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profonds qu'ils l'ont jamais été. Mais je n'ai plus la force de faire passer dans mes paroles l'énergie de mes sentiments. Ce long récit n'a point l'intérêt que j'aurais voulu lui donner. Mon esprit épuisé ne sert plus ni mon cælur ni ma pensée; mà plume est aussi faible que ma main ; elle a tracé péniblement chacune de ces lignes : il n'y en a pas une qui ne m'ait déchiré le cour, et je n'aurais pas souffert davantage si j'eusse, de mes mains,

, creusé la fosse de Santa Rosa. Et n'est-ce pas, en effet, ce triste devoir que je viens d'accomplir ? Mon coeur n'est-il pas son vrai tombeau ? Encore quelques jours peut-être, la voix, la seule voix qui disait son nom parmi les hommes et le sauvait de l'oubli, sera muette, et Santa-Rosa sera mort une seconde et dernière fois. Mais qu'importe la gloire et ce bruit misérable que l'on fait en ce monde, si quelque chose de lui subsiste dans un monde meilleur, si l'âme que nous avons aimée respire encore avec ses sentiments, ses pensées sublimes, sous l'oeil de celui qui la créa? Que m'importe à moimême ma douleur dans cet instant fugitif, si bientôt je dois le revoir pour ne m'en séparer jamais? O espérance divine, qui me fait battre le caur au milieu des incertitudes de l'entendement! O problème redoutable que nous avons si souvent agité ensemble! ô abîme couvert de tant de nuages mélés d’un peu de lumière ! Après tout, mon cher ami, il est une vérité plus éclatante à mes yeux que toutes les lumières, plus certaine que les mathématiques : c'est l'existence de la divine providence. Oui, il y a un Dieu, un Dieu qui est une véritable intelligence, qui, par conséquent, a conscience de lui-même, qui a tout fait et tout ordonné avec poids et mesure, et dont les oeuvres sont excellentes, dont les fins sont adorables, alors même qu'elles sont voilées à nos faibles yeux.

Се monde a un auteur parfait, parfaitement sage et bon. L'homme n'est point un orphelin : il a un père dans le ciel. Que fera ce père de son enfant quand celui-ci lui reviendra ? Rien

que

de bon. Quoi qu'il arrive, tout sera bien. Tout ce qu'il a fait est bien fait; tout ce qu'il fera je l'accepte d'avance, je le bénis. Oui, telle est mon inébranlable foi, et cette foi est mon appui, mon asile, ma consolation, ma douceur, dans ce moment formidable.

Adieu, mon cher ami, conservez cet écrit comme un souvenir de moi et de lui. Vous l'avez connu, vous l'avez aimé; parlez souvent de lui avec le petit nombre d'amis qui ont survécu. Songez que c'est à lui que nous devons de nous être connus l'un et l'autre. Je me souviens encore de ce jour où, vers la fin de 1825, vous et Lisio, qui ne m'aviez jamais vu, vous vîntes chez moi me demander pour vous, ses compagnons d'infortune et d'exil, quelque chose du sentiment que j'avais pour lui. Eh bien! c'est moi aujourd'hui qui, en me retirant, viens vous demander de me remplacer auprès de sa mémoire. Gardez-la fidèlement, mes amis, entourez de respect sa femme et ses enfants; guidez ceux-ci dans la route du devoir et de l'honneur: apprenez-leur quel fut leur père; faites-leur lire cet écrit, il est exact et fidèle; il n'y a pas un mot qui ne soit scrupuleusement vrai, pas un mot qui ne soit emprunté aux lettres mêmes de leur père. Ses défauts sont manifestes à côté de ses grandes qualités. L'énergie touche à l'exaltation, et l'exaltation est presque une folie sublime. Il y a du héros de roman dans tout héros véritable, et nos plus grandes qualités ont leur rançon dans leur excès. Sans doute Şanta-Rosa fut un homme incomplet, mais Santa Rosa eut une âme grande et à la fois une âme tendre; c'est

par

là devez une place éminente dans votre admiration' et dans vos regrets. Adieu.

que vous lui

1 er novembre 1838.

VICTOR Cousin.

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