Images de page
PDF
ePub

l'honneur que j'ai d'en être, vous agréerez que monsieur de Serisay m'apprenne les sentimens que vous avez làdessus, afin que, si cette affaire mérite (comme je n'en doute point) votre approbation, je reçoive un contentement plus parfait, s'il est possible, que celui que je ressens. C'est de quoi je vous supplie avec tout le respect que je vous dois , et de me croire plus que personne du monde, » Messieurs,

» Votre très humble, très obéissant

et très passionné serviteur,

„P. de Boissat. »

COPIE DE L'ACCOMMODEMENT FAIT EN DAUPHINÉ PAR ORDRE

DE LA NOBLESSE ASSEMBLÉE A CETTE OCCASION.

Pour Messieurs de l'Académie, qui sont très humblement

suppliez d'en écouter la lecture en pleine assemblée.

[ocr errors]

la sa

« Monsieur le comte de Sault, chevalier des ordres du Roi, premier gentilhomme de sa chambre et lieutenant général pour Sa Majesté en Dauphiné, et monsieur de Boissat, ayant remis leurs différens au jugement de la noblesse de cette province assemblée pour cet effet, après en avoir su d'eux le sujet, elle a jugé, pour tisfaction de l'un et de l'autre, qu’un gentilhomme de l'assemblée, accompagné d'un parent de monsieur de Boissat, iroit chez madame la comtesse de Sault pour lui porter, en la présence de ceux qu'elle aura agréable d'y appeler, la déclaration que le sieur de Boissat a faite en ladite assemblée : « De n'avoir jamais eu en pensée le dessein de l'offenser, et qu'il l'a toujours hautement

estimée pour sa naissance, pour sa vertu et pour toutes les qualitez recommandables qui sont en elle, et que, s'il avoit le moindre soupçon de se pouvoir faire ce reproche de l'avoir offensée au point qu'elle l'a cru, il ne lui en demanderoit pas seulement pardon, mais encore il se croiroit indigne de l'obtenir et ne se le pardonneroit pas à soi-même. »

» Ensuite de quoi monsieur le comte de Sault, accompagné de ses gardes et de ses domestiques, se rendra au lieu où la noblesse sera assemblée, après avoir su que le sieur de Boissat avoit été mandé d'y venir, et lui dira : « Monsieur, vous savez le sujet qui m'a fait avouer l'offense qui vous a été faite, ce qui me fait espérer que vous m'accorderez plus facilement le pardon que je vous en demande, reconnoissant de m'être porté à cet excès avec trop de chaleur, y ayant même employé de mes gardes, et que, si vous eussiez eu une épée, vous vous en seriez servi tout autant que vous eussiez eu de vie; dont j'ai un déplaisir extrême, et voudrois qu'il m'eût coûté de mon sang que la chose ne fût pas arrivée. Je vous prie de le croire, et que je vous tiens pour gentilhomme de mérite et de courage, qui l'avez témoigné en toutes sortes d'occasions, et qui en eussiez tiré raison par les voies qui vous eussent le plus satisfait, sans les soins qu'ont pris Messieurs de la noblesse d'en détourner les moyens. J'ajouterai à cette prière une seconde faveur que je désire de vous, et que je tiendrai encore, s'il se peut, à plus grande obligation, qui est, Monsieur, de me vouloir octroyer le pardon que je vous demande pour monsieur de Vaucluse, bien que je sache avec quelle soumission il vous ira rendre témoignage chez vous du déplaisir qui nous demeure que vous ayez été si outrageusement offensé. Et pour vous faire encore

mieux connoître combien il me touche, j'amène ceux par qui vous avez reçu cette injure, pour les soumettre à ce que Messieurs de la noblessé en ordonneront et que vous pourriez désirer pour votre satisfaction. Je m'assure que vous jugez bien, par ce que je vous ai dit et par ce que je fais, que vous avez sujet de mettre en oubli tout ce qui vous a fâché. Vous m'obligerez extrêmement d'en être satisfait, et d'être mon ami, comme je vous en prie de tout mon coeur. »

