrine, de renouveler la discipline, d'extirper les abus, de confondre les hérésies; enfin quand, pour se corriger , se guérir, ou se défendre, l'Eglise a besoin d'une levée de tous ses enfants, et que chaque fidèle, comme ou dit, est soldat.

Je reviens à l'Ecriture: «Commenous avons tous différents dons selon la grâce qui nous a été donnée, dit saint Paul, que celui qui a reçu le don de prophétie ', en use selon l'analogie et la règle de

' Lumières pour expliquer les mystères et interpréter les Écritures.

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