» Après que cela aura été prononcé par monsieur le comte de Sault, celui qui présidera à l'assemblée , s'adressant au sieur de Boissat, lui dira : « Monsieur , vous avez assez reconnu, par le discours que vous a fait monsieur le comte de Sault, avec quelle douleur il ressent l'offense qui vous a été faite et avec quelle passion il désire que vous en demeuriez satisfait. Cette compagnie croit que vous ne lui sauriez plus refuser ce qu'il désire de vous, et vous prie avec lui d'en perdre le souvenir et de recevoir les offres qu'il vous fait de son affection. » Sur quoi monsieur de Boissat dira à monsieur le comte de Sault : « Monsieur, je donne au repentir que vous me faites paroitre, et à la prière qui m'en est faite par ces messieurs, ce que vous désirez de moi. » Et à même temps monsieur le comte de Sault le priera de l'embrasser. Ce qui ayant été fait, en se retirant de l'assemblée il laissera ceux de ses gardes et domestiques qu'il doit soumettre; et alors celui qui présidera à l'assemblée commandera aux gardes de se présenter avec leurs casaques et sans armes, et de se mettre à genoux devant le sieur de Boissat, et lui dira : « Monsieur, cette compagnie a condamné ces gardes, qui vous ont frappé, à une prison si longue que vous trouverez bon. » Et après que le sieur de Boissat se sera expliqué de son in

tention, le président les renvoiera et fera entrer les valets ; lesquels s'étant mis à genoux, le sieur de Boissat prendra un bâton de la main du président, pour en user commer bon lui semblera.

» Le jour même, le sieur de Vaucluse, en la compagnie de trois ou quatre gentilshommes des présens de l'assemblée , ira trouver le sieur de Boissat chez lui pour lui dire : « Monsieur, je viens ici vous demander pardon en la présence de ces messieurs, et vous offrir à me porter à toutes les soumissions que peut faire un gentilhomme pour votre satisfaction. La mienne sera parfaite si vous me voulez croire votre serviteur, comme je vous en supplie. » A quoi le sieur de Boissat répondra : « Monsieur, j'ai promis à monsieur le comte de Sault et à Messieurs de la noblesse de ne me ressouvenir plus de ce qui s'est passé à ce sujet. » Et après cela les gentilshommes qui seront présens les feront embrasser.

» L'avis de la noblesse, contenu en cet écrit, a été observé ponctuellement, excepté que le sieur de Boissat ne s'est pas servi du jugement qu'elle a donné contre les gardes ni du bâton envers les valets, pour le respect qu'il a voulu rendre à l'assemblée et pour sa générosité. Audit Grenoble , le 25 février 1638. Monsieur le marquis de Bressieux, nommé par la compagnie président pour le présent, ainsi signé en l'original : BressieuxMonteilher, Meypieu, la Marcousse, la Charfe, Boissieu de Salvain, l'Estang, Chatte, Eidoche, Saint-Jullien, Paris, Montferrier, les Adrests, la Bastie, Montfalcon, Bovières, Marcieu, Loras, Chamanieu, Moyrans, Deageant de Vire, autrement Deageant de Bannettes, Rolligny, la Pierre, Montenard, Miribel, de Rocheblave, Ralhanettes, de la Blache , de Calignon, Aspremont,

de Langes, Bonrepos , H. Ferrand, de Repellin, Jansac, Servière, Saint-André, Saint-André de Porte, Vallambert, Langon, Aspres, Romme du Pont des Olères, Chambrier, Delisle, la Pène de Charvays, de Ruynac, C. Romme, Sougier, de Lionne, de Beninan, du Thau, Claveson, de Motet, Boffin, Armand, de Villars, de Villiers, de Monières, de Lovat, Gresse, de la Morte, Bardonanche, de Revol. Extrait collationné à son original, expédié au sieur de Boissat. Signé du Four de la Repara, secrétaire de la noblesse.

» Les autres gentilshommes, au nombre de plus de soixante, étant retournez en leurs maisons, qui un, qui deux jours après l'assemblée, pour leurs affaires, on n'a pu en si peu de temps faire signer un plus grand nombre que ces soixante-quatre ou soixante-cinq qui sont ci-dessus signez. »

Réponse à la lettre écrite par monsieur de Boissat

à Messieurs de l'Académie.

« Monsieur,

» J'ai été chargé par Messieurs de l'Académie de vous faire cette lettre, pour vous remercier en leur nom de celle que monsieur de Serizay leur a rendue de votre part et de la copie de l'acte dont elle étoit accompagnée. Ils y ont appris avec contentement combien vos intérêts ont été chers à Messieurs de la noblesse de Dauphiné, et avec quel soin ils vous ont procuré la satisfaction que vous avez reçue. Toute la compagnie trouvoit vos plaintes justes et votre ressentiment légitime; mais si le mal étoit grand, il faut avouer aussi que mède que l'on y a apporté est extraordinaire, et il

le re

« PrécédentContinuer »